‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 82 sur 130 · Spinoga à Blyenhergh, tome 10, pag · texte numérisé non relu

Spinoga à Blyenhergh, tome 10, pag

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gaent à eette perfection, nous disons qu'il en est privé, qu'il s'éloigne de la nature... Mais Dieu ne connaît pas les. choses par abstraction, il n'a pas de définitions générales de cette espèce, il n'attribue pas aux choses plus de réalité que son intelligence et sa puissance ne leur en ont effectivem^it donné ; et il suit de là que le péché n'existe que pour notre esprit et non pour le sien^ »

La consécpoence évidente de cette théorie n'est-elle pas que les vices les plus honteux, les crimes les plus abominables, sont en eux-mêmes parfaitement innocents, ne contiennent pas la moindre hnperfection, et ne nous paraissent contraires à l'ordre qu'à cause que nous n'avons qu'une idée confuse des choses * ? Bien plus, ne peut-on pas dire que les plus affreux dérèglements de la volonté humaine manifestent à leur façon la perfection divine, et sont tout aussi conformes à l'ordre éternel des desseins de Dieu que les actions les plus vertueuses ?

€ Non certes, répond Spinoza; j'accorde bien que les impies expriment à leur manière la volonté de Dieu, mais ils ne doivent pas pour cela entrer en comparaison avec les gens de bien. £^ eifet, plus une chose a de perfection, plus elle tient de près à la Divinité et plus elle en exprime les perfections. Donc, comme les b(»is ont incomparablement plus de perfectioB que les méchants, leur vertu ne peut être comparée à celle des méchants, d'autant plus que les méchants sont privés de l'amour

ft. Sjriinosaà B^mbergh, tome III, pa^r. 3»A.

i. Spinoza le dit en propres termes : « L'homme cowmgmx médite sans cesse ce frimcipe, gue Umtes choses résuHent de la nécessité de la nature divine, et qu'en conséquence tout ce qui lui parait impie, horrible, injuste et honteux, totU cela vient de ce qu'il conçoit les choses avec trouble et confusion et par des idées mutilées. • {De l'Esclavage, Schol. de la Propos. 73.)

160 INTRODrCTiON.

divin, qui découle de la connaissance de Dieu et par qui seul nous pouvons ôtre appelés enfants de Dieu. Il y a plus encore : ne connaissant pas Dieu, ils ne sont dans la main de l'ouvrier qu'un instrument qui sert sans le savoir et qui périt par l'usage; les bons, au contraire, servent Dieu en sachant qu'ils le servent, et c'est ainsi qu'ils croissent sans cesse en perfection '. »

Accordons à Spinoza cette différence. Du moins faudra-t-il qu'il conviepne que si les méchants sont nécessairement méchants, ou bien Dieu est injuste en les faisant méchants et plus encore en les punissant de l'être, ou bien les méchants sont excusables devant les hommes et devant Dieu.

Spinoza nie cette conséquence avec une extrême énergie : « Quoi I s'écrie-t-il, des hommes méchants, pour être nécessairement méchants, en sont-ils moins à craindre et moins pernicieux? » Puis il ajoute ces dures paroles : « Nous sommes en la puissance de Dieu comme Fargile entre les mains du potier, qui tire de la mém^ matière des vases destinés à un noble usage et d'autres à un usage vulgaire'. Nul ne peut accuser Dieu delti^ avoir donné une nature infirme et une âme impuissante- Et de môme qu'il serait absurde que le cercle se plaîgrm^^ de ce que Dieu lui a refusé les propriétés de la sphèr^» ou l'enfant qui souffre de la pierre, de ce qu'il ne lui ^ pas donné un corps bien constitué, de même un homnc:*^^ dont l'âme est impuissante ne peut être reçu à se plaî f^ dre, soit de n'avoir pas eu en partage et la force et J^ vraie connaissance et l'amour de Dieu , soit d'être n^ avec une constitution tellement faible qu'il est incapable

i. Sptfiosa à Blyenbergh, tome lli, pag. 397. t. Spinoza à Oldenburg, tome HI, pag. 370.

de modérer et de contenir ses passions. En effet, rien n*est compris dans la nature de chaque chose que ce qui résulte nécessairement de la cause qui la produit ^

Voici enfin un dernier passage où éclate avec plus de force encore la dureté^ cette philosophie sans entrailles, d'où la Providence est exilée et qui laisse Tâme faible dans un désespoir étemel de se relever de son abaissement et de fléchir une nécessité inexorable :

« Voulez- vous dire, répond Spinoza à Oidenburgqui le presse, que Dieu ne peut s'irriter contre les méchants, ou bien que tous les hommes sont dignes de la béatitude? Dans le premier cas j'accorde parfaitement que Dieu ne s'irrite en aucune façon et ^e tout arrive suivant ses décrets, mais je nie qu'il résulté^de là que tous les hommes doivent être heureux ; car les hommes peuvent être excusables, et cependant être privés de la béatitude et souffrir de mille façons. Un cheval est excusable d'être un cheval, et non un homme; mais cela n'empêche pas qu'il ne doive être un cheval et non un homme. Celui à qui la mormre d'un chien donne la rage est assurément excusable, et cependant on a le droit de l'étouffer. De même, l'homme qui ne peut gouverner ses passions ni leê contenir par la crainte des loiSf quoique excusable à cause de l'infirmité de sa nature, ne peut cependant jouir de la. paix de F âme ni de la connaissance et de l'amour de Dieu^ et il est nécessaire qu'il périsse^, m

1. Spinoza à Oldenbwg, tome 111, pag. 376. î. Même lettre, pag. 377,

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Du Bien et du Mal. /

La môme nécessité logique à laquelle obéissait Spinoza en niant le libre arbitre devait inévitablement le conduire à rejeter la distinction du Bien et du Mal. Si tout est nécessaire, en efifet, chaque chose est ce qu'elle peut et ce qu'elle doit être, et il est déraisonnable de se représenter à sa place une choâe meilleure; c*est substituer les caprices de l'imagination aux lois éternelles des choses, et mettre au-desiisus d'une réalité nécessaire la chimère d'un idéal impossible. Si la nature et l'enchaînement des causes n'étaient pas profondément cachés à nos faibles yeux , chaque être serait pour nous parfait et accompli, étant aperçu immédiatement dans sa cause, c'est-à-dire dans la nécessité de son étre\ Hais notre connaissance des choses est incomplète et mutilée; au lieu de les concevoir, nous les imaginons; au lieu de les rapporter à leur cause, nous les comparons à de certains idéaux que nous nous sommes formés par la comparaison des individus, et suivant que les êtres de la nature se rapprochent plus ou moins de ces types imaginaires, nous disons qu'ils sont parfaits ou imparfaits, bons ou mauvais,. meilleurs ou pires', etc. Les idées de bien et de mal, de perfection et d'imperfection, comme celles de beauté et de laideur, sont donc filles de l'imagination et non de la raison; elles n'expriment

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