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Tiif.oix)r,ico-por.iTiorE, 137
T^^li^es d'avance, mais ils (■laîenl ohligéii d'avoirau ^iiil di! leur maisoD , Biir leurs maius , sur leur Fiont , des signes qui sans cesse les rap[iclassent à l'obéissance.
On doit purfaiKinent comprendre inainlenant quel âlait l'objet des cérémonies ; c'est que les hommes suivissent la volonté d'aulrui au lieu de la leur ; c'e^t que chacune de leurs pensées et de leurs actions Sût un témoignage qu'ils ne dépendaient pas d'eux-mêmes, mais d'une autre puissance. Or, il résulte de là que les cérémonies n'ont aucun rapport à la béatitude, et (|ue toutes celles de l'ancien Testament, en un mol , toute b loi de Moïse ne regarde que Tempire des Hébreux , bI conséquemment leurs seuls intéréis matériels.
Pour ce qui est des cérémonies du christianisme, comme le baplAme, la cène, les fêtes, les prières publiques, et toutes les autres cérémonies communes de tout temps à tous les chrétiens, en supposant qu'elles aient été instituées pur Jésus-Christ ou par les Bp6tres (ce qui ne m'est pas suffisamment démontré), elles nu sont autre chose que des signes extérieurs de l'Église universelle; ellw n'ont rien , dans l'objet de leur institution , qui intéresse la M>ali- (ude , et il ne faut point leur attribuer aucune vertu sanctlllanle. En oflet, bien qu'elles n'aient pas été établies par raison politique, elles n'ont pourtant pas d'autre but que de maintenir l'intégrité dftj la société' chrétienne. Aussi l'homme qui vil dans la solitude n'eAl hullrmont obligé de les mettre en pratique, et ceux qui vivent danî .,.; 1"; li : 1.1 rdij^ion chrétienne est interdite sont bien obligés il
. luutes cérémonies, ce qui ne les enipéclie pas de puii-«l
Christianisme ; et la compagnie litiM
^ndais qui séjournent dans ea'm
Élérieure do leur religion. Il a
pples; et bien qu'il me filtaisé dcd
Fl'autorité du nouveau Teslamentil
Rclarté parfaite, je préfère passi
m tarde d'aborder. Je vaisdono^l
We second point île ce chapilr*, J
saire do croire aux n' F- Or. pour éi'laircir iHl» nvM
13« TPAITÉ
lièro par la lumiùro naturelle, je crois qu*il faut procéder co^me il suit.
Quiconque aspire à persuader les hommes et prôtepd leur Caire embrasser uneclpctrine qui n'est pas évidente d*eUe-mé(De, e»t tenu de s'appuyer sur une autorité incontestée, pomme rexpérieoce ou la raison ; il doit invoquer le témoignage des faits que les hommes ont constatés par les sens, ou bien partir de principes intellectuel, d*axiomcs immédiat^ment évidents. Mais il faut observer, quand on se sert do preuves fondées sur l'expérience , que si elles ne sont point accompagnées d'une intelligence claire et distincte des faiU, on pourra bien a|prs convaincre les esprits; mais il sera impossible, surtout en matière de choses spirituelles et qui ne tombent pas sous les sens, de porter dans l'entendement cette lumière parfiaite qui entoure les axiomes ; lumjère qui dissipe tous les nuages, parce qu'elle a sa source dans la force môme de l'entendement et dans l'ordre de ses perceptions. D'un autre côté, comme il faut le plus souvent pour déduire les choses des seules notions intellectuelles, un long enchaînement de perceptions, et en outre une prudence, une pénétration d'esprit et une sagesse fort rares; les hommes aiment mieux s'instruire par l'expérience que de déd^ire toutes leurs perceptions , on les enchaînant l'gne à l'autre, d'un petit nombre de principes. Que résulte-t-il de làV C'est que quiconque veut persuader une doctrine aux hommes et la faire comprendre , je ne dis pas du genre humain, mais d'une nation entière, doit l'établir par la seule expérience, et mettre ses raisons et ses déQnitiooâ à la portée du peuple, qui fait la plus grande partie de l'espèce humaine ; autrement, s'il s'attache à enchaîner ses raisonneroenti et à disposer ses définitions dans l'ordre le plus convenable à la liaison rigoureuse dos idées, il n'écrit plus que pour les doctes, et ne ()eut plus être compris que d'un nombre d'individus très-pclil par rapport à la masse ignorante do l'humanité.
On conçoit maintenant que l'Écriture sainte ayant été révélée pour toute la nation juive et môme ()Our tout le genre humain, \e^ vérités qu'elle contient aient dû être mises à la (K)rtée du vultiaire et fondées sur la seule ex()érience. Je m'explique. Hn fait de vérités s|)/»culatives, l'enseignement de l'ftcriture se réduit à a»lles-ri : qu'il existe un Dieu, c'est-à-dire un Être qui a fait toutes choses et qui
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les dirige et les maintient avec une extrême sagesse ; que ce Dieu prend grand soin des hommes, je veux dire de ceux qui vivent dans la piété et Thonnôteté , et qu'il accable les autres de supplices et les sépare d'avec les bons. Toutes ces vérités, TÉcriture les prouve par Texpérience , c'est-à-dire par une suite de récits ; elle ne fait pas de définitions ; elle proportionne ses paroles et ses preuves à Tintelligence du peuple; et bien que l'expérience soit incapable de nous donner aucune connaissance claire des vérités qu'enseignent les saintes Écriture et de nous faire comprendre ce que c'est que Dieu, pourquoi il maintient et dirige toutes choses, pourquoi enfin il prend soin de l'humanité , elle a pourtant la force d'instruire et d'éclairer les hoipmes autant qu'il est nécessaire pour plier les ûmes à l'obéissance et à la dévotion.
Les principes que je viens de poser expliquent assez , ce me sepable, sous quel rapport et à quelle sorte de personnes la croyance aux récits historiques de l'Écriture est nécessaire. On voit en effet que le peuple, dont le génie grossier est incapable de percevoir les choses d'une façon claire et distincte, ne peut absolument se passer de ces récite. Une autre conséquence à laquelle nous sommes conduits, c*est que celui qui nie les récits de l'Écriture parce qu'il ne croit pas en Dieu ni à sa providence, est un impie ; mais pour celui qui sans connaître ces récits ne laisse pas de savoir par la lumière naturelle, qu'il existe un Dieu, et d'être éclairé sur les autres vérités que nous rappelions tout à l'heure, s'il mène d'ailleurs une vie réglée par la raison, je dis qu'il est parfaitement heureux ; et j'sgoute même qu'il est plus heureux que le vulgaire, puisqu'il possède non-seulement une croyance vraie, mais une conception claire et distincte de cette croyance. Il résulte enfin de nos principes qu'un homme qui ne connaît pas l'Écriture et n'est pas non plus éclairé sur les grands objets de la foi par la lumière naturelle, un tel homme est, je ne dis pas un impie, un esprit rebelle, mais quelque chose qui n'a rien d'humain, presqu'une brute, un être abandonné de Dieu.
Au surplus, qu'on le remarque bien, en disant que la connaissance des récits de rÉcriture est nécessaire aii peuple, nous n'ontendons pas parler de toutes les histoires qui sont contenues dans les livres saints , mais seulement des principales ; je veux dire de
celles qui peuvent , sans le secours des autres , mettre en pleine lumière les vérités de la foi et ébranler fortement Tâme des hommes. Car si tous les récits de l'Écriture étaient nécessaires pour établir la doctrine qu'elle enseigne, et s'il fallait les embrasser tous à la fois pour en déduire une conclusion pratique, la connaissance de la religion surpasserait alors, je ne dis pas l'esprit du peuple, mais l'esprit humain ; puisqu'il serait visiblement impossible de se rendre attentif à un si grand nombre de récits historiques, avec le cortège de leurs circonstances et des conséquences doctrinales qu'il faudrait en déduire. Pour moi, j'ai peine à croire que ceux mêmes qui nous ont transmis l'Écriture telle que nous l'avons, aient eu un génie assez puissant pour embrasser un si grand objet; et je me persuade plus difficilement encore qu'on ne puisse entendre la doctrine de l'Écriture sans connaître les troubles domestiques de la famille d'Isaac, les conseils d'Âchitophel à Absalon, la guerre civile des enfants de Juda et de ceux d'braël, et autres récits de ce genre , car il faudrait croire alors que les premiers Juifs du temps de Moïse n'ont pu connaître la vérité sur Dieu avec autant de facilité que les contemporains d'Hesdras. Mais tout ceci sera expliqué plus longuement dans la suite de cet ouvrage.
Le peuple n'est donc obligé de connaître que ceux d'entre les récits historiques de l'Écriture qui portent les âmes avec plus de force à l'obéissance et à la dévotion. Or, il n'est pas capable de faire lui-même ce discernement , puisque ce qui le charme pardessus tout, ce n'est pas la doctrine morale contenue dans les récits; c'est bien plutôt le récit lui-même , avec les circonstances singulières et imprévues qui s'y rencontrent. Voilà pourquoi le peuple a besoin non-seulement de la connaissance de l'Écriture, mais de pasteurs, de ministres de l'Église, qui lui donnent un enseignement proportionné à la faiblesse de son intelligence. Mais, pour ne point nous écarter de notre sujet, revenons à la conclusion que nous voulons établir, savoir : que la croyance aux récits historiques , quels que soient ces récils, n'a rien à voir avec la loi divine, et ne peut par elle-même conduire les hommes à la béatitude; enfin, que cette croyance n'a d'autre utilité que celle de la doctrine qui y est contenue, laquelle peut seule rendre certains récits historiques
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préférables à d'autres récits. Cest sous ce point de vue que les récits de Tancien et du nouveau Testament sont supérieurs à ceux de rhistoire profane, et se distinguent entre eux par des degrés divers d'excellence, suivant qu'on en peut tirer des croyances plus ou moins salutaires. Si donc quelqu'un se met à lire l'Écriture, et ajoute foi à tous ses récits sans faire attention à la doctrine qui en découle et sans s'appliquer à devenir meilleur, c'est exactement comme s'il lisait l'Alcoran, ou des poèmes dramatiques, ou du moins ces histoires ordinaires que tout le monde lit avec distraction ; tandis qu'au contraire celui qui ne connaît l'Écriture en aucune façon, mais dont l'âme est pleine de croyances salutaires et la conduite réglée par la raison; celui-là, dis-je, est véritablement heureux, et l'esprit du Christ est en lui. C'est là justement le contraire du sentiment des Juifs : ils prétendent que les croyances vraies et la vraie règle de conduite ne servent de rien à la béatitude , tant que les hommes ne sont éclairés que de la lumière naturelle et ne connaissent pas la loi révélée à Moïse. Voici les propres paroles de Maimonides, qui ose professer ouvertement cette doctrine (Rois, chap. vin, loi xi) : « Quiconque reçoit les sept commandements * et les exéctUe av^ zèle, doit être compté parmi les pieux des nations et les héritiers du monde à venir; à condition toutefois qu*il reçoive etpra^ tique ces commandements, parce que Dieu lès a donnés dans sa loi et nous les a révélés par V organe de Moïse, après les avoir déjà prescrits aux fils de Noé; mais s'il ne pratique les commandements de Dieu que par l'inspiration de la raison, ce n*estplus un habitant du céleste royaume, ce n'est plus un des pieux ni un des savants des nations. » A ces paroles de Maimonides, R. Joseph , fils de Sbem Tob , dans son livre intitulé Kelod Elohim, c'est-à-dire Gloire de Dieu, ajoute qu'Aristote (le premier des auteurs à ses yeux, et qui dans sa morale est arrivé à la perfection], Aristote lui-même, bien qu'il ail embrassé tout ce qui se rapporte à la morale véritable et n'ait rien oublié d'essentiel , n'a pourtant pas pu faire son salut, parce qu'il n*a pas connu les principes qu'il enseigne comme des ensei- '
1. On remarquera que les Juifs croient que Dieu n'a donné à Noé que sept commandements, qui seuls sont obligatoireâ pour toutes les nations ; tandis qu'il en a donné un plus grand nombre à la nation hébraïque ^ par un privilège unique, et paur la rendre plus beureujse qu,e toutes les autres.. (Noie de SpinozaJ
nature résultent de l'essence de Dieu , et que les lois de runiven sont ses décrets et ses volontés éternelles , nous connaissons alors d'autant mieux Dieu et sa volonté que nous pénétrons plus a?dnt dans la connaissance des choses naturelles, que nous les voyons dépendre plus étroitement de leur première cause, et se développer suivant les éternelles lois qu'elle a données à la nature. 11 suit de là qu'au regard de notre intelligence, les phénomènes que nous comprenons clairement et distinctement méritent bien plutôt qu'on les appelle ouvrages de Dieu et qu'on les rapporte à la volonté divine que ces miracles qui nous laissent dans une ignorance absolue, bien qu'ils occupent fortement l'imagination des hommes et les frappent d'étonnement et d'admiration ; car enfin , il n*y a dans la nature que les choses dont nous avons une connaissance claire et distincte qui nous élèvent à une connaissance plus sublime de Dieu , et nous manifestent en traits éclatants sa volonté et ses décrets. C'est donc véritablement se jouer , quand on ignore une chose , que de recourir à la volonté de Dieu ; on ne fait par là que confesser très-ridiculement son ignorance. Un miracle, en effet, n'étant jamais qu'une chose limitée, et n'exprimant par conséquent qu'une puissance également limitée, il est certainement impossible de remonter d'un effet de cette nature à l'existence d'une c^use infiniment puissante; tout au plus a-t~on le droit de conclure qu'il existe une cause plus grande que Tefifet produit. Je dis tout au plus, car il peut arriver que, par le concours de plusieurs causes, un effet se produise, dont la puissance, tout en restant inférieure à celle de toutes ces causes réunies, soit très-supérieure à la force de chacune d'elles. Au contraire, les lois de l'univers, ainsi que nous l'avons déjà montré, s'étendant à une infinité d'objets et se faisant concevoir sous un certain caractère d'éternité , la nature qui se développe, en suivant ces lois, dans un ordre immuable, est pour nous comme une manifestation visible de l'infinité, de l'éternité et de l'immutabilité de Dieu. Concluons donc que les miracles ne nous font nullement connaître Dieu, ni son existence, ni sa providence, mais que toutes ces vérités se déduisent infiniment mieux de l'ordre fixe et immuable de la nature.
En concluant de la sorte , j'entends par miracle ce qui surpasse ou ce qu'on croit qui surpasse la portée de rinlelligence humaine.
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les miracles , pat des causes naturelles , et s'efforcent de les cornprendte, sont accusés de nier Dieu, ou du moins la providence de Diea: Tant que la nature suit son cours ordinaire , on s'imagine que Dieu ne fait rien ; et, réciproquement, pendant que Dieu agit, la paisssance de la nature semble suspendue et ses forces oisives. de foçoii qu'on établit ainsi deux puissances distinctes Tune de Tautre , celle de Dieu et celle de la nature , lëquelle toutefois est déterminée par Dieu d'une certaine façon, ou, comme la plupart lé croietit maintenant, créée par lui. Mais qu'entend-t-6n par chacune de CCS puissances. Dieu et là nature? Voilà ce que le vulgaire ne mai pas; la puissance de Dieu, c'est pour lui quelque chose comme l'dutorité royale ; la nature, c'est une force impétueuse et aveugle. Le vulgaire donne donc aux phénomènes extraordinaires de la nature le nom de miracles, c'est-à-dire d'ouvrages de Dieu, et soit par dévotion, soit en haine de ceîix qui Cultivent les sciences naturelles il se complaît dans l'ignorance des causes , et ne veut entendre parler que de ce qu'il admire , c'est-à-dire de ce qu'i 1 ignore. Le seul moyen pour lui d'adorer Dieu et de rapporter toutes choses à son empire et à sa volonté, c'est de supprimer les causes naturelles , de bouleverser l'ordre des choses , et de se représenter la puissance de la nature enchaînée par celle de Dieu.
Si Ton cherche l'origine de ces préjugés, il faut, à ce qu'il me semble, remonter jusqu'aux premiers Hébreux. On sait que les nations païennes de cette époque adoraient des dieux visibles, comme le Soleil, la Lune, la Terre, l'Eau, l'Air, etc. Pour les convaincre d'erreur, pour leur montrer que ces divinités faibles et changeantes étaient sous l'empire d'un Dieu invisible, les Hébreux racontaient les miracles dont ils avaient été témoins, s'eflbrçant de prouver en outre par ces rjèc-its que le Dieu qu'ils adoraient gouvernait la nature entière pour leur seul avantage. Cet exemple a séduit si fortement les hommes , qu'ils n'ont pas cessé depuis lors d'imaginer des miracles; chaque nation a voulu faire croire qu'elle est plus chère à Dieu que toutes les autres, que Dieu a tout créé pour elle, et qu'il dirige tout vers cet unique dessein. Voilà l'excès d'arrogance où la stupidité du vulgaire s'est portée. Dans la grossièreté de ses idées touchant Dieu et la nature , il confond les volontés de Dieu avec les désirs des hommes, et se représente la nature si
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bornée que Thomme en est la partie principale. Mais c'est assez parler des opinions et des préjugés du vulgaire sur la nature et les miracles ; j'arrive aux quatre principes que je me propose de démontrer ici dans Tordre suivant : ^^ J'établirai d'abord que rien n'arrive contre Tordre de la nature, et qu'elle suit sans intermptioo un cours éternel et immuable ; j'expliquerai en même temps ce qu'il faut entendre par miracle, t^ Je prouverai que ce ne sont point les miracles qui peuvent nous faire connaître l'essence et l'existence de Dieu , ni par conséquent sa providence , toutes ces vérités se comprenant beaucoup mieux par Tordre constant et immuable de la nature. 3^^ Je prouverai par plusieurs exemples tirés de l'Écriture que TÉcriture elle-même n'entend rienautrechose par les décrets, les volontés de Dieu, et conséquemment par sa providence, que Tordre même de la nature qui résulte nécessairement de ses étemelles lo». i® Je traiterai en dernier lieu de la manière d'interpréter les miracles de TÉcriture, et marquerai les points principaux qu'il convient de considérer dans le récit de ces miracles. Tels sont les divers objets qui feront la matière du présent chapitre, et, si je ne me trompe, il n'en est pas un qui ne doive beaucoup servir au dessein que je me propose dans tout cet ouvrage.
Pour établir mon premier principe , il me suffit de rappeler ce que j'ai démontré au chapitre iv, sur la loi divine , savoir : que tout ce que Dieu veut ou détermine enveloppe une nécessité et une vérité éternelles. L'entendement de Dieu ne se distinguant pas, nous Tavons prouvé, de sa volonté, dire que Dieu veut une diose ou dire qu'il la pense , c'est affirmer exactement la même chose. En conséquence , la même nécessité en vertu de laquelle il suit de la nature et de la perfection de Dieu qu'il pense une certaine chose telle qu'elle est ; cette même nécessité , dis-je , fait que Dieu veut celte chose telle qu'elle est. Or, comme rien n'est nécessairement vjrai que par le seul décret divin, il est évident que les lois universelles de la nature sont les décrets mêmes de Dieu, lesquels résultent nécessairement de la perfection de la nature divine. Si donc un phénomène se produisait dans Tunivers qui fût contraire aux lois générales de la nature, il serait également contraire au décret divin , à l'intelligence et à la nature divines ; et de même si Dieu agissait contre les lois de la nature, il agirait contre sa propre es-
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sence, ce qui est le comble de Fabsurdilé. Je pourrais appuyer encore ma démonstration sur ce principe, que la puissance de la nature n'est, en réalité, que la puissance même et la vertu de Dieu, laquelle est le propre fond de l'essence divine ; mais ce surcroît de preuves est présentement superflu. Je rx)nclus donc qu'il n'arrive rien dans la nature * qui soit contraire à ses lois universelles; rien, dis-je, qui ne soit d'accord avec ces lois et qui n'en résulte. Tout ce qui arrive se fait parla volonté de Dieu, et son éternel décret : en d'autres termes, tout ce qui arrive se fait suivant des lois et des règles qui enveloppent une nécessité et une vérité éternelles. Ces lois et ces règles, bien que toujours nous ne les connaissions pas, la nature les suit toujours, et, par conséquent, elle ne s'écarte jamais de son cours immuable. Or il n'y a point de bonne raison d'imposer une limite à la puissance et à la vertu de la nature, et de considérer ses lois comme appropriées à telle fin déterminée et non à toutes les fins possibles; car la puissance et la vertu de la nature sont la puissance môme et la vertu de Dieu , les lois et les règles de la nature sont les propres décrets de Dieu ; il faut donc croire de toute nécessité que la puissance de la nature est infinie , et que ses lois sont ainsi faites , qu'elles s'étendent à tout ce que l'entendement divin est capable d'embrasser. Nier cela, c'est soutenir que Dieu a créé la nature si impuissante et lui a donné des lois si stériles, qu'il est obligé de venir à son secours, s'il veut qu'elle se conserve et que tout s'y passe au gré de ses vœux; doctrine aussi déraisonnable qu'il s'en puisse imaginer. Maintenant qu'il est bien établi que rien n'arrive dans la nature qui ne résulte de ses lois, que ces lois embrassent tout ce que l'entendement divin lui-même est capable de concevoir, enfin que la nature garde éternellement un ordre fixe et immuable *, il s'ensuit trè&-€lairement qu'un miracle ne peut s entendre qu'au regard des opinions des hommes, et ne signifie rien autre chose qu'un événement dont les hommes (ou du moins celui qui raconte le miracle) ne peuvent expliquer la cause naturelle par analogie avec d'autres événements semblables qu'ils sont habitués à observer. Je pourrais
1. Far nature, J'entends ici, non-seulement la matière avec ses afTcclions, mais ly^ infinité d^autres ^tres. (Note de Spina^ra.^
2. Voyez VBlhique, part. 1, particulièrement les Propos. XVl, XXI, XXII, XXUl, XXIX.
déGnir aussi le miracle : ce qui ne peut être expliqué par \e& principes des choses naturelles , tels que la raison nous les fait connaître; mais comme les miracles ont été faits pour le vulgaire , lequel était dans une ignorance absolue des principes des choses naturelles, il est certain que les anciens ooosîdéraient comme miraculeux tout ce qu'ils ne pouvaient expliquer de la façon dont le vulgaire explique les choses, c'est-à-dire en demandant à la mémoire le souvenir de quelque événement semblable qu'on ait l'habitude de se représenter sans étonnement; car le vulgaire croit comprendre suffisamment une chose quand elle a cessé de rétonner. Les anciens donc, et tous les hommes en général jusqu'à notre temps, ou peu s'en faut, n'ont point eu d'autre critérium des événements miraculeux que celui que je viens de dire; il ne faut par conséquent pas douter que dans les sainles Écritures il n'hait une foule de choses miraculeuses qui s'expliquent très-simplement par les principes aujourd'hui connus des choses naturelles. C'est ce que nous avons déjà fait pressentir plus haut à propos du miracle de Josué arrêtant le soleil , et de la rétrogradation do oe même astre au temps d'Âchaz; mais nous traiterons bientôt plus au long cette matière de l'inlerprélation des miracles , qui fait en partie l'objet de ce chapitre.
Je veux établir maintenant mon second principe, qui est que les miracles ne nous font nullement comprendre ni l'essence, ni l'existence, ni la providence de Dieu ; mais au contraire que toutes ces vérités nous sont manifestées d'une façon beaucoup plus claire par l'ordre fixe et immuable de la nature. Voici ma démonstration : L'existence de Dieu n'étant pas évidente d'elle-même < , il faut nécessairement qu'on la déduise de certaines notions dont la vérité soit si ferme et si inébranlable qu'il n'y ait aucune puissance capable de les changer. Tout au moins faut-il que ces notions nous apparaissent avec ce caractère de certitude absolue, au moment où nous en inférons Tcxistence de Dieu ; sans quoi nous ne pourrions aboutir à une conclusion parfaitement assurée. Il est clair, en effet, que si nous venions à supposer que ces notions peuvent être changées par une puissance quelconque , nous douterions à Tiostant