‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 84 sur 130 · De l'Esclavage, Préambule · texte numérisé non relu

De l'Esclavage, Préambule

164 INTRODUCmON.

une chose nuisible' ? Or nous appelons utile ce qui sert à nous procurer delà joie, et nuisible ce qui nous cause (le la tristesse'. La notion du bien, dégagée du caractère absolu dont la revêtent nos préjugés, se résout donc dans la notion de l'utile, qui se résout elle-même dans celle de l'agréable.

n suit de là que le bien et le mal sont des notions toutes relatives et tout individuelles, comme le chaud et le froid '. Ainsi une seule et même chose peut en même temps être bonne, mauvaise et îndiflférente. La musique, par exemple, est bonne pour un mélancolique ; pour un sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise*.

Lors donc que nous tendons vers un objet, la raison de cette tendance, de ce désir, ce n'est pas que nous ayons jugé l'objet bon en soi, abstraction faite de l'impression qu'il produit sur nous; car les choses n'ont aucune bonté intrinsèque, et la bonté est si peu la raison du désir, que c'est bien plutôt le désir qui est la raison de la bonté *. En d'autres termes, un objet ne peut agir sur nous qu'autant qu'il se fait désirer, et il ne peut se faire désirer qu'autant qu'il nous cause de la joie ; car le désir est le seul mobile de notre activité, et la fin da désir, c'est la joie*.

Non-seulement tout homme a le droit de chercher son bien, son plaisir, mais il ne peut faire aatremeni Car chacun désire ou repousse nécessairement (tc^>rè$ les lois de sa nature ce qu'il juge bon ou mauvais '. Or désirer, c'est

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