LE TRAITE THEOLOGICO-POLITIQUE
Le Traité tliéologico-poliiique dont nous donnons au public la traduction a été publié pour la première fois sous ce titre :
Tragtatus theologico-politicus , continens dissertaiiones aitquoi quitus ostenditur libertaiem philo'sophandi non tantum salva pietate et reipublicœ paceposse concedi; sed eamdem nisi cum pace reipublicœ ipsaque pietate toUi non posse :
Avec celte épigraphe : « Per hoc cognoscimus quod in Deo ma- » nemus et Deus manet in nobis , quod de spiritu suo dédit nobis. » (Joan. Epist, i. cap. iv, vers. 43). — Hamb.,apud Henricum Kiinrath. 1670, in-4«. 233 pages. '
Ce titre est bien celui que Spinoza a donné à son Traité. Mais ce n'est point à Hamboui^, ni chez Henri KUnrath, c'est à Amsterdam, chez Christoph Conrad, que le Theologico-politicus a été imprimé.
Proscrit dès sa première apparition, le Theologico-politicus ne put circuler que clandestinement et sous divers faux titres destinés à donner le change à Tautorité. En voici la liste * :
4®. Danielis Heinsii P. P. operum historicorum collectio prima,
Editio secunda, priori editione multo emendatior et auctior.
Accedunt quaedam hactenus inedita.
1. Voyez Paulut, Prafalio iter. edil., p. 10 sqq.— Tliéoph. de Murr, Adnofat. ad Tract, theol. -polit. ^ p. 10 sqq. — Gfrœrer, Prœf. edil., p. 15 sqq. — Tcnncnann, Man. de Vffitt, de la Philos., ii, p. 101 sqq.
Lugduni Batavorum , apud Isaacum Herculis. 4673, in-S*. 334 pages.
2®. Fr. Henriquez de Villaoorta M, Doct. a cubiculo Philif^ IV. Caroli IL archiatri opéra chirurgica otnnia. Sab aiMpiciis polent. Hispan. régis.
Amstelodami, 1673, in-S».
3°. Franc, de la Boe Silvii totius medicinœ idea nova, Edit. sec. Amstelod., 4673.
Après que Spinoza eut publié le Theologico-politicuSf il écrivit sur les marges du livre un certain nombre de notes destinées à éclaircir ou à confirmer quelques points qui avaient suscité une opposition plus vive de la part des théologiens ^ Ces curieuses notes ont été publiées pour la première fois par le savant Tbéoph. de Murr, d'après le manuscrit original que Spinoza avait laissé en mourant à Van der Spick pour être remis entre les mains de rimprimeur Rieuwertsz d'Amsterdam :
Bened. de Spinoza Adnotationes ad Tract, ihed.^polit. ex autographe edidit ac prœfatus est , Christ. Th. de Hurr imagine et cfai* rographo.
Hagœ comitum, 180Î, în-4®.
Mais il paraît certain que Texemplaire de Rieuwertsz n*estpaslf seul où Spinoza eût écrit des notes marginales. La bibliothèque de Kœnigàberg possède un autre exemplaire du Theologico-jtoUtiaa, où Ton trouve aussi des annotations qui semblent bien être de U main de Spinoza. Elles ont été communiquées par le bibliothécaire, M. Bock, à M. le docteur Dorow, qui les a publiées soosre titre :
Benedikt Spinoza's Randgloseen zu seinem Tractatus theologicopoliticus, ans einer in Ktfnigsberg beBndlichen noch ungedrucktn llandschrift bekannt gemacht,
Von IKWilhelm Dorow, mit einer steindrucktafel, ein (àcsimile der Ilanschnd des Spinoza enthaltend. Berlin, 4835.
1. Reimann fait mention expresse de ces notes marginales de BpiMMA (/Fiit Tktol.judaie., p. 643) ; mais il y a un témoignage plus déctoif» c^MlctlflU 4i Spi* nosa lui-même. Il -écrirait en 1675 à Henri Oldcnburg : « Cnpim Mm» IVwîlsium notii quibutdam illutlrare, et eoncepim de êo prtynditkt t,9t Jl^ JMWif» ârf- /er^. n [Œuvr, poilh.^ éd. de 1677, p. 448.)
SUR LE nunt TllÉ0LOGI0O4K>LinQUE. &S
Dq reste les annolalions (HibUées par H. Dorow ne diffèrent qu*en quelques endroits de celles qu'a données de Murr. Celles-ci sont [troliablement les premières que Spinoza ait écrites, et il est vraisemblable qu'il les copia plus tard, en les modifiant, sur uYi autre exemplaire destiné à un de ses amis . L'exemplaire de Kœnigsberg porte en effet sur la première page ces mots visiblement tracés de la main de Spinoza : iVoMllMimo D* D^ laoobo Staiio Kk/nann^ dono D. Auctor, et rumnullis notis illustravity illasque jpropria rnanu scripsit die %^ juin anno 4676.
Le Theologico^liticus est le seul ouvrage de Spinoza qui ait été traduit en français jusqu'à ce jour. Encore est-il difficile de considérer comme une traduclion véritable l'ébauche grossièrement infidèle attribuée par les uns ^ au médecin Lucas de La Haye ; par les autres * au sieur de Saint -Glain, capitaine au service des États de Hollande.
Nous avons eu cette traduction sous les yeux en faisant la nôtre , et nous pouvons affirmer qu'il ne s'y rencontre pas une seule page sans erreur grave ou sans contre-sens.
Elle parut d'abord sous ce titre :
La Clef du sanctuaire f par un savant homme de notre siècle; avec cette épigraphe : a Là où est l'esprit de Dieu, là est la liberté. » (Épit. II aux Corinth,, ch; 3, vers. M), — Leyde, 1678, in-12. 534 pages.
On intitula ensuite cette traduction : Traiité (sic) des cérémonies superstitieuses des juifs tant anciens que modernes, Amsterdam , chez Jacob Smith , 1 678 , ou bien : Réflexions curieuses d^un esprit des-interressé (sic) sur les matières les plus importantes au salut tant public queparticulier. AùAo^ne, chez Claude Emmanuel, 1 678.
1. Brucker [Hist. criL, philoi.f t. iv, part. 2, p. 691) et Reimann (Biblioth. eatal. crit.^ p. 1029) attribuent cette traduction à Lucas, médecin de La Haye , ami de Spinoza et son biographe. Voyez sur ce point Bayle, Lettres, XXYII* lettre, p. 119; et les Nouvelle» littéraires, t. x, part. 1, p. 60.
2. Niceron (Mémoires pour servir h. Vhiat.^ etc., t. xiii, p. 46 sqq.) et des Maizeaux iNotes sur les lettres de Bayle. Voir Bayle, Œuvres diverses, 1731, t. iv, lettre XXXIII) prouvent fort bien que la traduction dont il s'agit est du sieur de Saint-Glain, Angevin, auteur de la Gazette <V Amsterdam, qui abandonna le calvinisme pour se faire Tami et le disciple de Spinoza. — Voyez Paulus , 1. 1. p. 13 sqq., et Th. de Murr, 1. 1.
Ce ne sont pas là trois éditions de l'ouvrage ; mais une seule et même édition, où le premier feuillet seul est changé.
On trouve, à la fin du volume, dos Remarques curieuses et nécessaires pour Vintelligence de ce livre. C'est là la première édition de ces notes marginales de Spinoza dont nous avons parlé ci-dessus , mais tellement défigurées par le sieur de Saint-Glain qu'on a de la peine , maintenant que l'original est publié , à le reconnaître dans cette incroyable traduction.
Si les hommes étaient capables de gouverner toute la conduite de leur vie par un dessein réglé , si la fortune leur était toujours favorable, leur âme serait libre de toute superstition. Mais comme ils sont souvent placés dans un si fâcheux état qu'ils ne peuvent prendre aucune résolution raisonnable ; comme ils flottent presque toujours misérablement entre l'espérance et la crainte, pour des biens incertains qu'ils ne savent pas désirer avec mesure , leur esprit s'ouvre alors à la plus extrême crédulité; il chancelle dans l'incertitude; la moindre impulsion le jette en mille sens divers, et les agitations de l'espérance et de la crainte ajoutent encore à son inconstance. Du reste, observez-le en d'autres rencontres , vous le trouverez confiant dans l'avenir, plein de jactance et d'orgueil.
Ce sont là des faits que personne n'ignore, je suppose, bien que la plupart des hommes, à mon avis, vivent dans l'ignorance d'euxmômes ; personne, je le répète, n'a pu voir les hommes sans remarquer que lorsqu'ils sont dans la prospérité , presque tous se targuent, si ignorants qu'ils puissent être, d'une telle sagesse qu'ils tiendraient à injure de recevoir un conseil. Le jour de l'adversité vient-il les surprendre, ils ne savent plus quel parti choisir ; on les voit mendier du premier venu un conseil, et si inepte, si absurde , si frivole qu'on l'imagine, ils le suivent aveuglément. Mais bientôt sur la moindre apparence, ils recommencent à espérer un meilleur avenir ou à craindre les plus grands malheurs. Qu'il leur arrive en effet, tandis qu'ils sont en proie à la crainte, quelque chose qui leur rappelle un bien ou un mal passés, ils en augurent aussitôt