CLX\ INTRODUCTION
douleur même, dit Spinoza , devient de lajde, quand nous concevons Dieu comme cause de la douleur. » Parole éminemment chrétienne , où par une rencontre inattendue Terril de Vlmitation et l'esprit de VEthique viennent un instant se confondre t — Spinoza montre avec la même supériorité de vues que la passion sublime de Tamour de Dieu , une fois établie dans Tâme, s*y maintient par la vertu même qui est en elle, y reçoit des accroissements toujours nouveaux et établit entre toutes nos autres passions la plus admirable discipline.
Je demande maintenant k Spinoza d*où vient que cette pas* slon si puissante, si durable, ne règne pas dans toutes les âmes? J'accorderai volontiers qu'une âme éprise de Tamour de Dien sera forte contre la séduction des faux biens. Mais dépend-il de moi de connaître et d'aimer Dieu? Si j'ai eu le malheur de recevoir en partage, des mains de la Nécessité qui règle toutes choses , une âme impuissante , dominée par les causes extérieures, étrangère à Dieu et à soi-même, comment sortir de cet abaissement?
Il est clair que la philosophie de Spinoza ne donne aucun moyen pour cela. Lui-même ne s'est fait aucune illusion sur ce point ; et si l'on peut l'accuser d'atoir dissimulé quelquefois cette triste conséquence de sa doctrine, on ne peut douter qo'fl ne l'ait clairement aperçue et même expressément confessée. Il soflBt pour s'en convaincre de méditer un peu la dernière Proposition de VEthique :
« La héatittuU n'est pas le prix de la vertu, c'est U vertu eUe^méme; et ce n'est point parce que nous contenons nos mauvaises passions que nous la possédons, c'est parce que nous la possédons que nous sommes capables de contenir nos mauvaises passions. »
Si qudqu*nn pouvait douter encore, après .un théorème aussi précis , que Spinoza n*ait parfaitement su que sa phaoaopbie
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ôte à l*homine toute influence réelle sur sa destinée, je citerais ce passage significatif d'une de ses lettres : « Après tout, que faime Dieu librement ou par (a nécessité du divin décret, toujours est-il que je l'aime et que je fais mon ialut, »
De l'immortalité de l'âme.
Si quelque chose pouvait étonner encore dans Spinoza, après les sentiments qu'on vient de voir, ce serait la doctrine de cet étrange moraliste sur l'immortalité de Tâme. Gomment comprendre en effet que, dans un système où la responsabilité morale n'existe pas, une autre vie soit nécessaire pour rendre à chacun ce qui lui est dû? Et alors même que Tordre moral demanderait une juste réparation des désordres de ce monde, comment cette réparation serait-elle possible pour Spinoza? L'âme humaine, à ses yeux, c'est l'idée du corps humain. Lors donc que la mort brise les liens de la vie organique, il faut bien que l'âme partage la fortune du corps, et comme lui se déconcerte , étant composée comme lui. Nous retrouvons ici dans Spinoza la contradiction célèbre qu'on a tant reprochée à Aristote : l'un et l'autre philosophe font de l'âme l'idée, la forme du corps ; et bien qu'ils entendent diversement cette formule, ils s'accordent du moins à unir l'âme et le corps par des nœuds si étroits que la séparation semble impossible. Et cependant tous deux nous assurent que la mort n'atteint pas l'homme tout entier, et que la meilleure partie de son être trouve au sein même de la mort le commencement d'une vie immortelle.
La contradiction paraît d'autant plus choquante dans Spinoza qu'il nie formellement, on sait avec quelle rude énergie, les idées