Ibid., ch. II
sance d'imaginer extraordinaire, il s'ensuit que toute nation a eu ses proi)hètes, également inspirés, égalemenli respectables. C'est la doctrine expresse de Spinoza : ((Puisqu'il est bien établi, dit-il, que Dieu est également bon et miséricordieux pour tous les hommes, et que la mission des prophètes fut moins de donner à leur patrie des lois particulières que d'enseigner aux horames la véritable vertu, il s'ensuit que toute nation a eu ses prophètes, et que le don de prophétie ne fut point propre à la nation juive ^ » Spinoza cherche des preuves de son opinion dans la Bible elle-même : « Nous trouvons dans le Vieux Testament que des hommes incirconcis, des gentils ont prophétisé, tels que Noah, Chanoch, Abimélech, Bilham, etc., et que des prophètes hébreux ont été envoyés par Dieu, non-seulement à ceux de leur nation, mais aussi à beaucoup de nations étrangères. Ainsi Ézéchiel a prophétisé à toutes les nations alors connues , Hobadias aux seuls Iduméens , et Jonas a été surtout le prophète des Ninivites ^ »
Spinoza s'explique plus ouvertement encore dans ses Lettres. On le presse d'objections sur sa manière d'interpréter l'Écriture; on accuse ses principes de conduire à cette conséquence impie, que Mahomet fut un vrai prophète. Spinoza s'en défend d'abord, et traite même Mahomet d'imposteur, sous le prétexte visiblement peu sincère qu'il a nié la liberté humaine; mais bientôt la logique et la colère emportent Spinoza, et il s'écrie: « Est-ce que je suis tenu, je le demande, de montrer qu*un certain prophète est un faux prophète T Céiait