‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 81 sur 130 · Ibid., Propos · texte numérisé non relu

Ibid., Propos

Par conséquent, ces décisions de Tâme naissent en elle avec la même nécessité que les idées. Et tout ce qite je puis dire à ceux qui croient qu'ils peuvent parler^ se taire^ en un mot^ agir y en vertu d'une libre décision de l'âme, c'est gu^tls rêvent les yeux ouverts '. »

Voilà une négation bien tranchante et bien audacieuse ; Spinoza en acceptera-t-il les conséquences? quel esprit bien fait, quelle âme honnête n'en serait pas effrayée? Si toute action est nécessaire, toute action est légitime, et il faut égaler le crime à la vertu. Si c'est Dieu même qui nous détermine au mal, où est sa sainteté? que devient la responsabilité humaine, la justice des hommes et celle de l'avenir?

Il faut entendre les réponses de Spinoza à toutes ces questions pour se faire une juste idée de la trempe de son esprit et de son caractère, et pour comprendre le prodigieux égarement où la séduction d'un système peut jeter un grand esprit que sa vigueur même précipite à tous les excès.

On place Spinoza dans cette alternative : ou il n*y a ni péché ni mal, ou Dieu est l'auteur du mal et du péché *. Spinoza répond qu'en effet le péché ou le mal ne sont rien de positif, et par conséquent qu'on ne peut les imputer à Dieu. Voici sa démonstration : « Chaque être pris en lui-même, sans aucun rapport au reste des choses, renferme une perfection qui n'a pour bornes, dans chaque être, que sa propre essence. Considérons maintenant un certain être, Adam, par exemple, au moment où il forme le dessein de manger du fruit défendu. Ce dessein ou

*• De» Passions, Propos. 2 et son Schol.

*• Guillaume de Blyenbergh à Spinoza, tome Iir, pag. 390 et suiv.

cette vobnté déterminée, considérée en elle-même, renferme précisément autant de perfection qu'elle exprime de réalité ; et on en peut conclure que nous ne pouvons concevoir d'imperfection dans les choses qu'en les comparant à d'autres choses qui ont plus de réalité ; en conséquence, dans la détermination d'Adam, tant que nous la considérons en elle-même et que nous ne la comparons à rien qui soit d'une nature plus parfaite et dans un état plus parfait, nous ne pouvons trouver aucune imperfection ; bien plus, nous pouvons la comparer avec une infinité d'autres objets moins parfaits qu'elle, comme des pierres, des troncs d'arbres, etc. Voici encore ce qu'on ne peut contester : c'est que les mêmes choses qui dans les hommes paraissent détestables et dignes de toute notre aversion peuvent être considérées dans les animaux avec admiration : ainsi les guerres des abeilles, les jalousies des colombes, etc., passions méprisables dans les hommes et qui pourtant rendent les animaux plus parfaits à nos yeux. De tout cela, .il résulta clairement que les péchés, qui n'expriment rien, si ce n'est une imperfection, ne peuvent consister en quelque chose qui exprime une réalité, comme la détermination d'Adam et l'acte qui en fut la suite '....Le péché n'existe donc que pour notre intelligence, et non pour celle de Dieu. Tîous sommes habitués à renfermer tous les individus d'un genre, tous ceux, par exemple, qui ont extérieurement la ferme humaine, sous une même définition, et nous pensons ensuite qu'ils sont tous également susceptibles de laplus^ande perfection que cette définition embrasse; puis, quand nous en trouvons un dont les actions repu-

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