Des Passions, Propos
S. De la Liberté, Propos. U. — Comp. Schol. de U Propos. tO.
a. Ibid., Propof. 39.
oti telle passion et le degré où elle persévère dans l'existence ne se mesurent point par la puissance avec laquelle nous faisons effort pour persévérer dans V existence^ mais par le rapport de la puissance des causes extérieures avec notre puissance propre ^. Or, c*est encore une déclaration expresse de Spinoza, que la force par laquelle l'homme persévère dans l'existence est limitée, et que la puissance des causes extérieures la surpasse infiniment *. On croira peut-être qu'il y a dans Tâme quelque autre principe d'action capable de s'opposer aux mobiles passionnés de notre nature? Nnllement. Une passion, dit Spinoza, ne peut être empêchée ou détruite que par une passion contraire et plus forte '. Et la vraie connaissance du bien et du mal, en tant que yraie, ne peut empêcher aucune passion, elle ne le peut qu'autant qu'on la considère comme une passion*.
Ainsi donc, que l'on considère tour à tour la nature divine et le caractère de son développement, l'ordre universel des choses, l'essence de l'âme et son rapport avec le corps, les divers éléments de sa nature, les mobiles divers de ses actions , tout est nécessaire, tout est fatal, tout est réglé par un ordre inflexible, et le libre arbitre en Dieu comme dans l'homme, dans la sphère de la raison coniime dans celle de l'expérience, est également inconcevable, lyoù vient donc que la masse entière du genre humain
- De VEtclavage, Propos. 5.
S* Ibid., Propos. S, 3, 4. — Comp. iixtome de la part. 4.
3 . /6td.^ Propos. 7. On remarquera aussi la proposition précédente : • La force s'ttne pauion peut surpasser la puissanci de l'homme, de façon qu'elle «'a<- ^^ohttinémentàlui,*
f • Iba., Propos. 14. — ^La connaisêaMCê du bien ou du mal, dit pins haut Spinoza, n'e$t auk'e chose que la passion de la Joie ou de la tritkue, enimU que *•**• «n avons conscience, » Propos, 8»
proclame le libre arbitre? c'est que la masse du genre humain vit sous Tempire de l'imagination et des sens, dans un profond oubli de la raison. Le vulgaire n'est-il pas convaincu que Tâme meut le corps à son gré ' ? Or, peut-on concevoir qu'une pensée donne du mouvement aune étendue*?
Le libre arbitre est une chimère de même espèce, flatteuse pour notre orgueil, et en réalité fondée sur notre ignorance. Nous avons conscience de nos actions et nous ne connaissons pas les causes qui les déterminent \ Voilà cette fausse et vaine liberté dont nous sommes si fiers : « C'est ainsi que l'enfant s'imagine qu'il désire librement le lait qui le nourrit; s'il s'irrite, il se croit libre de chercher la vengeance; s'il a peur, libre dé s'enfuir. C'est encore ainsi que l'homme ivre est persuadé qu'il prononce en pleine liberté d'esprit ces mêmes paroles qu'il voudrait bien retirer ensuite, quand il est redevenu lui-même... Ne rêvons-nous pas quelquefois que nous tenons certaines choses cachées en vertu d'une décision semblable à celle qui nous fait taire ces choses pendant la veille? Ne croyons-nous pas en songe faire librement des actions qu'éveillés nous n'oserions pas accomplir? Or, je voudrais bien savoir s'il faut admettre dans l'âme deux espèces de décisions libres, les fantastiques et les réelles. Que si on ne veut pas extravaguer à ce point, il faut nécessairement accorder que cette décision de l'âme, que nous croyons libre, n'est au fond que l'alSirmation que toute idée, en tant qu'idée, enveloppe nécessairement *.