‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 21 sur 96 · IL ÉTAIT FORT SOBRE ET FORT MÉNAGER · texte numérisé non relu

IL ÉTAIT FORT SOBRE ET FORT MÉNAGER

Il est presque incroyable combien il a été sobre pendant et temps-là et bon ménager *. Ce n'est pas qu'il fût réduit à une si grande pauvreté qu'il n'eût pu faire plus de dépense s'il leût voulu;

1. Boullainv., p. 53 tqq. : « D'abord il n'y fut visité qae d'un petit lumbrr d'amis qui en usaient modérément; mais cet aimable lien n'étant Jamais sau voyageurs (jui rlierchcnt re qui, mérite d'être vu, les plus intelligents d'entre eu, de quelque qualité qu'ils fussent, auraient cru perdre leur voyage s'ils ne lai avaient rendu vUite. Kt comme les effets répondaient à la rcncmunée. Il n'y i point eu de savant qui ne lui ait écrit pour être éclairci de aet doutes; témois re faraud nombre de lettres qui font partie du livre qu'on a imprimé aprit sa mort.

M Mais tant de visites qu'il recevait, tant de répontes quMI avait à (kire ssx savants qui lui écrivaient de toutes parts, et ses ouvrages singuliers qui font asjourd'hni notre étonnement, n'occupaient pas suffisamment son esprit. Il cnploysit tous les jours (|uvlqucs( heures de son temps à préparer des verres pour des nicroKcopi'S et des télescopes, en quoi il excellait : de sorte que, il la mort ne l'eût prévenu, il est i croire qu'il eût découvert les plus beaux secrets de l'optlqne.

p1\ était si attaché à l'étude que, bien qu'il eût une sauté laagnlaaante et qai avait bfituin de relârhe, il en prcnakt néanmoins si peu qu'U a été trois mots «• tiers sans Mrtir de la maison. Après avoir pris tant de peine i rectlAcr ion cntandément, il ne ûiut pan s'étonner si lout ce qu'il a mis au )our est d'an camctéfvsi peu commun. Avant lui la sainte Écriture n'avait pas été examinée nvee to«t te soin qu'elle demsnde. Il se mit le premier à en parler d'une manière qnt Ini m propre dons son Traité de fhêoloyie jioliftquê, et 11 est crrtain qne Jamali n'a possédé si bien que lui les antiquités Judaïques, n

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assez de gem loi offiraient leur boaree et toute sorte d'assistance ; mais H était fort sobre naturellement et aisé à contenter, et ne voulait pas avoir la réputation d'avoir vécu, même une seule fois, aux dépens d'autrui. Ce que j'avance de sa sobriété et de son économie se peut JustiBer par différents petits comptes qui se sont rencontrés parmi les papiers qu'il a laissés. On y trouve qu'il a vécu un jour entier d'Une soupe au lait accommodée avec du beurre, ce qui lui revenait à trois sous, et d*un pot de bière d'un sou et demi ; un autre jour il n'a mangé que du gruau apprêté avec des raisins et du beurre, et ce plat lui avait coûté quatre sous et demi. Dans ces mêmes comptes il n'est fait mention que de deux demipintes de vin tout au plus par mois; et quoiqu'on l'invitât souvent à manger, il aimait pourtant mieux vivre de ce qu'il avait chez lui, quelque peu de chose que ce fût , que de se trouver à une bonne table aux dépens d'un autre.

C'est ainsi qu'il a passé ce qui lui restait de vie chez son dernier hôte pendant un peu plus de cinq ans et demi. Il avait grand soin d'ajuster ses comptes tous les quartiers, ce qu'il faisait a6n de ne dépenser justement ni plus ni moins que ce qu'il avait à dépenser chaque année. Et il lui est arrivé quelquefois de dire à ceux du logis qu'il était comme le serpent qui forme un cercle la queue dans la bouche , pour leur marquer qu'il ne lui restait rien de ce qu'il avait pu gagner pendant l'année. Il ajoutait que ce n'était pas son dessein de rien amasser que ce qui serait nécessaire pour être enterré avec quelque bienséance; et que, comme ses parents ne lui avaient rien laissé, ses proches et ses héritiers ne devaient pas s'attendre non plus de profiter beaucoup de sa succession.

SA PERSONNE ET SA MANIÈRE DE s' HABILLER.

 l'égard de sa personne, de sa taille et des traits de son visage, il y a encore bien des gens à La Haye qui l'ont vu et connu particulièrement. Il était de moyenne taille; il avait les traits du visage bien proportionnés, la peau un peu noire, les cheveux frisés et noirs, et les sourcils longs et de même couleur, de sorte qu'à sa mine on le reconnaissait aisément pour être descendu de juifs portugais. Pour ce qui est de ses habits , il en prenait fort peu de soin , et ils

n'étaient pas meilleurs que ceux du plus simple bourgeois. Un conseiller d'état des plus considérables, l'étant allé voir, le troava en robe de chambre fort malpropre, ce qui donna occasion au conseiller de lui faire quelques reproches et de lui en offrir une autre; Spinoza lui répondit qu'un honune n'en valait pas mieux pour avoir une plus belle robe. // esi contre le bon sens, ajouta-t-il, de mettre une enveloppe précieuse à des choses de néant ou de peu de valeur *.

SRS MAXifeEES, SA CON^'ERSATlOïf ET SOX DÉSnTrénESSESETT.

Au reste, si sa manière de vivre était fort réglée, sa conversation n*était pas moins douce et paisible. Il sa\'ait admirablement bien étrr le maitre de ses passions. On ne Ta jamais vu ni fort triste ni fort joyeux. Il savait se posséder dans sa colère et dans les déplaisirs qui lui sur\ enaient, il n'en paraissait rien au dehors ; au moins s'il lui arrivait de témoigner son chagrin par quelque geste ou par quelques paroles, il ne manquait pas de se retirer aussitôt pour ne rien faire qui fût contre la bienséance. Il était d'ailleors fort albble et d'un commen*e aisé, parlait souvent à son hôtesse, particulièrement dans le temps de ses couches, et à ceux du logis lorsqu'il leur survenait quelque affliction ou maladie: il ne manquait point alors de les consoler et de les exhorter à souffrir avec patience des maux qui étaient conHue un partage que Dieu leur avait assigné. 11 ave^ lif»ait les enfants d'assister souvent à l'église au service divin, et leur enseignait combien ils devaient être obéissants et soumis à leurs |>arents. Lorsque les gens du Rkhs revenaient du sermon, fl

l. On !it dans Boaîtaiar . p. â9 - . Mais B*«a dépUîie i ce CuBe«x pUlotophe, r'»*ait là UB <:« ses sophisme s . car quelque prvoKax qae sait «a habit, il est tMjDurs povr la râleur fort au-de«oos en corps aoqad il sert «le eavTertwe. Ct »'r<: poiat à dire pour cela qu'il faille avoir toujoars des kabits de rnad prii : il

f Aut saiTfe fo« i#c et sa ooodtiioB ; mais daas Vwm ct daai raotce il fut otarrrcr

br.e propccîe sa^e et biea entend ne.

" La r«ifMAse de Spin -xa «^ait Bême ea cette oecaaioa coatrmire i m pratique arùiaaire Voici ce qi* un de wi amis marqae daas ut Vie pwticalièfe qa'U â ^a. r ie ce pbi'otfophe /: .'.'ji.'. di:-i!. fstn'mtfwt^mt prcpre, et ne mrhiii JmÊmi* f « '. : m^ fmrâ ."a «^< kminU .-e ^ h; éisUmçmt J'^witmmirt Fài^mèU tkmtmmtê ém péémU. Ce mrtt fM. disait lui-mrtae SpiMO, tri mr wmtfn^rr H uéfiifé fn MM rratf a*^- «fi . «• <r-.-«.*m: -v. poursuit ait>il. crOr mtfitfrmer «/hefaw #•« tm waifr ^'ase •*B^ Vît** •« '■■ I." :»**.{■» «^ '^««•/'^•<«'. ^i ■« '*^ *ri*m^^M «^ ^mrrmf trmwrr mm'tm-

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leur demandait souvent quel profit ils y avaient fait et ce qu'ils en avaient retenu pour leur édification. Il avait une grande estime pour mon prédécesseur, le docteur Cordes, qui était un homme savant, (i*un bon naturel et d'une vie exemplaire ; ce qui donnait occasion à Spinoza d'en faire souvent Téloge. Il allait même quelquefois Tentendre prêcher, et faisait état surtout de la manière savante dont il expliquait l'Écriture et des applications solides qu'il en faisait. II avertissait en môme temps son hôte et ceux de la maison de ne manquer jamais aucune prédication d'un si habile homme.

Il arriva que son hôtesse lui demanda un jour si c'était son sentiment qu'elle pû^ être sauvée dans la religion dont elle faisait profession ; à quoi il répondit : Votre religion est bonne, vous n en devez pas chercher d* autre ni douter que vous n'y fassiez votre salut, jmirvu qu'en vous attachant à la piété vous meniez en même temps une vie paisible et tranquille.

Pendant qu'il restait au logis il n'était incommode à personne , il y passait la meilleure partie de son temps tranquillement dans sa chambre. Lorsqu'il lui arrivait de se trouver fatigué pour s'être trop attaché à ses méditations philosophiques, il descendait pour se délasser, et parlait à ceux du logis de tout ce qui pouvait servir de matière à un entretien ordinaire, même de bagatelles. Il se divertissait aussi quelquefois à fumer une pipe de tabac ; ou bien, lorsqu'il voulait se relâcher l'esprit un peu plus long-temps, il cherchait des araignées qu'il faisait battre ensemble^ ou des mou> ches qu'il jetait dans la toile d'araignée, et regardait ensuite cette bataille avec tant de plaisir qu'il éclatait quelquefois de rire. Il observait aussi avec le microscope les différentes parties des plus petits insectes, d'où il tirait après les conséquences qui lui semblaient le mieux convenir à ses découvertes.

Au reste il n'aimait nullement l'argent, comme nous l'avons dit, et il était fort content d'avoir, au jour la journée, ce qui lui était nécessaire pour sa nourriture et pour son entretien. Simon de Vries, d'Amsterdam , qui marque beaucoup d'attachement pour lui dans la vingt-sixième lettre et qui l'appelle en même temps son très- Gdèle ami [amice integerrime), lui fit un jour présont d'une somme de 2,000 florins, pour le mettre en état de vivre un peu plus à son aise ; mais Spinoza, en présence de son hôte, s'excusa civilement

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de recevoir cet argent, sous prétexte qu'il n'avait besoin de rien , et que tant d'argent, s'il le recevait, le détournerait infailliblement de ses études et de ses occupations.

Le même Simon de Vries, approchant de sa fin et se voyant sans femme et sans enfants, voulait faire son testament et l'instituer héritier de tous ses biens ; mais Spinoza n'y voulut jamais consentir, et remontra à son ami qu'il ne devait pas songer à laisser ses biens à d'autres qu'à son frère qui demeurait à Schiedam, puisqu'il était le plus proche de ses parents , et devait être naturellement son héritier.

Ceci fut exécuté comme il l'avait proposé ; cependant ce fàt à condition que le ft^re et héritier de Simon de Vries ferait à Spinoza une pension viagère qui suffirait pour sa subsistance, et celte clause fut aussi fidèlement exécutée. Mais ce qu'il y a de particulier, c'est qu'en conséquence on offrit è Spinoza une pension de 500 florins , qu'il n'accepta pas parce qu*il la trouvait trop considérable, de sorte qu'il la réduisit à 300. Cette pension lui fut payée régulièrement pendant sa vie; et après sa mort le même de Vries de Schiedam eut soin de faire encore payer au sieur Van der Spyck ce qui pouvait lui être dû par Spinoza , comme il paraît par la lettre de Jean Rieuwertz, imprimeur de la ville d'Amsterdam, employé dans cette commission : elle est datée du 6 mars 4 678 et adressée à Van der Spyck même.

On peut encore juger du désintéressement de Spinoza par ce qui se passa après la mort de son père. Il s'agissait de partager sa sur^ cession entre ses sœurs et lui, à quoi il les avait foit condamner par justice, quoiqu'elles eussent mis tout en pratique pour Ten exclue. Cependant quand il fut question de faire le partage, il leur aban* donna tout, et ne réserva pour son usage qu'un seul lit, qui était H la vérité fort bon, et le tour de lit qui en dépendait *.

1. On lit daniBouIUinv., p. 67 : a La conduite qn*il tint après la mort fiitala da M. de Witt estunemouvelle prcui'c de son désintéressement. Cet illustre ministre lai avait assuré une pension de deux cents florins ; il montra le seing de aonméeèDe au héritiers de M. Wittqui faisaient difficulté de la lui continuer. Spinosaleleorrenit entre les mains avec autant de tranquillité que s'il avait eu d'ainewn des fMdf considérables. Cette manière désintéressée les fit rentrer en eux-mémef , et ils tii accordèrent avec joie ce qu'ils venaient de lui refuser. »* Lucas ^yoale Ici «ladqais autres détails : u Et c'est sur quoi était fondé le meilleur de sa sabsiatance, n'ajast hérité de ion père que quelques affaires embrouillées pour des Jalfe, ou plotMctlIes

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