‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 29 sur 96 · Voyez Bajle, ihetionn» Crit. p · texte numérisé non relu

Voyez Bajle, ihetionn» Crit. p

sente en donnant son livre au public , mais un trésor d^iin prix inestimable et qui ne périra jamais; et il serait fort à souhaiter qu'il se trouvât beaucoup de semblables marchands sur les bourses d'Amsterdam et de Roterdam.

Nos théologiens de la confession d'Augsbourg se sont aussi distingués parmi ceux qui ont réfuté les impiétés de Spinoza. A peine son Tractatus theologico-poliiicus vit le jour, qu'ils prirent la plume et écrivirent contre lui. On peut mettre à leur tète le docteur Musœus y professeur en théologie à Jene , homme de grand génie, qui dans son temps n'eut peut-être pas son semblable. Pendant la vie de Spinoza, à savoir en l'année 4674, il publia une dissertation de douze feuilles , dont le titre était : Tractatus theologico-poUticus ad veritatis lumen examinatus (le Traité de théologie H de politique examiné par les lumières du bon sens et de la vérité). 11 déclare aux pages 2 et 3 l'aversion qu'il a pour une production si impie et l'exprime en ces termes : Jure merito quis dubitet num ex illis quos ipse dœmon ad humana divinaque jura pervertenda magno numéro conduxit, repertus fuerit, qui in iis depravendis operoiior fuerit quam hic ïmpostor, magno Ecclesiœ malo et Reipublica detrimento natus : « Le diable séduit un grand nombre d*hommes , » qui semblent tous être à ses gages et s'attachent uniquement à » renverser ce qu'il y a de plus sacré au monde. Cependant il y a » lieu de douter si parmi eux aucun a travaillé à ruiner tout droit j» humain et divin avec plus d'efficace que cet imposteur, qui n'a » eu autre chose en vue que la perte de l'État et de la religion. • Aux pages 5, 6, 7 et 8, il expose fort nettement les expressioos philosophiques de Spinoza, explique celles qui peuvent souffrir un double sens, et montre clairement dans quel sens Spinoza s'en est servi, afm de comprendre d'autant mieux sa pensée. A la page 46, § 32 , il montre qu'en publiant un tel ouvrage les vues de Spinoza ont été d'établir que chacun homme a le droit et la liberté de fixer sa créance en matière de religion, et de la restreindre uniquemeot aux choses qui sont à sa portée et qu'il peut comprendre. U avait déjà auparavant, à la page 4 4, § 28, parfaitement bien exposé l'état de la question, et marqué en quoi Spinoza s'écarte da sentiment des chrétiens ; et c'est de cette manière qu'il cootlniie d'examiner le Traité de Spinoza, où il ne laisse rien passer, pa^bi

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moindre chose, saus le réfuter par de bonnes et solides raisons. Il ne faut point douter que Spinoza lui-même n'ait lu cet écrit du docteur Musseus, puisqu'il s'est trouvé parmi ses papiers après sa mort.

Quoiqu'on ail beaucoup écrit contre le Traité de politique et de théologie, comme je l'ai déjà marqué, il n'y a point, eu d'auteur cependant, selon mon sentiment, qui l'ait réfuté plus solidement que ce savant professeur ; et ce jugement que j'en fais est d'ailleurs confirmé par plusieurs autres. L'auteur qui, sous le nom de Théodorus Securus, a composé un petit traité qui porte pour titre: VOrigine de l'athéisme {Origo atheismi) , dit dans un autre petit livre intitulé : Prudentia theologica, dont il est aussi l'auteur : a Je j> suis fort surpris que la dissertation du docteur Musaeus contre B Spinoza est si rare et si peu connue ici en Hollande ; on devrait » y rendre plus de justice à ce savant théologien , qui a écrit sur » un sujet si important : car il a certainement mieux réussi qu'au- » cun autre. » M. Fullerus in Continuatione Bibliothecœ universalis, etc, s'exprime ainsi, en parlant du docteur Musaeus : « L'il- » lustre théologien de Jene a solidement réfuté le livre pernicieux » de Spinoza avec l'habileté et le succès qui lui sont ordinaires , » {Celeberrimus ille Jenensium theologus Joh, Afusœus Spinozœ pesti^ lentissimum fœtum acutissimis, queissolet, telis confodit).

Le même auteur fait aussi mention de Frédéric Rappoltus, professeur en théologie à Leipzig, qui, dans une oraison qu'il prononça lorsqu'il prit possession de sa chaire de professeur, réfuta pareillement les sentiments de Spinoza ; quoique après avoir lu sa harangue, je trouve qu'il ne l'a réfuté qu'indirectement et sans le nommer. ^\le a pour titre : Oratio contra naturalistas, habita ipsis kalendis jmii anno 4670; et on la peut lire dans les Œuvres théologiques de Rappoltus, t. I, p. 4386 et suiv., publiées par le docteur Jean Benoît Garpzovius, et imprimées à Leipzig en 4692. Le docteur J. Conrad Dlirrius, professeur à Altorf, a suivi le même plan dans une harangue que je n'ai pas lue, à la vérité, mais dont on m'a parlé avec éloge comme d'une très-bonne pièce.

Le sieur Aubert de Versé publia en 1631 un livre qui avait pour titre : V impie convaincu; ou Dissertation contre Spinoza, dans laquelle on réfute les fond'iments de son athéisme. En 1687, Pierre

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Yvon , parent et disciple de Labadie , et ministre de ceux de sa aecte à Wiewerden en Frise, écrivit un traité contre Spinoia, qu'il publia sous ce titre : Limpiété vaincue, etc. Dans le SfÊj^plé inent au Dictionnaire de Moréri, à rarticle de Spinoza, il est fait mention d'un Traité de la conformité de h raison avee le foi (De eoncordia raîionis et fidei) , dont M. Huet est Taotear. Ce livre fût réimprimé à Leipzig en 4692 ; et les journalistes de oetia Tille en ont donné un bon extrait, où les sentiments de Spinota sont exposés fort nettement et réfutés avec beaucoup de force et dlMK bileté. Le savant M. Simon et M. de La Motte, ministre de Savoie à Londres, ont travaillé Tun et Tautre sur le même sujet. Tai bien vu les ouvrages de ces deux auteurs ; mais je ne sais pas aaseï le français pour pouvoir en juger. Le sieur Pierre Poiret, qui demeuré à présent à Reinsbourg près de Leyde, dans la seconde impre«ioa de son livre De Deo, anima et malo, y a joint un traité contre Spinoza, dont le titre est : Fundamenta atheiemi êverm, tive I)m» cimen abmrditatis Spinozianœ (Lee jprincipeê de Vathéiême rm^ versé», etc.), G*est un ouvrage qui mérite bien qu'on se donne la peine de le lire avec attention.

Le dernier ouvrage dont je ferai mention est celui de M. Wittichius, professeur à Leyde, qui fut imprimé en 4690, après la moK de Tauteur, sous ce titre : Christophori Wittichii profeseoris Lei^ demie anti-Spinoza, sive examen Ethicee B. de Spinota. Il parut encore quelque temps après traduit en flamand, et imprimé à Amsterdam chez les Wasbergen. Il n'est pas étrange que, dans on livre tel que celui qui a pour titre : Suite de la Vie de Phihpaier, on ait tâché de diffainer ce savant homme et de flétrir sa réputation après sa mort. On débite, dans cet écrit pernicieux, que M. Wittichius était un excellent philosophe, grand ami de Spinoza, aveeq» il était dans un commerce étroit, qu'ils cultivaient l'un et l'autre par lettrée et par des entretiens particuliers qu'ils avaient souvent enseoh ble ; qu'ils étaient, en un mot , tous deux, dans les mêmes sentiments : que , cependant , pour ne passer pas dans le monde pour tpinotvUe, M. Wiitjchius avait écrit contre le Traité de Morale de Spinota: et qu'on n'avait fait imprimer sa réfutation qu'après sa mort, que dans la vue de lui conserver son honneur et la réputation de chré* tien orthodoxe. Voilà les calomnies que cet Insolent a avattoéee ; je

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ne tais d*où il les a puiséeB, ni 8ur quelle apparence de vérité il appuie tant de mensonges. D'où a-t-il appris que ces deux philo** sophes avaient un commerce si particulier ensemble; qu'ils se voyaient et s'écrivaient si souvent l'un à l'autre? On ne trouve au« oune lettre de Spinoza écrits à M. Wittichius, ni de M. Witticfaius écrite à Spinosa, parmi les lettres de cet auteur qu'on a pris soin de faire imprimer, et il n'y en a aucune non plus parmi celles qui wnt restées sans être imprimées ; de sorte qu'il y a tout lieu de croire que cette liaison étroite et les lettres qu'ils s'écrivaient l'un à l'autre sont du cru et de l'invention de ce calomniateur^ Je n'ai, à la vérité, Jamais eu occasion de parier à M. Wittichius ; mais ja connais asses particulièrement M. Zimmermann , son neveu , mi>^ nistre pour le présent de l'éf^lise anglicane, et qui a demeuré avec son oncle pendant ses dernières années. II ne m'a rien communi>* que sur ce sujet qui ne fût fort opposé à ce que débite l'auteur dé la Vie dé Phihpater; jusqu'à me faire voir un écrit que son onde lui avait dicté, où les sentiments de Spinoea étaient également bien expliqués et réfutés. Pour le justifier entièrement, faut-il autre chose que ce dernier ouvrage qu*il a composé? C'est là où Ton voit quelle est sa créance, et où il fait en quelque manière une profession de foi peu de temps avant sa mort. Quel homme, touché de quelque sentiment de religion, osera penser, et moins encore écrire, que tout ceci n'a été qu'hypocrisie, fait uniquement en vue de pouvoir aller à l'église, sauver les apparences, et n'avoir pas la réputation d'impie et de libertin ?

Si l'on pouvait inférer de pareilles choses, de ce qu'on pi*étendrait qu'il y aurait eu quelque correspondance entre deux personnes , je ne me trouverais pas fort en sûreté , et il n'y a guère do pasteurs qui n'eussent tout à craindre aussi bien que moi de la part des calomniateurs; puisqu'il nous est quelquefois impossible d'évi* 1er tout commerce avec des personnes dont la créance n*est pas toujours des plus orthodoxes.

Je me souviens ici volontiers de Guillaume de Deurhof d'Amsterdam , et le nomme avec toute la distinction qu'il mérite. C'est un professeur qui, dans ses ouvrages et particulièrement dans ses leçons théologiques, a toujours vivement attaqué les sentiments de Spinoza. Le sieur François Halma lui rend justice dans ses Remar-

ques sur la vie et sur les opinions de Spinoza, page 85, lorsqu'il dil qu'il a réfuté les sentiments de ce philosophe d'une manière si solide, qu'aucun de ses partisans n'a jamais osé jusqu'à présent le prendre à partie et se mesurer avec lui. Il ajoute que ce subtil écrivain est encore en état de repousser comme il faut l'auteur de la Vie de Philopater sur les calomnies qu'il a débitées à la page 493 et de lui fermer la bouche.

Je ne dirai qu'un mot de deux auteurs célèbres, et les joindrai ensemble , quoiqu'un peu opposés Tun à l'autre pour le présent. Le premier est M. Bayle trop connu dans la république des lettres pour devoir en faire ici l'éloge. Le second est M. Jacquelot, ci-devant ministre de l'église française à La Haye, et à présent prédicateur ordinaire de sa majesté le roi de Prusse. Ils ont lait Tiin et l'autre de savantes et solides remarques sur la vie, les écrits et les sentiments de Spinoza. Ce qu'ils ont publié sur cette matière, avec l'approbation de tout le monde, a été traduit en flamand par François Halma, libraire à Amsterdam et homme de lettres. Il a joint à sa traduction une préface et quelques remarques judicieuses sur la suite de la Vie de Philopater, Ce qui est de lui vaut aussi son prix et mérite d'être lu.

Il n'est pas nécessaire de parler ici de plusieurs écrivains qui ont attaqué les sentiments de Spinoza tout récemment à Toocasion d'un livre intitulé HemelopAarden, le Paradis sur la terre, composé par M. van Leenhofif, ministre réformé à Zvvol; où l'on prétend que ce ministre bâtit sur les fondements de Spinoza. Ce:: choses sont trop récentes et trop connues du public pour s'y arrêter, c'est pourquoi je passe outre pour parler de la mort de ce célèbre athée.

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