Voyez les Noies marginales de Spinoza, note
2. On remarquera que le mot hébreu Raphaim signifie Damnés; mais on peut croire, d'après les Paralipomènei, eh. xx, que c'est aussi un nom propre. Je pente okmc qu'en cet endroit il marque lo nom d'une famille. (Noie de Spinoaa,)
dpiile, le lit dont il est ici question ne fut trouvé qu^an tempii de David, qui s*empara le premier de Rabat, ainsi qu*on le raconte au livre deShamuel (chap. xii^vers. 30). Mais ce n'est pas en cet endroit seulement que Tauteur du Deutéronwne ajoute aux paroles de Moïse. Voici, un peu plus bas, un passage du même genre : t/iiïr, fils de Manassé , a occupé toute la contrée d'Argob , jusqu'à la frm- Hère des Géhurites et des Mahachatites ; et il a donné son nom à tM le pays et aux bourgs de Basan , qu'on appelle encore aujourd'km bourgs de Jaïr. » Ces paroles sont certainement une addition de l'auteur du livre, destiné à éclalrcir ce passage de Moïse qui précède immédiatement : « J'ai donné Vautre moitié de GilUad et tout le pays de Basan, qui était le royaume d'Og, à la moitié de la tribu ât Manassé, ainsi que la juridictitm d'Argobsur tout Basan, qui s'appelle (erre des Géants,!» II est hors de doute que les Hébreux, au temps où ce passage a été écrit, connaissaient très-bien les bourgs de Jaï^, tribu de Juda ; mais ils ne comprenaient pas ces nK)ts : •juridielifm d'Argob, terre des Géants, » et voilà ce qui force rhistorien à expliquer quels sont ces pays et les noms antiques qu'ils ont |K>rté8 , et à expliquer en même temps pourquoi on les appelle présentement du nom de Jaïr, qui était de la tribu de Juda, et non do celle Je Manassé (voyez Paralipoménes, chap. n, vers. 24 et 22).
Nous venons d'exposer les sentiments d'Aben-Hezra et de produire les passages du Penfafeuque sur lesquels il fait reposer sa doctrine, mais il s'en faut infiniment qu'il ait épuisé le sujet , et il n'a pas même cité les endroits les plus importants. C'est une lacune que nous allons remplir.
4® L'auteur des livres du Pentateuque, outre qu'il parle de Mut!v> à la troisième personne, rend sur son compte un grand nombre t\e témoignages comme ceux-ci : « Dieu a parlé à Moïse ; Dieu s'entretenait face à face avec Moïse; Moïse était le plus humble des hommes (Nonibres, chap. xii, vers. 3); Moïse fut saisi de colère contre k* chefs ennemis (ibid. chap. xxxi, vers. 44); Moïse était un homm^ divin (Deutéronome, chap. xxxiii, vers. 4); Motse, le serviteur df Dieu est mort ; aucun prophète ne s'est rencontré en Israël qui fût semblable à Moïse , « etc. Au contraire , dans le Deut^nume , ou est exposée la loi que Moïse avait donnée au peuple et mise par écrit , Mo'ise parle de soi-même et raconte ses actes à la premien'
TIIÉOLOGICO-POLITIQUR. . 189
personne : « Dieu m'a parlé » {Deutérononie , chap. ii , vers. 4 , 47, etc.); afai prié Dieu. » etc. Ce n'est qu'à la fin du livre que Tauteur, après avoir rapporté les paroles de Moïse, recommence son récit à la troisième personne, et nous raconte que Moïse écrivit cette loi qu'il avait d'abord expliquée de vive voix au peuple , donna aux Hébreux ses dernières instructions et cessa de vivre. Or il est clair que cette manière de parler, ces témoignages et toute la contexture de cette histoire , tout nous invite à penser que les livres du Pentateuque ne sont pas de la main ûù Moïse, mais de celle d'un autre écrivain.
2<* 11 est encore à remarquer qu'on ne trouve pas seulement dans cette histoire de Moïse sa mort, son ensevelissement et le deuil des Hébreux durant trente jours; mais qu'il y est dit exprès* sèment : n Une s'est jamais vu en Israël aucun prophète compa^ rable à Mdise, et que Dieu ait connu comme lui face à face, » Or ce témoignage , Moïse n'a pu se le donner à lui-même , et il n'a pu lui être donné par aucun écrivain venu immédiatement après lui, mais seulement par un écrivain postérieur de plusieurs siècles. Qu'on y regarde en effet, l'auteur du livre parle d'un temps trèséloigné : u II ne s'est jamais rencontré aucun prophète. » Et de même, quand il est question de la sépulture de Moïse, le texte porto que « nul ne Va connue jusqu'à ce jour. »
3<* On remarquera aussi qu'il y a de certains lieux qui ne sont pas désignés dans le Pentateuque par les noms qu'ils portaient au temps de Moïse, mais par des noms qu'ils ont reçus long-temps après. Ainsi, dans la Genèse (chap. xiv, vers. 1], il est dit : a Abraham pour^ suivit les ennemis jusqu'à Dan. » Or ce nom ne fut donné à la ville dont il s'agit que long>temps après la mort de Josué (voyez Juges , chap. xviii, vers. 29).
40 Les récits historiques du Pentateuque s'étendent quelquefois au delà du temps où vivait Moïse. Car il est dit dans V Exode que les enfants d'Israël mangèrent la manne durant l'espace de quarante années, jusqu'au moment où ils parvinrent dans des régions habitées, aux confins de Chanaan; c'est-à-dire jusqu'au temps dont il est parlé dans Josué (chap. v, vers. 12). On trouve aussi dans la Genèse (chap. xxxvi, vers. 31) : « Ce sont les rois qui ont régné au pays (TÉdom, avant qu'aucun roi ait régné sur les enfants
d'Israël. » Or il n'est point douteux que rhistorien ne {Mirle en cet endroit des rois qu'avaient eus les Iduméens avant que David les eût subjugués ' et qu'il eût établi des gouverneurs dans Fldumée. Il est plus clair que le jour, d'après tous ces passages, que ce n'est point Moïse qui a écrit le Pentatenque, mais bien un autre écrivain postérieur à Moïse de plusieurs siècles.
Mais pour confirmer toutes ces preuves, examinons qaels sont les livres que Moïse lui-même a écrits et qui sont cités dans le Pentateuque ; nous verrons que ces livres ne sont point ceux do Pentateuque. Premièrement, nous savons certainement par VExode (chap. XVII, vers. H) que Moïse écrivit par l'ordre de Dieu, la guerre contre Hamalek ; mais le nom du livre n'est pas indiqué dans co chapitre. Or, dans les Nombres (chap. xxi, vers. 42), il est question d'un livre intitulé : Guerresde Dieu, et sans aucun doute, c'est dans ce livre qu'était le récit de la guerre contre Hamalek , ainsi que de tous les campements que nous savons que Moïse {Sombres, chap. xxxiii , vers, 2) exposa par écrit. Nous trouvons dans VEooode (chap. xxiv, vers. 47), l'indication d'un autre livre qui porte pour titre : Livre de V Alliance*, et que Moïse lut en présence dos Israélites, quand, pour la première fois, ils firent alliance avec Dieu. Mais ce livre, ou plutôt celte épître, ne pouvait contenir que fort peu de chose, savoir, les lois ou commandemens de Dieu qui sont exposés depuis le vers. 22 du chap. xx de VEooode, jusqu'au chap. XXIV ; et personne ne contestera ceci, pourvu qu'il lise, d'un esprit hbre et impartial, le chapitre cité plus haut. On y voit en eiïet qu'aussitôt que Moïse reconnut que le peuple était convenablcmenl disposé pour faire alliance avec Dieu, il s'empressa d'écrire les luis que Dieu lui avait inspirées; et dès le commencement du jour, après avoir accompli quelques cérémonies, il lut les conditions du pacte sacré, devant tout le peuple réuni, qui dut sans doute les comprendre, puisqu'il y donna son plein consentement. Il est donc bien établi par ces deux raisons, savoir, le peu de temps employé par Moïse pour écrire ses lois , et l'intention qu*il avait en les écrivant de les faire servir à une alliance entre son peuple et