‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 95 sur 130 · Traité théologico politique, page · texte numérisé non relu

Traité théologico politique, page

2, Même traité, m: me page.

Il a surtout pour le christianisme une vénération profonde, un tendre et sincère respect; mais il ne cache pas l'entreprise qu'il a conçue de faire à la théologie sa part, et, en la restreignant aux choses de la vie pratique, de la séparer complètement de la philosophie.

Dès les premières pages du Traité théologico-politique^ Spinoza s'attache à définir exactement la révélation ou prophétie, fondement de toutes les religions positives. Il combat avec force ce principe, que la révélation ou prophétie est par essence une connaissance divine. A ce compte, dit-il, la raison est donc aussi une révélation, une prophétie; car elle vient de Dieu, elle est une manifestation directe de sa pensée dans Tâme des hommes. Cest la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ' ; — et nous connaissons par elle que nous demeurons en Dieu, ^t que Dieu demeure en nous, parce qu'il nous a fait parti- ^per de son Esprit '. Ce qui constitue cette connaissance j)articulière qu'on appelle proprement révélation, ce :ïi'est donc pas sa divine origine ; c'est qu'elle excède les limites de la connaissance naturelle, et ne peut avoir sa cause dans la nature humaine considérée en elle- :inême'.

La question est ae savoir si la révélation ainsi définie ^st possible ; mais il est clair qu'elle ne peut l'être pour Spinoza. Le mot surnaturel n'a pas de sens dans sa doc- ^trine ; ce qui est hors de la nature est hors de l'être, et j[>ar conséquent ne peut S6 concevoir. Les révélateurs, les prophètes ont donc été des hommes comme les autres.

. Évangile de saint Jean^ chap. i, ^en. 9. I. Saint Jean, épitre I, chap. it, vers. 13, I. Traité théologico-politique, tome II, page H.

Spinoza le déclare expressément : « Ce n*est point penser, dit-il, c'est rêver que de croire que les prophètes ont eu un corps humain et n*ont pas eu une âme humaine, et par conséquent que leur conscience et leurs sensations ont été d'une autre nature que les nôtres '. » Quel est donc le caractère qui distingue les prophètes? c'est qu'ils ont eu une puissance d'imagination extraordinaire': « Nous pouvons donc dire sans scrupule que les prophètes n'ont connu ce que Dieu leur a révélé qu'au moyen de l'imagination, c'est-à-dire par l'intermédiaire de paroles ou d'images vraies ou fantastiques \ » Spinoza s'explique ainsi pourquoi les prophètes ont toujours perçu et enseigné toutes choses par images et paraboles, et exprimé corporellement les choses spirituelles, tout cela convenant à merveille à la nature de l'imagination. « Ne nous étonnons plus, dit-il, que Michée nous représente Dieu assis, que Daniel nous le peigne comme un vieillard couvert de blancs vêtements, Ézécbiel comme un feu; enfin que les personnes qui entouraient le Christ aient vu le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, tandis qu'il apparut à Paul comme une grande flamme, et aux apôtres comme des langues de feu ^ »

Les prophètes sont si peu des hommes d'un entendement supérieur, que souvent ils ne comprennent pas la révélation dont ils sont les organes. Spinoza cite les prophéties de Zacharie, qui furent tellement obscures, suivant son propre récit, qu'il ne put les comprendre sans une explication. « Et Daniel, ajoute ironiquement Spi-

i. Traité thèologicO'politique, ch. ir

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