I. Yoyex lei A^ofM de Spinoza, aote
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connaître la vie de cet auteur, ses mœurs, ses préjugés, temps et la langue où il a composé ses ouvrages, â [ il les a adressés, les diverses fortunes qu'ils ont lies, les diverses leçons qu'ils ont reçues, comment în et par qui leur autorité scientifique s'est établie. Or ^e nouS'-disons d'Euclide se peut étendre à tous les »urs qui ont traité de choses concevables par ellesmes. D'où je conclus qu'il n'est rien de plus aÎ5é que comprendre l'Écriture au moyen de son histoire, et fli établir le véritable sens en tout ce qui touche les rîtes morales ; car les principes de la véritable piété, jnt communs à tous, s'expriment dans les termes les s familiers à tous, et il n'est rien de plus simple ni de 8 facile à comprendre ; d'ailleurs, en quoi consiste le ai et la vraie béatitude, sinon dans la paix de l'âme? Vàme ne trouve la paix que dans la claire intelligence idioses. Il suit donc de là de la façon la plus évidente 3 nous pouvons atteindre avec certitude le sens de friture sainte en tout ce qui touche à la béatitude et salut. Et s'il en est ainsi, pourquoi nous mettre en ne du reste? Comme il faut beaucoup d'intelligence et grand effort de raison pour pénétrer jusqu'à ces tières, c'est un signe assuré qu'elles sont plus faites ur satisfaire la curiosité que pour procurer une utilité itaMe.
'ai exposé, dans ce qui précède, la vraie méthode ir interpréter l'Écriture, et il me semble que ma pensée t paraître suffisamment éclaircie. Aussi je ne doute j que chacun ne s'aperçoive que cette méthode ne mande aucune autre lumière que celle de la raiâou turelle, dont la fonction et la puissance consistent rtout, comme on sait, à conduire l'esprit par des conîuences légitimes de ce qui est connu ou donné mme tel à ce qui est obscur et inconnu. Or notre Sthode ne requiert point d'autre procédé que celui-là, si elle n'est pas capable, comme nous le reconnaissons His-nicrac, de surmonter toutes les difficultés qui se il. Vi
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rencontrent dans l'interprétation des livres saints, ce n' ^Bst point à elle qu'il faut reprocher cette insuflisance; la c3i£ficulté tient à ce que les hommes n'ont pas toujours suiirSia voie droite et légitime ; et cette voie, ainsi abandonnée de tous, est devenue avec le temps si difficile et si obstrM-née qu'il est presque impossible de s'y frayer un passa ^e. C'est ce dont on peut s'assurer, je crois, en considér -^nt la nature des difficultés qui ont été signalées toi», i & l'heure.
11 ne nous reste plus qu'à examiner les opinions dô ceux qui combattent la nôtre. La première qui se présff*: ute consiste à prétendre que Tinterprétation de l'Écrit, ^re surpasse la portée de la raison naturelle, et qu'^tJïi® lumière surnaturelle est absolument nécessaire pour c^^:!^^" prendre les livres saints. Qu'entendent-ils par c^^tte lumière surnaturelle ? c'est un point dont je leur la-»sse l'explication. Quant à moi, je n'y vois autre chose -^gue cet aveu, déguisé il est vrai sous des termes obsci-i^^s, qu'ils ont les mômes doutes que nous sur un grand nc:^^' bre de passages de l'Ecriture. Que l'on examine en (^£^^ d'un œil attentif les explications qu'ils nous donne *'î bien loin d'y trouver un caractère surnaturel, on ^^ verra que de simples conjectures. Et si on compare ^^^ conjectures avec l'interprétation de ceux qui avou^°* ingénument qu'ils ne sont éclairés d'aucune lumi^^® surnaturelle, on se convaincra que tout est parfaitem ^*^^ égal de part et d'autre, et qu'il n'y a des deux côtés ri^^ autre chose que des explications humaines, trouva ^^ avec effort après de longues méditations. Nos adversaiX"^^ soutiennent, il est vrai, que la lumière naturelle esttrr^P faible pour pénétrer jusqu'à l'Écriture sainte ; m ^^^ n'avons-nous pas déjà démontré que la difficulté d'^^" tendre les livres saints ne provient pas de la faiblesse ^^ la raison, mais de la paresse (pour ne pas dire i& malice) de ceux qui ont néghgé de nous transmett:^^' quand la chose était possible et facile, une histoire fid^^ de l'Écriture? De plus, la lumière surnaturelle dont ^
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}ns parle est, au sentiment de tout le monde, un don vin qui n'est accordé qu'aux fidèles. Or ce n'est pas :x seuls fidèles que les propliètes étaient habitués à idresser, mais plus particulièrement aux infidèles et X méchants, qui à ce compte eussent été incapables comprendre les paroles des apôtres et des prophètes, semblerait donc que ces envoyés divins avaijr;nl mis-| m de prêcher seulement aux enfants, et non pas à des xnmes doués* de raison* Je demande aussi à quoi il rait servi que Moïse établît des lois, si les fidèles seuls, il n'ont besoin d'aucune loi, eussent été capables de les itendre. Il paraît donc bien certain que ceux qui, pour rtendre les propliètes et les apôtres, clicrchcnt une mîère surnaturelle ne sont pas suffisamment éclairés la naturelle; tant s'en faut qu'ils aient reçu des dons Ijérieurs et divins.
Maimonide a adopté des sentiments bien différents. Il cm qu'il n'y a point de passage dans l'Écriture qui admette plusieurs sens divers et même contraires, et Il est impossible d'être assuré du véritable, si l'on n'a preuve que l'interprélation qu'on propose ne contient jn qui ne soit d'accord avec la raison. Car s'il se trouve e le sens littéral, quoique parfaitement clair en soi, oque la raison, il est d'avis qu'on le doit abandonner »ur en chercher un autre ; c'est ce qu'il explique très- .pressémentau chap. xxv, part. 2, du livre More ISebuim: u Sachez bien, dit-il, que si nous ne voulons pas Imettre V éternité du monde, ce n'est point à cause des pas^ gesde l'Écriture où il est dit que le monde a été créé; car y a tout autant de passages où Dieu nous est représenté ymme corporel. Or, de même que nous avons expliqué ces uiroits de l'Écriture de façon à éloigner de la nature de Heu toute matérialité, nous aurions également trouvé moyen 'interpréter les passages sur la création dans un sens favo- Me à V éternité du monde ; et la chose même eût été pour "^^^ plus facile et plus commode; mais ce qui nous a em- "ché (fen user de la sorte et d^ admettre que le monde est
étemel, ce sont les deux raisons que voici: i® Il résulte des plus claires démonstrations que Dieu n^ est pas un être corpor'el, et par conséquent il est nécessaire d'approprier à cette vérité tous les endroits de l'Écriture qui y sont littéralement cofi' traires, puisqu'il est de toute certitude que l'interprétation littérale n'est pas véritable. Mais Vétemité du monde n'est établie par aucune démonstration; d'où il résulte qu'il n'y « aucune nécessité de faire violence au texte de l' Écriture pour la mettre d'accord avec une opinion tout fiu plus vraisetnr blable, puisqu'il y a même quelque raison d'incliner vers l'opinion contraire, 2° Ma seconde raison c'est que le principe de l'immatérialité de Dieu n'a rien de contraire à l'esprit de la loi, etc.; au lieu que l'éternité du monde, admise au sens d'Aristote, détruit la loi par son fondement, etc. Tell^ sont les propres paroles de Maimonide, et il est aisé de s'assurer que nous avons fidèlement rapporté sa doctrine ; car si cet auteur eût admis par la raison que le rnoo-de est étemel, il n*eût pas hésité à presser et à violenter 1^ texte de l'Écriture pour en tirer la confirmation de ^^ principe. 11 eût même été immédiatement convaincu, ^^ dépit de l'Écriture et contre ses déclarations les^pl^^ claires, qu'elle enseigne expressément Téternité à^ monde. Il suit de là que, dans l'opinion de Maimonid^» on ne peut ôlre certain du véritable sens d'un passa^^ de l'Écriture, si clair qu'il soit d'ailleurs, tant qu'on e^* en doute sur la vérité de la doctrine qu'il exprime. C^** pendant que ce doute subsiste, on ignore encore si I^ sens littéral de l'Écriture est d'accord ou non avec I^ /aison, et par conséquent s'il est ou non le véritable» Certes si Maimonide disait vrai, j'avoue rais franchemea"*que pour interpréter l'histoire il faut une autre lumière que celle de la raison naturelle. Car n'y ayant presque rien dans la Bible qui se puisse déduire de principe^ rationnels, il est clair que la raison ne peut nous êtr(5 d'aucune utilité en ces rencontres pour entendre le^ livres saints, et dès lors une lumière plus haute serait^ absolument nécessaire. Une autre conséquence de l'opi^
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nîon de Maimonide, c'est que le vulgaire, qui ne sait ce que c'est qu'une démonstration ou n'a pas le temps de s'y appliquer, ne pourrait connaître TÉcriture sainte qiie sur l'autorité et le témoignage des philosophes ; et, à ce compte, il faudrait les supposer infaillibles. Voici donc une autorité fort nouvelle dans l'Église, une nouvelle espèce de prêtres et de pontifes ; et certes elle * inspirerait au vulgaire moins de vénération que de mépris. On dira que notre méthode exige, elle aussi, une connaissance que le vulgaire ne peut acquérir, celle de l'hébreu ; îûais celte objection ne nous atteint réellement pas. Car la masse des Juifs et des gentils, à qui s'adressaient autrefois dans leurs prédications et dans leurs écrits les prophètes et les apôtres , entendait parfaitement leur langage, et partant pouvait entendre leur pensée , au lieu qu'elle était incapable de saisir la raison ^^s choses qu'on lui enseignait, ce qui était pourtant,^ suivant Maimonide, une condition nécessaire pour les comprendre. Ce n'est donc pas une suite nécessaire de ^otte méthode d'obliger le peuple à se soumettre au témoignage des interprètes de l'Écriture, puisque nous Citons un peuple qui entendait la langue des prophètes et '^^s apôtres ; et nous pouvons mettre Maimonide au défi ^'^n indiquer un qui soit capable de comprendre la raison ^^8 choses. Quant au peuple d'aujourd'hui , nous avons *^èjà fait voir qu'il lui est facile d'entendre en chaque langue toutes les choses nécessaires au salut, sans avoir *^soin d'en connaître la raison ; elles ont en effet un ^^ctère si général et un rapport si étroit à la vie com- Jïiime qu'elles se font concevoir par elles-mêmes et ^dépendamment du témoignage des interprètes. 11 en est tout autrement, je l'avoue, des passages des livres 8^ts qui ne regardent pas le salut; mais ici le peuple ^^les doctes partagent la même fortune.
Je reviens au sentiment de Maimonide , aQn de l'exa- "■^Jnerde plus près. Il suj^ose, en premier lieu, que les prophètes sont d'accord entre eux sur toutes choses, ot
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que ce sont même de grands philosophes et de graac Uiéologiens, puisque leurs opinions, suivant lui , sont toi jours fondées sur la vérîté des choses; or, nous avon prouvé le contraire au chapitre ii. Il suppose , en secon* lieu , que l'Écriture ne fournit point à qui veut TioteP prêter les lumières nécessaires, par la raison qu'elle IM démontre rien , jpe donne jamais de définition», ne i» monte pas enfin aux premières causes, d'où il suit que ce n'est point en elle qu'il faut chercher la vérité def choses* et en conséquence que ce n'est point elle qui peiil nous, éclairer sur son propre sens. Mais celte secoate prétention est aussi fausse que la première , et nous atoil également montré dans notre deuxième chapitre, taal parla raison que par des exemples, que le sens del'Ecnture ne doit être cherché que dans TÉcriture elle-môme, lors même qu'elle ne parle que de choses accessibles àll lumière naturelle. Maimonide suppose enfin qu'il noitf est permis d'interpréter l'Écriture selon nos préjugés, dt la torturer à notre gré, d'en rejeter le sens littéral, quoiqn^ très-clair et très-explicite , pour y substituer un auto sens. Mais outre que cette licence est tout ce qu'il y a 4 plus contraire aux principes que nous avons établis daO le chapitre déjà cité et dans les suivants, qui ne voit qu'eU est excessive et téméraire au plus haut degré ? AccOî dons-lui du reste cette extrême liberté; ôb quoi lui se vira-t-elle? de rien assurément; car il sera toujours it possible d'&xpliquer et d'interpréter par sa méthode 1 passages obscurs et incompréhensibles qui composent plus grande partie de l'Écriture , au lieu qu'il n'y a rk au monde de plus facile, en suivant notre méthode, qi d'éclaircir beaucoup de ces obscurités et d'aboutir ai rement à d'exactes conséquences, ainsi que nous l'avoa déjà prouvé et par la raison et par le fait. Quant ai passages qui par eux-mêmes sont intelligibles, on en co naît assez le sens par la construction du discours. Je co: dus de là que la méthode de Maimonide est absolume inutile. Ajoutez qu'elle 6te au peuple toute la certitw
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qn'ilpeuttîrcr d'une lecture faite avec .sinc(^rite, et h tout lemonde la faculté d'entendre rÉcriture par une méthode toute différente. Il faut donc absolument rejeter la méthodedeMaimonidecommeinutilo, dangereuse et absurde. Si on nous propose maintenant la tradition des phaririens ou Tautorîté des pontifes de Rome , nous dirons que ^ la première n'est pas d'accord avec elle-même ; et quant 4 la seconde, elle ne s'appuie pas sur des témoignages assez authentiques, et nous n'avons pas d'autre motif pour la rejeter. Car si l'Écriture nous montrait l'autorité de ces pontifes aussi clairement qu'elle fait celle des pontifes de l'ancienne loi, peu nous importerait qu'il y ait Ctt des papes hérétiques et impies, puisqu'il s'en est également rencontré parmi les Hébreux qui ne valaient pas dïïvantage, et qui se sont emparés du pontificat par des Dioyens illégitimes, ce qui ne les a pas empochés d'exercer le pouvoir suprême d'interpréter la loi. On peut en ^r la preuve dans VExode^ chap. xvii, vers. 11 et 12; Aap.xœii, vers. 10; et dans Malachie^ chap. ii, vers. 8. % comme nous ne rencontrons dans l'Écriture aucun témoignage semblable en faveur des pontifes romains, Jcnr aatorité demeure à nos yeux fort suspecte. On dira peut-être que la religion catholique n'a pas moins besoin tfnn pontife que l'ancienne loi ; mais ce n'est là qu'une Œasiotf; car il faut remarquer que la loi de Moïse" étant Ponrles Hébreux le droit public de la patrie , elle ne pou- ^ subsister sans une autorité publique ; car s'il était P^miis à chaque citoyen d'interpréter à son gré les droits ^ autres citoyens , il n'y a point d'État qui fût capable ^8e maintenir. Le droit public ne serait plus que le droit Particulier, et l'ordre social s'écroulerait incontinent. Mais ^cnra tout autrement en matière de religion : car comme ^He consiste moins dans les œuvres extérieures que dans ^ «implicite et la pureté de l'âme , elle n'a besoin d'être ï^otégée par aucune autorité publique.' Ce n'est point ^ «ttet Fempire des lois , ce n'est point la force pu- ^" HÇ) qui donnent aux cœurs cette droiture et cette
pureté; et personne ne peut être contraint par la foi à suivre les voies de la béatitude. Des conseils ft tcrncls et pieux, une bonne éducation, et avant tala libre possession de ses jugements , voilà les seui moyens d'y conduire. Ainsi donc , puisque chacun i pleinement le droit de penser avec liberté , même efl matière de religion, et qu'on ne peut concevoir que personne renonce à l'exercice de ce droit, il s'ensuft quecbacun dispose d'une autorité souveraine et d'undroU absolu pour prendre parti sur les c^hoses religieuses , là par conséquent pour les expliquer lui-même et en ôt» l'interprète. Car de^même que le droit d'interpréter Itt lois et la décision souveraine des affaires publiques n'appartiennent au magistrat que parce qu'elles sont du droft public , de môme chaque particulier a une autorité absft' lue pour décider de la religion et pour l'expliquer, parce qu'elle est du droit particulier. Il s'en faut donc beaoeoiV, qu'on puisse inférer de l'autorité qu'exerçaient jadis le» pontifes hébreux dans l'interprétation des lois du payif que le pontife romain ait le même droit pour interpréter la religion ; tout au contraire , on est mieux fondé à ea conclure que chacun a ce droit pour ce qui le couceroei et nous tirons de là une preuve nouvelle de l'excellenca de notre méthode. Car puisque chacun a le droit d'int»* prêter l'Écriture, il en résulte que la seule règle^dontil faille se servir, c'est la lumière naturelle commune i tous les hommes, et par suite que toute lumière sunuip turelle, toute autorité étrangère, n'y sont nullement n6* cessaires. Il ne faut point eu effet que l'interprétation dea livres saints soit si dilfîcile qu'elle ne puisse être prafr quée que par de très-subtils philosophes; il faut au cofttraire qu'elle soit proportionnée à la portée commune el à l'ordinaire capacité des esprits; or c'est là justemenl le caractère de notre méthode , puisque nous avons moil" tré que ce n'est point à elle qu'il faut s'en prendre àt toutes les difficultés qui se rencontrent dans l'explication des livres saints, mais à la négligence des hommes..
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