De l'Âme, Propos. 7 et son SchoU
loi nécessaire. Pour nous, êtres d'un jour, atomes dans l'infini, intelligences bornées dans un corps périssable, nous ne pouvons remonter la chaîne infinie des causes , et quand nous concevons l'existence d'un être sans connaître la cause qui doit le produire, nous appelons cet être contingent ' .
La contingence des choses, le libre arbitre, le désordre, le hasard, tout cela n'est donc que notre ignorance. Au fond tout est nécessaire : en Dieu, d'une nécessité immédiate, qui fait l'essence de sa liberté , dans les choses, d'une nécessité médiate qui exclut à la fois la liberté parfaite et absolue, et cette infidèle et fantastique image de la parfaite liberté que les hommes appellent le libre arbitre.
Considérez maintenant la nature de l'homme, telle que Spinoza la conçoit et la décrit. Dans ce petit monde envisagé à part, le libre arbitre ne peut pas plus trouver place que dans l'ordre général des choses.
Qu'est-ce en effet que l'homme de Spinoza? un mode de la Pensée correspondant à un mode de l'Étendue. Voilà, à ce qu'il semble, l'âme parfaitement distincte du corps; et il est vrai qu'en un sens, aucun philosophe, pas même Descartes, n'a plus complètement séparé ces deux parties de l'homme que ne fait Spinoza; mais aucun aussi ne les a plus étroitement unies. Tout dans l'âme se rapporte au corps; l'activité, la perfection, l'être même de l'âme se mesurent sur l'activité, la perfection, l'être du corps. On peut considérer l'âme sous deux points de
1 . Voyez le Scholie de la Propos. 14 de VÉthique, part. 2. — Comp. Éthique, part. 4, Défin. 3 et 4.
154 INTRODUCnOir.
>Tie, comme pensée et comme désir. Comme pensée, elle a pour objet le corps humain, et chacune de ses idées particulières représente une affecti(m particulière du corps humain. Comme désir, Tobjet propre de l'âme, c'est la conservation du corps; la source de ses joies et de ses tristesses, de ses amours et de ses haines, c'est Taccroissement ou la diminution de la puissance du corps'. Le croirait-on? la plus sublime de nos p^ftsées, ridée de Dieu, la plus sublime de nos aifections, Vamour de Dieu, ont un rapport étroit arec le corps *. Et ce n'est pas seulement dans cette vie que l'état de l'âme dépend des organes. Notre avenir au delà du tombeau en d^>end également, et Spinoza déclare en termes exprès que la perfection du corps mesure exactement les droits de rame à l'immortalité :
« Celui dont le corps est propre à un grand nombre de fonctions j a une âme dont la plus grande partie est éter^ nelle^, »
Il est clair que, dans une pareille doctrine, l'action de Tàme est aussi fatale, aussi géométrique en quelque sorte que celle du corps. Tel état du corps étant donné, un état correspondant de l'âme est également donné. Ce qui dans le corps est tendance aveugle, affection mécanique, est dans l'âme désir et passion. Or, de quoi dépendent les tendances et les affections du corps humain? elles dépendent sans doute pour une certaine part de son activité propre^ mais pour une part infiniment plus grande, d^ l'activité des corps étrangers. De même, comme le dî' expressément Spinoza, la force et F accroissement de tel^