‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 65 sur 96 · Voyez les S<tlex marginales de Spinr.za. noti · texte numérisé non relu

Voyez les S<tlex marginales de Spinr.za. noti

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son qu'on peut donner de la publication des livres don! il s'agit à l'époque que j'ai assignée , c'est qu'on avait alors intérêt à montrer au peuple que les prophéties de Daniel s'étaient accomplies^ afin de le confirmer de la sorte dans la piété, de relever son courage et de lui donner l'espérance d'une prospérité prochaine au milieu des calamités dont il était accablé. Du reste , bien que ces quatre livres soient si récents et si nouveaux , il s'y trouve néanmoins beaucoup de fautes, qui doivent s'expliquer, si je ne me trompe, par l'extrême précipitation des copistes. On y rencontre en effet , comme dans les autres livres de la Bible, outre plusieurs de ces notes marginales dont nous avons parlé dans le chapitre préoédent, un certain nombre de passages qui ne peuvent s'expliquer que par une transcription précipitée, ainsi que je le ferai voir tout à l'heure. Mais je veux d'abord faire remarquer, au sujet de ces leçons marginales, que si Ton accorde aux pharisiens qu'elles sont aussi anciennes que le texte, il faudra dire alors que ceux qui ont écrit ce texte ( en supposant qu'il ait été écrit par plusieurs ) ont ajouté ces notes à la marge, parce qu'ils ne trouvaient pas les chronologies qu'ils avaient sous les yeux d'une exactitude suffisante, et que, tout en y reconnaissant très-clairement des fautes^ leur respect pour les anciens les a empêchési de les corriger directement. Mais, pour ne point revenir ici sur un sujet déjà épuisé, je passe à cette espèce de fautes qui ne sont point indiquées à la marge, ^^l\ s'en trouve d'abord, je ne sais combien, dans le chap. ii d'Hezras; car au vers. 64 la somme totale de ceux qui sont comptés séparément dans le corps du chapitre est fixée à 42,360 : or, en réunissant les sommes partielles, on ne trouve que 29,848; de sorte qu'il faut nécessairement qu'il y ait une erreur, soit dans le total général, soit dans les sommes partielles. Or, il paraît bien que le total général doit être exact, vu que chacun l'avait très-certainement retenu de souvenir, comme une chose mémorable; et par conséquent, si l'erreur eût porté sur ce total, elle eût été évidente pour chacun et facilement corrigée. Mais pour les sommes partielles, il en est tout autrement. Cette indication est confirmée par le chap. vu de Néhémias, qui n'est (comme on le voit au vers. 5) qu'une transcription du chapitre û'Hezras dont nous venons de parier, lequel est connu sous le nom û'Épflre de la généalogie.

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Dans Néhémias, on ciïct, lo lolnl général ost le môme que celui dllezras; mais les sommes partielles sont notablement diflerenh>s, tantôt plus grandes, tantôt plus petites que celles d*Uezras, et elk*^ donnent, prises ensemble, le chiffre de 34,089. Il résulte évidemment de cette comparaison que les erreurs nombreuses qui se rencontrent dans Ilezras et dans Néhémias portent uniquement sur leg sommes partielles. Les commentateurs, en présence de contradictions si manifestes, se mettent en devoir de les concilier chacun de son mieux; mais où les conduit celte idolâtrie des Écritures? à exposer au mépris les auteurs des livres saints, et à les faire pasaser pour incapables d'écrire un récit et d'exposer les événements avcr un peu d'ordre. Ils se vantent d'éclaircir l'Écriture ; mais ils Vobfrcurcissent en effet : à ce point que , s'il était permis de Tinterprétcr suivant leur méthode , il n'est point de passage dont rexplicatlon ne devint incertaine. Mais je ne veux point insister sur ce point, bien convaincu que, si quelque historien voulait suivre dans i'expositioii des faits les procédés qu'ils attribuent dévotement aux auteurs do la Bible, ils le tourneraient en ridicule tout les premiers. Mais je les entends s'écrier que c'est être un blasphémateur que d'imputer une erreur à l'Écriture. Quel nom faudra-t-il donc leur donner, à eux qui mettent sur son compte toutes les chimères de leur imagination, et qui, prostituant la Bible à leurs caprices, transforment les auteurs des livres saints en enfants qui balbutient et embrouillent tout? Ne les entend-on pas nier dans Pexplicalion de la Bible les sens les plus clairs, les plus évidents? Y a-t-il, par exemple, rien de plus intelligible dans l'Écriture que ce fait, savoir, qu'Hezras et ses compagnons, dans TÉpitrc de la généalogie (qui se trouve au chap. II du livre d7/ezrai$), ont fait, par sommes partielles, le compte de tous les Hébreux partis avec eux pour Jérusalem? Li preuve en est qu'on y donne lo cx)mpte , non-seulement de ceux qui ont indiqué leur généalogie, mais aussi de ceux qui n'ont pu le fain*. N est-il pas également clair, par le vers. 5 du chap. vu d(* NMinias, que l'autcMir de ce livre n'a fait que transcrire «('lie épitre (ÏJJezras ? Par conséquent, ceux (pii donnent à ces |)assages une explication différente nient le vrai sens de l'Écriture : que di»-je ! il» nient rf'Icriture elle-mènie. Ridicule piété, qui, sous prétexte d'expliiiuer un {)absage de la Bible |)ar d'autres |)«issagi*s, subordunm*

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les endroits clairs a ceux qui sont obscurs, les parties vraies et saines à celles qui sont altérées et corrompues! Loin de moi, toutefois, la pensée d'accuser de blasphème ceux qui expliquent rÉcrituro de la sorte ; leurs intentions sont pures, et je sais que Terreur est le partage inévitable de l'homme. Mais je reviens à mon sujet.

Outre les erreurs qu'il faut bien reconnaître dans les supputations de rÉpitre de la généalogie, celles de Néhémias comme celles d'Hezras , il s'en rencontre encore plusieurs autres dans les noms mômes des familles, dans les généalogies, dans les histoires et aussi , je le crains fort , dans les prophéties. Du moins, je ne vois pas que celle de Jéromie, au chap. xxii, touchant Jéchonias, et surtout les paroles du dernier verset de ce chapitre, aient aucun rapport avec l'histoire de Jéchonias, telle qu'on la trouve sur la fln du liv. II des Rois, dans Jérémie, et au liv. \^' des Paralipomèneg (chap. III, vers. 47^ 48, 49). Je ne vois pas non plus comment Jérémie peut dire de Tsidéchias, à qui on avait crevé les yeux après avoir égorgé ses fils en sa présence : Tu mourras en paix ( voyez Jérémie, chap. xxxiv, vers. 5). Que s'il était permis d'interpréter les prophètes d'après l'événement, il faudrait ici, à ce qu'il semble, changer les noms, mettre Jéchonias à la place do Tsidéchias, et réciproquement. Mais j'aime mieux dire que ce point reste obscur ; surtout quand je considère que, s'il y a ici quoique erreur, on ne peut l'imputer qu'à l'historien et non à l'altération du texte.

Je ne pousserai pas plus loin l'examen des livres do la Bible ; outre que je craindrais de fatigucrie lecteur, cette critique a déjà été faite. Ainsi, R. Selomo, frappé des contradictions manifestes qu'on rencontre dans les généalogies dont nous venons de parler, n'a pu se contenir ( voyez ses commentaires sur le chap. viii du liv. I*^"" des Paralipomènes). Il avoue qu* Hezras donne les noms des enfants de Benjamin y et expose leur généalogie tout autrement que la Genèse; et qu'il indique aussi tout autrement que Josué la pluimrt des villes des lj*vites, ce qui vient sans doute de ce qu'il a eu sous les yeux des originaux différents. Selomo remarque un pou plus bas que la généalogie de Gibéon et de plusieurs antres est donnée de deux manières différentes^ parce qu'IiezraSy ayant eu sous les yeux plusieurs épfires différentes pour chaque gènéahujio, spst réglé dans ses choix sur le nombre des exetnplaires : et quand ce nombre était

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le même pour deux généalogies opposées, il les a données toutes deux. Selomo avoue donc ici sans restriction que les livres dont il parle ont été écrits d'après des originaux d'une correction et d*une authenticité insuffisantes. Il est digne de remarque que la plupart du temps les commentateurs eux-mêmes, en s*efforçantde concilier des passages contradictoires, nous montrent la cause de Terreur qu'ils ne veulent pas reconnaître. Du reste, je ne crois pas qu'aucun homme d'un jugement sain se puisse persuader que les écrivains sacrés ont écrit de propos délibéré dans un style obscur et inintelligible, tout exprès pour paraître en contradiction avec eux-mêmes en divers endroits.

On dira peut-être que ma méthode conduit au renversement complet de l'Écriture, parce qu'elle donne à chacun le droit de considérer comme suspect tel passage qu'il lui plaira. Mais j'ai prouvé au contraire que cette méthode préserve l'Ëcriture de toute atteinte, en empêchant qu'on n'en accommode les passages clairs à ceux qui sont obscurs, et qu'on n'en corrompe les parties saines au moyen des parties altérées. D'ailleurs, je le demande, de ce qu'un livre a des endroits corrompus, est-ce une raison pour tenir tout le reste pour suspect? S'est- il jamais rencontré un livre qui fût entièrement exempt de fautes? Dira-t-on pour cela que tous les livres en sont pleins? Personne assurément ne tombera dans cet excès , surtout quand on aura affaire a un discours clairement conçu et que la pensée de l'auteur s'y fera aisément reconnaître.

Voilà ce que j'avais à dire touchant l'histoire des livres de l'ancien Testament. Il est aisé, je crois, d'en conclure qu'avant le temps des Machabées il n'y a point eu de canon des livres saints * : ce sont les pharisiens de l'époque du second temple, les mêmes qui instituèrent les formulaires de prières , ce sont eux, dis-je, qui de leur autorité privée ont choisi entre beaucoup d'autres et consacré les livres que nous possédons maintenant. Par conséquent, pour démontrer l'autorité de l'Écriture, il est nécessaire de prouver celle de chaque livre saint en particulier; et ce n'est évidemment pas assez d'établir la divinité d'un de ces livres pour en inférer la divinité de tous les autres, puisqu'il faudrait supposer pour a>ln

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