Ibid,, Propos. 23 et son Schol
l'on peut se servir d*un pareil langage, aimaient Dieu et vivaient en lui ; lors donc que le corps auquel l'ordre des choses les a unies pour un temps vient à se dissoudre, elles ne font que retrouver un bien qu'elles avaient perdu, ou plutôt que les ténèbres corporelles avaient un instant dérobé à leurs regards ' .
Si les âmes libres et épurées aiment Dieu de toute la force de leur être , Dieu leur rend amour pour amour. Cette pensée étonne dans Spinoza, mais il ne faut point se hâter de l'accuser d'inconséquence. Il démontre fort rigoureusement, selon les principes de sa doctrine , que Dieu est exempt de toute passion, et n'est sujet à aucune aflfection de joie ou de tristesse ^i d'où il déduit fort bien que Dieu n'a pour personne ni haine ni amour K II va jusqu'à dire que celui qui aime Dieu ne peut désirer que Dieu l'aime à son tour ^ ; « car ce serait, dit-il, désirer que Dieu ne fût pas Dieu , ce qui est impie et qui plus est impossible ^ » Mais, dans tous ces passages, il s'agit de l'amour temporel, de cet amour tout humain, qui consiste dans l'accroissement de l'être, et qui suppose le désir et le besoin. Or l'amour intellectuel est une affection d'un tout autre ordre , puisqu'il consiste dans la possession étemelle et immuable de l'Être parfait. Dieu s'aime donc soi-même d'un amour intellectuel infini «.
Spinoza devait aboutir à cette conséquence. De même ^ effet qu'il y a nécessairement en Dieu une idée de soi-
i» Delà Liberté, Schol. de la Propos. 3 1 .