‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 74 sur 96 · Voyei les PToteê marginalei de Spinoza, note · texte numérisé non relu

Voyei les PToteê marginalei de Spinoza, note

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promis de bonne foi à quelqu*un de ne poinl goûter pendant vingt jours ni nourriture ni aucun aliment , et qu*ensuile j'aie vu que j'avais fait une sotte promesse et que je ne puis , sans un grand pr(^judice, y rester fidèle, puisque, selon le droit naturel, de deux maux je dois choisir le moindre, j'ai le droit incontestable de me dégager de la parole que j'ai donnée et de la regarder comme non avenue. Je dis que cela m'est permis en vertu de mon droit naturel, soit que j'agisse d'après une raison vraie et certaine, ou seulement d'après une opinion bien ou mal fondée ; car, que co soit à tort ou à raison , il est de fait que je redoute un très-grand mal ; et partant je dois , puisque c'est une loi de la nature , chercher de toute manière à y échapper. IVoù nous concluons qu'aucun pacte n'a de valeur qu'en raison de son utilité; si l'utilité disparaît, le pacte s'évanouit avec elle et perd toute son autorité. Il y a donc de la folie à prétendre enchaîner à tout jamais quelqu'un à sa parole, à moins qu'on ne fasse en sorte que la rupture du pacte entraîne pour le violateur de ses serments plus de dommage que de profit; c'est là ce qui doit arriver particulièrement dans la formation d'un Etat. Si tous les hommes pouvaient facilement se laisser conduire par la raison et reconnaître combien le choix d'un tel guide importerait à rulililé et à l'intérêt de l'État, non-seulement chacun aurait la fourbe en horreur ; mais tous, animes du désir sincère de réaliser ce grand objet, savoir, la conservation de la république, resteraient fidèles à leurs conventions, et garderaient pardessus toutes choses la bonne foi , ce rempart de l'État. Mais tant s'en faut que tous les hommes se laissent toujours guider facilement par la raison, que chacun au contraire est entraîné par son désir; et que l'avarice, la gloire, l'envie, la colère, etc., occupent souvent l'esprit de telle manière qu'il ne reste aucune place à la raison ; aussi on a beau vous promettre avec toutes les marques de sincérité et s'engager à garder sa parole, vous ne pouvez cependant y avoir une confiance entière , à moins qu'il ne se joigne à cette promesse quelque autre gage de sécurité , puisqu'en vertu du droit naturel chacun est tenu d'user de ruse et dispensé de g irder ses promesses, si ce n'est dans l'espoir d'un plus grand bien ou dans la crainte d'un plus grand mal. Mais puisque nous avons déjà fait voir que le droit naturel n'est déterminé que par la puissance de chacun, il s'ensuit

qu'autant on code à un autre do cclto puissance, soit par forro, mit volontairoment, autant on lui cèdo nécessairement de son droit, et par conséquent que (telui-là dispose d*un souverain droit sur tous qui a un souverain pouvoir pour les contraindre par In force et |K)ur les reionir par la crainte du dernier supplice si universellement redouté : ce droit , il le gardera tant qu'il aura le pouvoir dVxéculer ses volontés ; autrement son autorité sera précaire : et quiconque sera plus fort que lui, no sera pas tenu, à moins qu'il ne le veuille bien , de lui garder obéi.SAance.

Voici donc do quelle manière peut s'établir une société et se maintenir l'inviolabilité du pacte commun, sans blesser aucunement le droit naturel : c'est que chacun transfère tout le pouvoir qu'il a à la société, laquelle par cela môme aura seule sur toutes choses le droit absolu do la nature, c*e»t-à-dire la souveraineté; do sorte que chacun sera obligé de lui obéir, soit librement, soit dans la crainte du dernier supplice. La société où domine ce droit s'appelle démocratie, laquelle est pour celte raison définie : une assemblée générale qui |)Ossèdc en commun un droit souverain sur tout ce qui tombe en sa puissance. II s'ensuit que le souverain n'est limité par aiicimo loi, et (|ue tous sont tenus do lui obéir en toutes choses; car c'cât ce dont ils onl. tous dii demeurer d'accord, soit tacitement, iH)it expiossémont, lors(|uils lui ont tran»réré tout leur pouvoir de r^edé^ fendre, c'cst-ii-diro tout leurdroit. (iars'ilsavaient voulu se réseiver quelr}uo droit, il» auraient dû prendre leurs précautions pour pouvoir le défendre et le garantir; mais comme ils ne l'ont pas fait, et que d'ailleurs ils n'auraient pu le faire sans diviser TKtul, et conséqueniment siins le ruiner, ils se sont par cela même Houmis alisolumeot à la volonlt; du souverain ; puiscpi'iis l'ont fait absolument, et cela (comme nous l'avons déjà |)rouvé) au^si bien par la force de la nérc:»site que par l(;s conseils de la raison, il s'ensuit (]u'ù moins de \ouluir être ennemis de 1 Klat et d'agir contre la raison, qui nous engage a le défendre di; toutes nos foi ces, nous sommes obligés ubsoluineot d'exécuter tous les ordres du !fouver<iin, même les plus ab&urdc!); car la raison nous [tre^crit entre deux maux de choisir le momdre. Ajoute/, que, si l'on agissait autrement, cha( un ne serait |>hs moios fuL'ilenHMil ex|)Osé au péril de se somnetlre absolument au pouvoir arbitraire d'un aiitre ; car, ainsi quo nous l'avons prouvé, ce druil

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de commander tout ce qui leur plaît n'appartient aux souverains que pendant qu'ils ont un absolu pouvoir: s'ils perdent ce pouvoir, ils perdent en même temps le droit de commander , et ce droit tombe entre les mains de ceux qui l'ont acquis ou qui peuvent le garder. C'est pourquoi on ne voit que fort rarement les souverains donner des ordres absurdes, car il leur importo surtout, dans leur intérêt à venir et pour garder le pouvoir, de veiller au bien public et de ne se diriger dans leur commandement que par les conseils de la raison. Les pouvoirs violents , comme le dit Sénèque , n'ont jamais duré. Ajoutez à cela que dans la démocratie les ordres absurdes sont moins à craindre que dans les autres gouvernements. Il est en effet presque impossible que la majorité d'une grande as^ semblée donne ses voix à une absurdité. D'ailleurs, le fondement et l'objet de ce gouvernement, c'est , comme nous l'avons aussi démontré , d'arrêter les dérèglements de l'appétit et de tenir les hommes, autant que possible, dans les limites de la raison, afin qu'ils vivent ensemble dans la paix et dans la concorde; que si co fondement est enlevé, l'édifice tout entier ne peut manquer de s'écrouler. Ainsi donc le soin de veiller aux intérêts de TËtat ne regarde que le souverain; il appartient aux sujets d'exécuter ses ordres et de ne reconnaître d'autre droit que celui qui est man]ué par le souverain. Mais on pensera peut- être que nous voilions par co moyen rendre les sujets esclaves, parce qu'on s'imagine que c'est être esclave que d'obéir et qu'on n'est libre que lorsqu'on vit à sa fantaisie. Il n'en est rien; car celui-là est réellement esclave qui est asservi à ses passions et qui est incapable de voir et de faire ce qui lui est utile , et il n'y a de libre que celui dont l'amc est saine et qui ne prend d'autre guide que la raison. Sans doute l'action qui résulte d'un ordre, c'est-à-dire l'obéissance, enlève en quelque SOI te la liberté ; mais elle ne produit pas pour cela l'esclavage, qui est tout entier dans la manière d'agir. Si ce n'est pas l'intérêt du sujet, mais celui du maître qui est la tin de l'iaclion, il est vrai que le sujet est esclave et inutile à lui-même; mais dans une république et en général dans un Élatoù le salut de tout lo peuple et non de l'individu qui commande est la suprême loi, celui qui obéit en tout au souverain pouvoir ne doit po? êlroroL^ardé comme un esclave inutile ù soi-même, mais comme uu sujet : aussi la république la plus libre

est-elie celle dont ies lois sont fondées sur la saine raision; car chacun y peut , quand il le veut , être libre * , c*est-à-dire suivre dans sa conduite les lois de la raison et de Téquité. De même les enfants, bien qu'ils soient tenus d'obéir à tous les ordres de leurs parents, ne sont pas tenus pour esclaves, parce que les ordres des parents ont surtout pour but l'intérêt des enfants. Nous établissons donc une grande différence entre l'esclave, le fils et le sujet, et l'on peut la définir ainsi : l'esclave est celui qui est obligé d obéir aux ordres de son maître dans l'intérêt de celui qui les prescrit; le fils on obéissant à son père n'agit que dans ses propres intérêts; enfin le sujet fait, par ordre du souverain, ce qui est utile à la communauté, et conséquemment aussi à lui-même. Je pense, par ces explications, avoir montré assez clairement en quoi consistent les fondements de la démocratie ; j'ai mieux aimé traiter de cette forme de gouvernement, parce qu'elle me semblait la plus naturelle et la plus rapprochée de la liberté que la nature donne à tous les hommes. Car dans cet État personne ne transfère à un autre son droit naturel, de telle sorte qu'il ne puisse plus délibérer à l'avenir; il ne s'en démet qu'en faveur de la majorité de la société tout entière, dont il est l'une des parties. Par ce moyen, tous demeurent égaux, comme auparavant dans l'état naturel. Ensuite, je nai voulu parler spécialement que de cette forme de gouvernement, parce que cela entrait tout à fait dans le projet que j'avais de traiter des avantages de la liberté dans une république. Je ne parlerai donc pas des fondements des autres États. On n'a pas besoin, pour connaître leur droit, de constater leur origine, laquelle d'ailleurs résulte clairement de ce que nous avons tout à Theure expliqué : car quiconque a le souverain pouvoir, qu'il n'y ait qu'un maître, qu'il y en ait plusieurs, ou enfin que tous commandent, a certainement le droit de commander tout ce qu'il veut : et d'ailleurs quiconque a transféré à un autre, soit volontairement, soit par contrainte , le droit de se défendre , a renoncé tout à fait à son droit naturel , et s'est engagé conséquemment à une obéissance absolue et illimitée envers son souverain ; obéissance qu'il doit tenir tant que le roi, ou les nobles, ou le i)euple gardent la puis.sance qu ifs

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