‹ Œuvres de Spinoza (volume 4)Chapitre 52 sur 116 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

DE L'nfTBRPRËTATION DE l'ÉCRITURB.

16 cesse de répéter que rÉcrîture sainte est la paelMen, et qu'elle enseigne la véritable béatitude noie dn salut ; mais au fond on est très-éloigné de r sériensement de la sorte, et il n'est rien à quoi moins le vulgaire qu'à conformer sa vie aux enseimis de la sainte Écriture. Ce qu'on nous présente B la parole de Dieu, ce sont le plus souvent d'abchimères, et sous le faux prétexte d'un zèle reli on ne veut qu'imposer à autrui ses propres senti* . Oui, je le répète, c'a été de tout temps le grand des théologiens d'extorquer aux livres saints la Duation de leurs rêveries et de leurs systèmes, afin couvrir de l'autorité de Dieu. Pénétrer la pensée critnre, c'est-à-dire du Saint-Esprit, il n'y a rien là àte en eux le moindre scrupule ou qui puisse arrôar témérité. S'ils ont une crainte, ce n'est point ttter quelque erreur au Saint-Esprit et de s'écarter voie du salut; c'est uniquement d'être convaincus UT par leurs rivaux, et de voir ainsi l'autorité de »arole afifaiblie et méprisée.

^te Tenion altère le texte, qai porte : xU« x«l i:^ y*T^^* '® ""^ * ^'^^ rti dios na tr«ioetioB.

128 naxTTi

Certes, sî les hommes reconnaissaient an fimd de leur ftme la sainteté de l'Écriture, on verrait un grand changement dans leur manière de vivre ; la discorde, la haiwe ne régneraient pas dans leur cœur, et nous n'aurions pas A déplorer cet aveugle et téméraire désir qui les pousse à interpréter l'Écriture et à innover sans cesse en matière de religion. Ils ne reconnaîtraient une doctrine comme consacrée par les livres saints qu^après l'y avoir lue en termes exprès, et les écrivains sacrilèges qui n'ont pas craint d'altérer si souvent les paroles de l'Écriture, auraient reculé devant une entreprise si criminelle. Mais Tambilion et l'audace ont été portées à un tel excès que la religion ne consiste plus maintenant à obéir aux commandements du Saint-Esprit, mais à soutenir les opinions chimériques des hommes. Ce n'est plus par la charité que Ton se montre animé d'une piété véritable, c*^ en répandant la discorde et la haine, couvertes do voile hypocrite d'un zèle ardent pour les choses de Dieu. A tous ces désordres s'est venue joindre la supersiilioOi qui apprend aux hommes à mépriser la raison et la nature, à n'admirer, à ne respecter que ce qui est contraire à l'une et à l'autre. Aussi ne faut-il point s'étonner de voir le vulgaire interpréter l'Écriture dans le sens le pins éloigné de la nature et de la raison, ^n de la rendre d'autant plus merveilleuse et Vénérable. On s'imagine que les saintes Écritures cachent de profonds mystères; et, sur ce fondement, on néglige ses plus utiles renseignements pour se fatiguer à la poursuite d'absurdes chimères. Ce qu'enfante l'imagination en délire dans cette recherche insensée, on ne manque pas de l'attribuer an 'Saint-Esprit, et partant de s'y attacher avec une énergie et un emportement incroyables. La nature humaine est ainsi faite : ce qu'elle conçoit par lepur entendement, elle ne l'embrasse que d'une conviction sage et raisonnable ; mais les opinions qui naissent en elle du moavement des passions lui inspirent une conviction ardente et passionnée comme la source d'où eUes émanent.

THÉOLOGICO-POLITIQUE. 127

Pour nons, si nous voulons nous séparer de cette foule agitée des théologiens vulgaires, et, délivrant notre âme de leurs vains préjugés, ne pas nous exposer à confondre des opinions tout humaines avec les enseignements divins, nous devons nous tracer pour Tinterprétation des livres saints une méthode sûre, sans laquelle toute connaissance certaine de la pensée du Saint-Esprit est évidemment impossible. Or, pour caractériser d'avance notre pensée en peu de mots, nous croyons que cette méthode pour interpréter sûrement la Bible, loin d'être différente de la méthode qui sert à interpréter la nature, lui est au contraire parfaitement conforme. Quel est en effet l'esprit de la méthode d'interprétation de la nature? Elle consiste à tracer avant tout une histoire fidèle de ses phénomènes, pour aboutir ensuite, en partant de ces données certaines, à d'exactes définitions des choses naturelles. Or c*est exactement le môme procédé qui convient à la sainte Écriture. Il faut premièrement en faire une histoire fidèle, et se former ainsi un fonds de données et de principes bien assurés, d'où l'on déduira plus tard la vraie pensée des auteurs de l'Écriture par une suite de conséquences légitimes. Quiconque pratiquera cette méthode, pourvu qu*il ne se serve dans l'interprétation de l'Écriture d'autres données ni d'autres principes que ceux qui sont contenus dans son histoire, est parfaitement certain de se mettre à Tabri de toute erreur, et de pouvoir discuter sur des objets qui passent la portée humaine avec la même sécurité que sur les choses qui sont du ressort de la raison. Mais pour qu'il soit bien établi que la route que je trace non-seulement est sûre, mais a seule ce caractère et se trouve en parfait accord avec la méthode qui sert à interpréter la nature, je dois faire remarquer que les livres saints contiennent un grand nombre de choses sur lesquelles la raison naturelle ne fournit aucune lumière. Car ce qui fait la plus grande partie de l'Écriture, ce sont des récits lûstoriques et des révélations. Or ces récits ne contiennent guère que des

i28 TRArrf

Certes, si les hommes reconnaissaient an fond de leur ftme la sainteté de l'Écriture, on verrait un grand cb«&gement dans lenr manière de vivre ; la discorde, la hà» ne régneraient pas dans leur cœur, et nous n'aurions pas à déplorer cet aveugle et téméraire désir qui les pot»» A interpréter l'Écriture et à innover sans cesse en matièK de religion. Ils ne reconnaîtraient une doctrine comflM consacrée par les livres saints qu'après l'y avoir lue en termes exprès, et les écrivains sacrilèges qui n'ont p» craint d'altérer si souvent les paroles de l'Écriture, auraient reculé devant une entreprise si criminelle. Mais l'ambition et l'audace ont été portées à un tel excès qne la religion ne consiste plus maintenant à obéir aux commandements du Saint-Esprit, mais à soutenir les opinions chimériques des hommes. Ce n'est plus par la charité que l'on se montre animé d'une piété véritable, c'^ en répandant la discorde et la haine, couvertes du voile hypocrite d'un zèle ardent pour les choses de 16ff^ A tous ces désordres s'est venue joindre la super^UioSi qui apprend aux hommes à mépriser la raison et lana' turc, à n'admirer, à ne respecter que ce qui est contraire à l'une et à l'autre. Aussi ne faut-il point s'étonner de voir le vulgaire interpréter l'Écriture dans le sens le pto^ éloigné de la nature et de la raison, $dSn de la r^dre d'autant plus merveilleuse et Vénérable. On s'imagio^ qxxe les saintes Écritures cachent de profonds mystères; et, sur ce fondement, on néglige ses plus utiles rensà' gnements pour se fatiguer à la poursuite d'absurdes cbi' mères. Ce qu'enfante l'imagination en délire dans oett^ recherche insensée, on ne manque pas de l'attribuer ^ ►Saint-Esprit, et partant de s'y attacher avec une éoxs^" gie et un emportement incroyables. La nature humaiA^ est ainsi faite; ce qu'elle conçoit par le pur entendemei^^f elle ne l'embrasse que d'une conviction sage et raisûl^' nable ; mais les opinions qui naissent en elle du mO^" vement des passions lui inspirent une conviction arde0^ et passionnée comme la source d'où ^es émanent.

THfOLOGICO-ÏOLITIQUI. 127

Pour nous, sinoas voulons nous séparer de eette foule agitée des théolo^ens vulgaires, et, délivrant notre ftmc de leurs vains préjugés^ ne pas nous exposer à confondre des opinions tout humaines avec les enseignements divins, nous devons nous tracer pour l'interprétation des livres saints une méthode sûre, sans laquelle toute connaissance certaine de la pensée du Saint-Esprit est évidemment impossible. Or, pour caractériser d'avance notre pensée en peu de mots, nous croyons que cette mëtliode pour interpréter sûrement la Bible, loin d'être dîfTérente de la méthode qui sert à interpréter la nature, lui est au contraire parfaitement conforme. Quel est en efiet l'esprit de la méthode d'interprétation de la nature? Elle consiste à tracer avant tout une histoire fidèle de ses phénomènes, pour aboutir ensuite, en partant de ces données certaines, à d'exactes définitions des choses naturelles. Or c*est exactement le môme procédé qui convient à la sainte Écriture. Il faut premièrement en faire une histoire fidèle, et se former ainsi un fonds de données et de principes bien assurés, d'où l'on déduira plus tard la vraie pensée des auteurs de l'Écriture par une suite de conséquences légitimes. Quiconque pratiquera cette méthode, pourvu qu'il ne se serve dans l'interprétation de l'Écriture d'autres données ni d'autres principes que ceux qui sont contenus dans son histoire, est parfaitement certain de se mettre à l'abri de toute erreur, et de pouvoir discuter sur des objets qui passent la portée humsdne avec la même sécurité que sur les choses qui sont du ressort de la raison. Mais pour qu'il soit bien établi que la route que je trace non-seulement est sûre, mais a seule ce caractère et se trouve en parfait accord avec la méthode qui sert à interpréter la nature, je dois faire remarquer que les Uvres saints contiennent un grand nombre de choses sur lesquelles la raison naturelle ne fournit aucune lumière. Car ce qui fait la plus grande partie de l'Écriture, ce sont des récits Mstoriques et des révélations. Or ces récits ne contiennent guère que des

miracles, c'est-à-dire (comme on l'a expliqué dans le chapitre précédent) des phénomènes extraordinaires, où 86 mêlent toujours les opinions et les jugements de ceux qui les racontent; et quant aux révélations, nous avons montré dans notre chapitre n* qu'elles sont également accommodées aux opinions des prophètes ; et â'pillenrs, en elles-mêmes, elles surpassent la portée de l'esprit humain. Par conséquent, pour connaître toutes ces choses, c'est-à-dire presque tout ce qui est contenu dans l'Écriture, il ne faut consulter que l'Écriture elle-même; de même que, pour connaître la nature, c'est la nature seule qu'il faut interroger. Je sais bien que l'Écriture contient aussi des prescriptions morales qui se peuvent dédnîre de la raison naturelle ; mais ce que la raison ne noos apprend pas, c'est qu'il y ait effectivement dans les livres saints de telles prescriptions morales, et ce point ne peut être éclairci que parla lecture seule des livres saints. Je dis plus : si nous voulons constater, d'un esprit libre de tout préjugé, la divinité de l'Écriture, il est nécessaif^ que nous sachions par elle-même qu'elle enseigne ut^^ morale vraie ; autrement, nous n'aurions plus aucu^ moyen de prouver que TÉcriture est divine, puisque 1^ certitude des prophéties nous a été principalement démoli' trée par la droiture et la sincérité des prophètes. Il faU* donc que la pureté de leur morale soit parfaitement établie pour que nous puissions avoir fd dans leur^ paroles. Quant aux miracles, outre que les faux prophète^ en pouvaient faire, nous avons déjà établi qu'ils sDnt incapables de nous convaincre de l'existence de Dieu. U ne reste donc qu'un moyen de constater la divinité de l'Écriture, c'est de faire voir qu'elle enseigne la véritable vertu. Or l'Écriture seule peut nous donner des preuves à cet égard, et si elle en était incapable, elle pei:drait ses droits à notre confiance, et sa divinité ne serait qu'un préjugé. Je conclus donc que la connaissance tout entière de l'Écriture ne doit être demandée qu'à l'Écriture ellèmêmC} et à elle seule.

THfoLOGlCO-fOUTIQUI. 139

J'ajonte qne l'Écritare sainte ne nons donne point les iéfinitions des choses, pas pins que ne fait la nature. D'où il snit qu'il faut déduire ces définitions des récits pie rÉcritnre nous présente sur chaque sujet, de même [ne, ponr obtenir les définitions des choses naturelles, m. les tire de l'examen des actions diverses de la nature. ^oici donc finalement la règle générale pour interpréter es liyres saints: n'attribuer à l'Écriture aucune doctrine [td ne ressorte avec évidence de son histoire.

Or comment doit se faire l'histoire de l'Écriture^ et à jueis rëdts doit^^lle principalement s'attacher? c'est ce jue je vais expliquer à l'instant même.

I. Elle doit premièrement expliquer la nature et les propriétés de la langue dans laquelle les livres saints mt été écrits, et qui a été parlée par leurs auteurs. A ^ette condition seule, on pourra découvrir tous les sens (jue chaque passage peut admettre d'après les habitudes dn langage ordinaire. Or, comme tous les écrivains tant □le l'Ancien Testament que du Nouveau sont Juifs, il ^'ensuit que l'histoire de la langue hébraïque est nécessaire avant toute autre, non-seulement pour l'intelligence des livres de l'Ancien Testament, qui ont été écrits dans cette langue, mais même pour celle du Nouveau ; par la raison que les livres de l'Évangile, bien qu'ils aient été répandus dans d'autres langues^ n'en sont pas moins pleins d'hébraïsmes.

IL L'histoire de l'Écriture doit, en second lieu, recueil- Bries sentences de chaque livre, et les réduire à un certwn nombre de chefs principaux, afin qu'on puisse voir ^'un seul coup d'œil la doctrine de l'Écriture sur chaque ''■ialière. Il faut aussi noter avec soin les pensées obscufeset ambiguës qui s'y rencontrent, et celles qui semblent 8e contredire l'une l'autre. On distinguera une pensée obscure d'une pensée claire, suivant que le sens en sera décile ou aisé pour la raison, d'après le texte^ même du discours. Car il ne s'agit que du sens des paroles sacrées, ^t point du tout de leur vérité. Et ce qu'il y a de plus à

190 TRinri

craindre en cherchant à comprendre rÉcritore» c'est d( substituer au sens véritable nn raisonnement de notn esprit, sans parler des préjugés qui sans cesse nouspréoe cupent. De cette façon, en effet, au lieu de se réduire ai rôle d'interprète, on ne fait plus que raisonner suivMi les principes de la raison naturelle; et l'on confondit sens vrai d^an passage avec la vérité intrinsèque de il pensée que ce passage exprime, deux choses parfaitcmeB différentes. Il ne faut donc demander l'explication A l'Écriture qu'aux usages de la langue, ou à des raisonse ments fondés sur TÉcriture elle-même. Pour rendre too ceci plus clair, je prendrai un exemple: Moïse a ditqBi Dieu est un feu, que Dieu est jaloux. Rien de plus clair qitf ces paroles, à ne regarder que la signification des mol» ainsi je classe ce passage parmi les passages clairs, bin qu'au regard de la raison et de la vérité il soit parfaits ment obscur. Ce n'est pas tout : alors même que le sea littéral d'un passage choque ouvertement la lumi&P naturelle, comme dans l'exemple actuel, je dis que o* sens doit être accepté, s'il n'est pas en contradiction ave la doctrine générale et l'esprit de l'Écriture; si au eon traire il se rencontre que ce passage, interprété littéral ment, soit en opposition avec l'ensemble de l'ÉcritoK alors même qu'il serait d'accord avec la raison, il faudiv l'interpréter d'une autre manière, je veux dire au se» métaphorique. Si donc on veut résoudre cette question Moïse a-t-il cru, oui ou non, que Dieu soit un feu? ils' a point lieu de se demander si cette doctrine est confbno ou non conforme à la raison; il faut voir si elle s'accoid ou si elle ne s'accorde pas avec les autres opinions i Moïse. Or, comme en plusieurs endroits Moïse déeW expressément que Dieu n'a aucune ressemblance aveol choses visibles qui rempUssent le ciel, la terre et l'ea il s'ensuit que cette parole : Dieu est un feu, et toutes 1 paroles semblables doivent être entendues métaphoi quement. Maintenant, comme c'est aussi une règle «ritique de s'écarter le moins possible du sens littéral,

THiOLOftIGO-POUTIQrE. iSi

faut se demander avant tout si cette parole : Dieu est un feu, n'admet point d'antre sens que le sens littéral, c'est-âdire, si ce mot de feu ne signifie point autre chose qu'un fen naturel. £t supposé que Tusage de la lanp^ue ne lui donnât aucune autre signification, on devrait se fixer à eelle-là, quoiqu'elle choque la raison ; et toutes les autres pensées de TÉcriture, bien que conformes à la raison, deyraient se plier à ce sens. Que si la chose était absolument impossible, il n'y aurait plus qu'à dire que ces diverses pensées sont inconciliables, et à suspendre son jngement. Mais dans le cas dont nous parlons, comme ce mot feu se prend aussi pour la colère et pour la jalousie (voyez Joà, chap. xxxi, vers, i3), on concilie aisément les paroles de Moïse, et l'on aboutit à cette conséquence, <ÎQe ces deux pensées, Dieu est un feu, Dieu est jaloux, sont ^Ttte senle et même pensée. Moïse ayant d'ailleurs expressément enseigné que Dieu est jaloux, sans dire nulle Pûit ga'il soit exempt des passions et des affections de l'âme, il ue faut pas douter que Moïse n'ait admis cette *îctrine, ou du moins n'ait voulu la faire admettre, bien qu'elle soit contraire à la raison. Car nous n'avons pas tedroitjjelerépète, d'altérer l'Écriture pour l'accommoder «ux principes de notre raison et à nos préjugés ; et c'est 4 l'Écriture elle-même qu'il faut demander sa doctrine tout entière.

ni. La troisième condition que doit remplir l'histoire ^ l'Écriture, c'est de nous faire connaître les diverses fcftunes qu'ont piï subir les livres des prophètes dont la Uïémoire s'est conservée jusqu'à nous, la vie, les études ^l'auteur de chaque livre, le rôle qu'il a joué, en quel ^ps, à quelle occasion, pour qui, dans quelle langue il & eomposé ses écrits. Cela ne suffît pas, il faut nous f^conter la fortune de chaque livre en particulier, nous ^ de quelle façon il a été d'abord recueilli, et en Voiles mains il est successivement tombé, les leçons fiterses qu'on y a vues, qui l'a fait mettre au rang des ^^ei sacré», commuent en&i io\» ees ouvrages ipû- sont

133 TEAITi

aniversellement reconnus comme divins ont été rassemblés en un seul corps. Voilà ce que doit renfermer l'histoire de rÉcriture. Pour distinguer, en effet, les pensées qui ont le caractère d'une loi de celles qui renferment simplement un enseignement moral, il est nécessaire de connaître la vie, les mœurs et les études de récrivain sacré. Ajoutez qu'il est d'autant plus facile d'interpréter les paroles d'un auteur que l'on connaît mieux son tour d'esprit et son caractère. De même, pour ne pas confondre les préceptes étemels de la loi de Dieu avec ceux qui n'ont rapport qu'à un certain temps et à un petit nomlve d'hommes, ilimporte de d e point ignorer à quelle occasion, en quel temps, pour quelle nation et quelle époque ces préceptes ont été écrits. C'est enfin une chose indispensable de remplir toutes les autres conditions que nons avons indiquées, non-seulement pour établir l'authentieité de chaque livre, mais pour savoir si dès mains adultères n'en ont pas altéré le texte, si des erreurs ne s'y sont point glissées, si les corrections convenables ont été faites par des hommes capables et dignes de foi. Toutes ces précautions, je le répète, sont nécessaires pour quiconqofi ne veut s'attacher dans l'Écriture qu'à ce qui est certain et indubitable, au lieu de se jeter aveuglément sur tout ! ce qui lui est présenté.

Quand nous aurons ainsi établi solidement l'histoire de l'Écriture, et pris la ferme résolution de n'y rien reconnaître comme doctrine des prophètes qui ne résulte de cette histoire et n'en puisse être trés-dairement dédain le moment sera venu alors de nous attacher à l'interpr^ tation des prophètes et de l'Esprit-Saint. Ici l'ordre qu*"^ faut suivre, la méthode qu'il convient d'appliquer so^^ exactement les mêmes qu'on emploie pour interpréter ^ nature, d'après son histoire. Car, comme dans l'étude à^ la nature on commence par les choses les plus général^ et qui sont communes à tous les objets de l'univers, c'e?^ à savoir» le mouYement et te renos, leurs lois et le«^

THfOLOeiGO-POUTIQUE. 133

règles universelles que la nature observe toujours et par qui se manifeste sa perpétuelle action , descendant ensuite par degrés aux choses moins générales; de même, dans riiistoire de l'Écriture, il faut d'abord chercher ce qu'il y a de plus universel, ce qui fait la base et le fondement de tout le reste, ce qui exprime la doctrine qu'ont enseignée les prophètes pour les intérêts éternels de tout le genre humain : par exemple , qu'il n'y a qu'un seul Dieu, seul tout-puissant, seul adorable, qui prend soin de tous les hommes, et chérit entre tous ceux qui Vadorent et qui aiment leur prochain, etc. Voilà des principes que l'Écriture proclame sans cesse en des termes si exprès et si clairs que personne n'a jamais pu avoir sur ce point la moindre incertitude. Maintenant, qu'est-ce que Dieu, comment peut-il tout connaître et étendre sa providence à tout, ce sont là des points sur lesquels l'Écriture ne s'explique pas ex professa^ et ne dit rien qui ait le caractère d'une doctrine étemelle. Tout au contraire, nous avons fait voir plus haut que les prophètes ne s'accordent pas à cet égards et par conséquent on ne doit rien établir sur tous ces objets à titre de doctrine du Saint-Esprit, bien que la lumière naturelle soit capable de les éclaircir parfaitement. La doctrine générale de l'Ecriture une fois bien connue, il faut descendre à des clioses plus particuUères, lesquelles néanmoins se rapportent à la pratique de la vie, et découlent de la doctrine iuu?erselle des Uvres saints comme des ruisseaux d'une source commune : telles isont toutes les actions particu- Uères et extérieures de la véritable vertu, qui ne doivent ttre pratiquées qu'en des circonstances déterminées. Que s'il se rencontre sur ce point des passages obscurs ou ambigus, il les faut expliquer ou éclaircir par la doc- ^ générale des saints Uvres ; et dans le cas où on en trouverait de contradictoires, on doit se demander alors à ^elle occasion, en quel temps, et pourquoi ces passages oi^t été écrits. Par exemple, quand Jésus-Christ dit: 9ienhmwx les affligés^ car ils seront consolés^ ce texte ne u. 12

00U8 apprend point de quelle sorte d'afBigés 9 s'agit. Mais comme Jésus-Christ nous enseigne ensuite {Matthieu^ ehap. VI, vers. 33) de n'avoir d'autres soins que celm du royaume de Dieu et de sa justice, c'est-à-dire du souverain bien, il s'ensuit que, dans le passage cité, il a entenAa désigner ceux qui s'affligent de ne point posséder le royaume de Dieu et de voir la justice négligée parmi les hommes. Ce sont là, en effet, les deux seules causes possibles d'affliction pour ceux qui n'aiment que le royamos de Dieu ou l'équité, et qui méprisent tous les autres l»ens que donne la fortune. De même encore, quand Jésw — Christ dit : Si quelqu'un te frappe à la joue droite^ prf'- sente-lui la joue gavche^ et tout ce qui suit, on ne peutpa^ croire que Jésus-Christ ait prononcé ces paroles à titre d^3 législateur s'adressant à des juges ; car alors Jésus-Chris "^ serait venu détruire la loi de Moïse, ce qui eût été cotfc- — traire à sa mission, comme il le déclare lui-mêffl.'^ expressément (J!/a^Mî>w, chap. v, vers. 17). Il fautdoï*^ considérer ici le caractère de celui qui a prononcée©^ paroles, le temps où il les a dites, et les personnes à î^»* il les a adressées. Or le Christ n'est point venu înstitu^^ des lois à titre de législateur, mais donner un enseigna"" ment moral à titre de docteur ; et ce qu'il voulait réforme**» ce n'était point les actions extérieures, mais le fond à^f cœurs. Ajoutez à cela qu'il s'adressait à des hommes opp^' mes, qui vivaient dans un État corrompu, où la justi^ négUgée faisait pressentir une dissolution prochaine. ^ on remarquera que ces mêmes paroles que pronor*^® ' Jésus au moment d'une ruine prochaine de Jérusale^' nous les trouvons dans Jérémie , qui les adressait a^^ Juifs dans une circonstance toute semblable, lors^ de ^ première dissolution de Jérusalem (voyez Lamentatiot^^^ chap. in, lett. Tet et Joi), Les prophètes n'ayant dor^^ jamais enseigné cette doctrine que dans^ des t^mps ^^ dissolution, sans qu'elle ait jamais pris le caractère d'ui^ f loi, comme nous savons d'ailleurs que Moïse, qui n'éci^^ Tait pa6 Â une ôpoqse â'c^pressioa et de malheur, ^^

THfOLOGIOO^QnnQUE. 135

n'avait d*antre soin, remarqnons-le bien, que d'établir un excellent corps de loi , comme Moïse, dis-je, tout en condamnant la vengeance et la haine du prochain, a (cependant établi cette règle : Œil pour œH\, dent pour ic9it, il est clair que le précepte de Jésus-Glirist et de F^iémie snr le pardon des injures et le devoir de céder :oxjours aux méchants ne sont applicables qu'aux époques foppression et dans un État où la justice est négligée, sC non pcùnt dans un État bien réglé. Car au contraire, l^iBins un État bien réglé, où la justice est exactement rx^aintenue, tout citoyen est obligé, pour conserver sa :*épntation d'homme juste, d'exiger devant le magistrat la "s^ j)aration des torts qu'on a pu lui faire (voyez Lévitique^ ^b.ap. V, vers. 1), non point parle désir de la vengeance i^royezîWd., chap. xi, vers. 17, 18), mais pour que la ki3is^ce et les lois de la patrie soient défendues, et que 1-^8 méchants ne jouissent pas de Timpunilé. Or tout (^eJa est parfaitement d'accord avec la raison naturelle, 'e pourrais citer une foule d'exemples du même genre; mois j'en ai assez dit pour éclaircir ma pensée et faire sentir l'utilité de ma méthode, ce qui est ici mon principal ^tjet.

Je n'ai parlé jusqu'à ce moment que des passages de ^*ÏScrîture qui se rapportent à la pratique de la vie. Or l'interprétation de ces passages ne présente aucune diiiioolté sérieuse, et n'a jamais suscité aucune controverse %tre les auteurs qui ont écrit sur la Bible. Il en est tout Mtrement de cette partie des livres saints qui a trait à Aes points de spéculation. Ici la voie devient beaucoup plu8 étroite. Les prophètes, en effet, n'étant pas d'accord ^tre eux sur les choses spéculatives (comme nous i*avons démontré ci-dessus), et leurs récits étant accommodés aux préjugés des temps divers où chacun d'eux a ^u, il s'ensuit qu'on n'a pas ie droit d'éclaircir les points obscurs de tel et tel prophète à l'aide des passages plus clairs d'un autre prophète, à moins qu'il ne soit P^aitement établi qu'ils ont eu les mêmes sentiments.

i36 TRAITÉ

Comment faire en ces rencontres pour découvrir la pensée des prophètes au moyen de l'histoire de l'Écriture? c'est ce que je vais expliquer brièvement. U faut premièrement suivre le même ordre dont nous avons déjà parlé, et commencer par les choses les plus générales, en s'effo^ çant avant tout d'apprendre par les plus clairs endroits de l'Écriture ce que c'est que prophétie ou révélation, et en quoi elle consiste principalement. Il faut examiner ensuite la nature du miracle, et continuer ainsi d'éclaircir les notions les plus générales qui se rencontrent dans les livres saints. De là il faut descendre aux opinions pa^ ticulières de chaque prophète, et enfin au sens de chaque révélation ou prophétie, de chaque récit historique, de chaque miracle. De quelle précaution il convient d'nser dans cette recherche pour ne point confondre la pensée des prophètes et des historiens avec celle du Saint-Esprit et la vérité même de la chose, c'est ce que j'ai précédemment rendu sensible par plusieurs exemples. C'est p(nl^ quoi je n'insisterai pas ici sur ce point, me bornant ^ ajouter, touchant le sens des révélations, que cette îûéthode nous fait découvrir seulement ce que les propbèt^ ont vu ou entendu, et non pas ce qu'ils ont voulu expr^' mer ou représenter au moyen de ces symboles. Cela pe^* sans doute se deviner; mais cela ne peut se dédoi**® rigoureusement des paroles de l'Écriture.

Voilà donc la vraie méthode pour interpréter l'ÉcritU^ sainte, et il est bien établi qu'elle est la voie la plus sûr^» la voie unique qui nous fasse pénétrer jusqu'à son vé^^" table sens. J'avoue que si l'on avait entre les mains, p^ une tradition; certaine, l'explication véritable des pr^^* phéties recueillie de la bouche même des prophète ^' et telle que les pharisiens se vantent de la posséder, C^ bien si l'on pouvait s'adresser, comme font les cath^^^ liques romains, à un pontife qui, à les en croire, e^* infaillible dans^l'interprét^ation des livres saints, j'avoi^^ alors que l'on posséderait une certitude plus grande qi^^ celle que je propose ; mais comme cette prétendue tr^^'

TnfOLOftlGO-POUTIQrE. 137

est extrêmement incertaine, et l'infaillibilité da 3rt mal appnyée, on ne peut rien fonder de bien sur aucune de ces deux autorités, Tune qui a été ar les plus anciens d'entre les chrétiens, Tautre \ plus anciennes sectes juives n'ont jamais recon- 'ajoute (pour ne rien dire de plus) que si Ton e à la suite des années, telle que les pharisiens scueillie de leurs rabbins, et par laquelle ils font ter leurs traditions jusqu'à Moïse, on la trouve smentfausse, ainsi que nous le prouverons aiUeurs. donc tenir cette tradition pour très-suspecte. Et lie dans notre méthode nous soyons forcé de snpquelque tradition des Juifs comme incorruptible, , la signification des mots de la langue hébraïque as ont été transmis par eux, cela ne nous oblige idmettre aucune autre tradition. Si en efiet il arrive it qu'on altère le sens d'un discours, il ne peut en aUtuellement de même pour la signification d'un û, en efi'et, on rencontrerait des ^fiffîcultés insurtdes, puisqu'il faudrait interpréter tous les auteurs t écrit dans la même langue et se sont servis du mot dans son sens usuel ; il faudrait, dis-je, interchacun de ces auteurs conformément à son génie s sentiments particuliers, ou bien altérer complétesa pensée avec une adresse et des précautions 3. D'ailleurs le vulgaire et les doctes n'ont qu'une langue, au lieu que ceux-ci sont seuls- dépositaires^ s d'un discours etdes livres; ce qui fait biencome que les savants aient pu aisément altérer ou-iprele sens d'un livre très-rare qu'ils avaient seuls es mains, tandis qu'ils n'ont jamais pu changer la ^tion des mots. Ajoutez à cela que si quelqu'un ; altérer le sens d'un mot pour lui donner un m sens, il aurait bien de la peine à s'y astreindre i fois qu'il aurait besoin de ce mot, soit en pariant, L écrivant. Concluons donc, par toutes ces rusons foule d'antres semblables, qu'il n'est jamais venu

138 THAITÉ

dans l'esprit de personne de corrompre nne langue, mais qu*il a pu souvent arriver qu'on ait altéré la pensée d'an écrivain en changeant le texte de son discours , on en lui donnant une fausse interprétation. Et par conséquent, puisque notre méthode, qui consiste à ne demander la connaissance de TÉcriture qu'à l'Écriture elle-même, ait la seule véritable méthode, toutes les fois qu'elle ne pourra nous fournir l'explication fidèle d'un passage dtf livres saints, il faudra désespérer de la trouver.

Expliquons maintenant les difficultés de celte méthode et ce qui peut lui manquer pour nous donner une coft naissance exacte et certaine des livres sacrés. La première et la principale difficulté, c'est qu'il faut posséder pa^ faitement la langue hébraïque. Or d'où tirer cette connaissance ? Les anciens grammairiens hébreux ne nons ont rien laissé sur les fondements de cette langue et sor sa théorie. Quant à nous, du moins, nous n'en voyoDB aucun vestige; nous n'avons ni dictionnaire, ni grammaire, ni rhétorique hébraïques. La nation juive a perdu too^ sa gloire et tout son éclat ; et faut-il s'en étonner après les malheurs et les persécutions qu'elle a soufferts! ^ peine a-t-elle conservé quelques débris de sa languit quelques monuments de sa littérature ; la plupart d^ noms, ceux des fruits, des oiseaux, des poissons, o^ péri par l'injure du temps ; la signification d'une fovi^ de mots et de verbes que l'on rencontre dans la Bible e^ ignorée ou Uvrèe à la controverse. Mais ce n'est pas to^^ encore: la syntaxe de cette langue n'existe plus, et 1^ plupart des termes et des locutions propres à la natii^ hébraïque n'ont pu résister à l'action dévorante du temp^ '• qui les a effacés de la mémoire des hommes. On cod$o^' donc qu'il ne nous sera pas toujours possible de troave^i comme nous le voudrions^ tous les sens que chaque pa»^ sage a pu recevoir des habitudes de la langue, et qn'i^ devra se rencontrer beaucoup d'endroits dont lesens parafa tra fort obscur et presque imntelligihle, bien qu'ils soie»! composés de termes très^omuis. Ajoutes à ce défauf

TH<0L061GD-f0LmQCE. IS9

d'one lûBfoire oomplèfe de la langne hébralqae les diffi- «iltés qui naissent de la eonstitation et de la nature méflie de eette langue. Elles sont si grandes et les ambiig^oîtés reviennent si souvent qa'nne méthode eapable de donner le vrai sens de tons les passages de TÉcritare CBt quelque ebose d'absolument impossible \ On s'en oonvainera si l'on veut remarquer qu'outre les causes d'ambiguïté communes à toutes les langues, il en est qui sont particulières à la langue hébraïque et d'où sortent -ane infinité d'éqnivoques inévitables. C'est ce que je crms utile d'expliquer ici avec l'étendue convenaUe.

La première cause d'ambiguïté et d'obscurité dans les livres saints vient de ce que les lettres d'un même organe se prennent l'une pour l'autre. Les Hébreux, en effet, divisent toutes les lettres de l'alphabet en cinq classes qui correspondent aux cinq parties de la bouche qui servent èi la prononciation, savoir : les lèvres, la langue, les dents, le palais et le gosier. Par exemple : alpha , ghet^ hgain, he sont appelées gutturales, et se prennent indifférem* Bcient , à notre avis du moins, Tune pour l'autre. Ainsi, e/, qui signifie ven^ se prend souvent pour hgol^ qui signifie OH-i^Wi», et réciproquement. Et de là vient que toutes les parties du discours sont presque toujours ou ambiguës o« dépourvues d'un sens précis.

La seconde cause d'ambiguïté, c'est que les conjonctions et les adverbes ont plusieurs significations. Par ^^em]^, V0Xk^ qui est aussi bien conjonctive que dislouctive, signifie e^, mats, four^ çtte^ or^ alors. Ki a ^salement sept ou huit significations, savoir : parce qtse^ f^toi^, st, quand j de même çve, ce que^ combustion , etc. ; il en est de môme de presque toutes les particules.

Hsis Toîd nue troisième source d'ambiguïtés multi- Piiies : les verbes, en hébreu , n'ont k l'indicatif ni pré- *W, m prétérit imparfait, ni plus-que-paifait, ni futur Watt, ni les autres temps les plus usités dans les autres

'• Vo}«iln MMi mw^kupim 4ê Sflmta, aote 6«

MO niRi

liogaet; à llmpéralif et à llnfiiiifif, fls n'ont d temps que le présent; an subjonetîf enfin, ils n' point da tont Or, bien qn^l soit aisé de réparer fant de temps et de modes selon des règles certai réesdes principes de la langue, et que l'élégance y tronye son compte , Q n'en est pas moins vrai i plus anciens écrivains ont né^gé totalement ces : mettant sans distinction le fatar pour le présent i le prétérit, et réciproquement le prétérit pour le se serrant de l'indicatif ponr l'impératif et ponr 1 jonctif ; donnant enfin naissance à une fonle d'an logies.

Ootre ces trois causes d'ambiguïté , j'en dois cite autres qui sont encore de plus grande conséquei première, c'est que l'hébreu n'a pas de voyelles; conde, c'est qu'il ne fournit aucun signe pour s les phrases et prononcer les mots. Je sais bien ^ remplacé tout cela dans la Bible par des points et < cents; mais nous ne pouvons nous y fier, sachai qu'ils ont été imaginés et introduits par des hommi temps postérieur , dont l'autorité ne doit avoir i valeur à nos yeux. Quant aux anciens Hébreux, parfaitement certain , par une foule de témoignages écrivaient sans points (je veux dire sans voyelles « accents) , de sorte que les interprètes venus plus 1 ont ajoutés au texte suivant la manière dont ils 1 daient : d'où il suit qu'il ify faut voir autre chose qn sentiments particuliers , et ne pas accorder à ces arbitraires plus d'autorité qu'à une explication { ment dite. C'est faute de savoir toutes ces circoni que plusieurs ne peuvent comprendre pourquoi 1 A^VÉpître aux Hébreux est parfaitement excusable (au chap. xi, vers. 2i) interprété le texte du chap vers. 3i, delà Genèie iovX autrement qu'il ne faudrf en suivant le texte ponctué. Je demande en effet si 1 avait à s'^^dresser aux ponctuistes pour entendre (urc. C'est bien plutôt ces pouctuistes eux-méme

THÉQLOGIGO-POLTTIQUE. 141

nt mettre en cause; et pour le prouver, et en même mps pour faire voir à chacun que cette divergence dans interprétation provient dn défaut de voyelles , je vais çoser ici les deux sens qu'on a donnés à cet endroit e l'Écriture. Les ponctuistes ont entendu ainsi (par leur nmère de ponctuer) : Et Israël se pencha sur^ ou (en chanîXsXKgain en aleph^ lettre du même organe) vers lècheftieson lit. L'auteur de VÈpître a entendu , au contraire : U Israël se pencha sur le haut de son bâton. Pourquoi cela? • ert qu'il a lu mate au lieu de mita^ diflFérence qui est ontentière dans les voyelles. Or, maintenant, comme il le s'agit dans le récit de la Genèse que de la vieillesse de acob, et non pas de sa maladie, dont il est parlé seuleîentau chapitre qui suit, il est vraisemblable que Técrioniavoulu dire que Jacob se pencha sur le haut de son *loii, geste familier aux vieillards d'un âge très-avancé, 'tmmpas sur le chevet de son lit. Ajoutez que cette ma- ^ d'entendre le texte a encore un autre avantage , '«t qu'on n'est obligé de supposer aucune subaltema- ^ de lettres. Cet exemple peut donc servir, non-seulelent à montrer l'accord de ce passage de VÈpître aux fdreux avec le texte de la Genèse, mais à faire voir en lême temps combien peu il faut se fier à la ponctuation ta l'accentuation actuelles delà Bible ; d'où il résulte H'on doit les tenir pour suspectes, et revoir le texte tout e nouveau, si l'on veut interpréter sans préjugé les lintes Écritures.

Je reviens à mon sujet : il est aisé de reconnaître par i nature et la constitution de la langue hébraïque qu'au- Bne méthode n'est capable d'en éclaircir toutes les dif- Qdtés. Car il ne faut point espérer d'y réussir par la tMnparaison des passages, bien que ce soit le seul moyen 0 reconnaître le véritable sens de chacun d'eux , p^nm ae infinité de sens divers que l'usage de la langue per- ^ de leur donner. Mais d'abord ce n'est guère que par ^*wurd qu'un passage peut servir à en éclaircir un autre, ^d prophète n'ayant écrit dans le dessein d'expliquer

i43t TAIITÉ

968 propres parcdes ou celles de ses devanciers. De f\aif nous ne pouvons pas déduire la pensée d'un prophètSt d'un apôtre , etc. , de celle d'un autre prophète ou d'oi autre apôtre , si ce n'est dans les choses qui regardent b pratique de la vie ; mais dès qu'il s'agit de choses spéco^ îatives, ou de récits liistoriques et miraculeux , cela al absolument impossible. £t il me serait aisé de mootnr ici par plusieurs exemples qu'il y a dans l'Écriture une fimb de passages inexplicables; mais j'aime mieux ajoana présentement cette espèce de preuve, afin de termiD0i ce qui me reste à dire sur les difficultés et les défauts fB se rencontrent dans la méthode que je propose ici pou interpréter l'Écriture. Cette méthode nous impose laa*cessité de connaître l'histoire de la destinée de iùos tel livres de l'Écriture; or cette histoire nous est le pk» sa» vent inconnue; car, ou bien nous ne savons pas du toa' quels ont été les auteurs de ces livres, ou, si l'on veat. les personnes qui les ont écrits, ou bien nous avons il moins des doutes sur ce point. De plus, ces ouvrages doiii les auteurs nous sont inconnus^ nous ignorons à qoeOi occasion et en quel temps ils ont été écrits. Mais ce a'esi pas tout: nous ignorons encore quelles mains les oniiOcueillis, quels exemplaires ont fourni des legons Aàr. verses; nous ne savons pas enfin si d'autres exemplairit ne renfermaient pas d'autres leçons. Or nous avons fd voir ailleurs combien il serait important d'être instruit iB toutes ces circonstances. Mais n'en ayant dit que pes de mots, c'est ici le moment. d'en parler avec quelqa^ étendue.

Supposons qu'on vienne à lire dans un ouvrage i^ choses incroyables, ou incompréhensibles, ou écrites^ termes obscurs, que l'auteur en soit inconnu, et qaV)i ignore en quel temps et à quelle occasion il les a écriteSt il est clair qu'on chercherait en vam à s'assurer du y^ table sens de ses paroles, puisqu'il serait impossible à savoir quelle a été j quelle a pu être l'intention qui le0 ' dictées. Si, an contraire, l'on est parfaitement infoi^

THÉOLOGIGO-POUTIQUE. 143

sortons ces points, on peut alors débarrasser son esprit de tout préjugé, et déterminer exactement ce qu'il faut et ce qu'il ne faut pas attribuer à l'autour de cet ouvrage ou â celui qui Ta inspiré; on a une règle entre les mains pooT interpréter son livre , et n'y rien supposer que ce qu'il contient effectivement et ce que comportent le temps et les circonstances où il a été composé. Tout cela ne sera certainement contesté de personne. C'est en effet la cbose du monde la plus ordinaire de lire des récits du même genre en divers ouvrages, et d'en juger tout diversement suivant l'opinion qu'on s'est formée des auteurs. Je me souviens d'avoir lu autrefois quelque part qu'un certain personnage nommé Roland furieux traversait les rtgions de l'aîr sur un monstre ailé qu'il menait à son gré, massacrant un nombre infini d'hommes et de géants , et n3Ie autres récits fantastiques tout à fait inconcevables pour la raison. Or, il y a dans Ovide une histoire toute pareille de Persée ; et dans les livres des Juges et des Rois^ fl est dit que Samson , seul et sans armes, tua des milliers dlommes, et qu'Élie fut enlevé au ciel sur un char enflammé et traîné par des coursiers de feu. Je dis donc îue toutes ces histoires sont exactement semblables ; et Béamnoins nous en portons des jugements très-divers ; car nous disons que l'auteur de Roland furieux a écrit pour se jouer, et qu'Ovide a eu des vues politiques ; mais te troisième historien nous expose des choses sacrées. 6*011 vient cette différence ? uniquement des opinions que Dous nous sommes formées à l'avance touchant ces trois écrivains. U est donc certain que , pour interpréter des ouvrages qui contiennent des choses obscures et incompréhensibles , il est particulièrement nécessaire d'en con- ^^e les auteurs. Et de même aussi , par des raisons tontes semblables, on conçoit qu'il ne serait pas possible ^0 discerner, parmi tant de leçons diverses qui se rencontrent dans les histoires obscures, quelles sont les véritables, à moins de savoir en quels exemplaires ces le- ÇOtts ont été trouvées, et s'il n'y a pas d'autres leçons

141 TRAITi

données par des hommes d'une plus grande autorité.

Une autre difficulté que rencontre notre méthode dans Fiuterprétation de certains livres de TËcriture, c'est que nous ne les avons plus dans la même langue où ils ont été écrits. C'est une opinion généralement reçue qa€ VÉvangile selon saint Matthieu et même VÉpître mix Hébreux ont été écrits en langue hébraïque; or le texte primitif n'existe plus. De même on ne sait pas bien en quelle langue a été écrit le livre de Job. Âben Hezrasooiient en ses commentaires qu'il a été traduit d'une antre langue en hébreu, et il en explique ainsi les obscurités. Je ne dis rien des livres apocryphes; car ils n'ont pas â beaucoup près la même autorité.

Voilà toutes les difficultés qu'on a à surmonter qnand on veut interpréter l'Écriture en se fondant sor son histoire. Elles sont si grandes que j'ose affirmer qu'il faut savoir ignorer le véritable sens d'une foule de pas- ' sages des livres saints, si l'on ne veut se payer de vaines ^conjectures. Toutefois il faut bien remarquer que ces difficultés ne se présentent que lorsqu'il s'agit dans lei prophètes de choses incompréhensibles pour la raison, ou qui ne s'adressent qu'à l'imagination ; car pour les choses que l'entendement peut atteindre d'une vue claire et distincte^, et qui sont concevables par ellesmêmes, on a beau en parler obscurément, nous les entendons toujours sans beaucoup de peine, suivant le pro*verbe: A qui comprend, un mot suffit. Euclide, paf exemple, qui n'a traité dans ses livres que d'objets très^ simples et parfaitement intelligibles, se fait comprendra en toute sorte de langues par les moms habiles; et il n'est point du tout nécessaire, pour pénétrer dans sa pensée et être certain du véritable sens de ses paroles, de po»' «éder parfaitement la langue où il a écrit; il suffit d'eJ> avoir une connaissance très-ordinaire et dont un enfai^^ serait capable. Ce n'est pas non plus une chose nécessaire

Page 1