CHAPITRE n
WJ imOïT Tf ATUKËL.
I. Dans notre Traité théologico-politique nous avons défini le droit naturel et civil ', et dans notre Éthique noos avons expliqué ce qne c'est que péché , mérite, justice, injustice ^ et enfin en quoi consiste la liberté humaine*; mais, pour que le lecteur n'ait pas la peine d'aller chercher ailleurs des principes qui se rapportent essentiellement au sujet du présent ouvrage, je vais les développer une seconde fois et en donner la démonstration régufière.
S. Toutes les choses de la nature peuvent être également conçues d'une façon adéquate, soit qu'elles existent, soit qu'elles n'existent pas. De même donc que le principe en vertu duquel elles commencent d'exister ne peut se conclure de leur définition , il en faut dire autant du principe qui les fait persévérer dans l'existence. En effet, leur essence idéale, après qu 'cites ont commencé d'exister, est' la n^ême qli'auparavant ; par conséquent , le principe qui les fait persévérer dans l'existence ne résnlte pas plus de leur essence que le principe qui les fait 'commencer d'exister; et la même puissance dont elles Ont besoin pour commencer d'être, elles en ont besoin pour persévérer dans l'être. D'où il suit que la puissance Soi fait être les choses de la nature, et par conséquent Celle quiles fait agir, ne peut être autre que l'éternelle puis- ^«tnce de Dieu. Supposez, en effet, que ce fût une autre puissance, une puissance créée , elle ne pourrait se con- ^ Server elle-même , ni par conséquent con&^tN^^ \»^
i. rojez len-ailé théologic<hpoHtiqMe, ch. xti.
* fi^fw r&Aéque, pnrt. 4, Scholie de la Propoûliou %1 . ^
*' rn^rSikiqiu, put. 2, Propo». 48, 49, el Ve ScYioV AeV^^xcJV^
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choses de la nature; mais elle aurait besoin pour persévérer dans l'être de la même puissance qui aurait été nécessaire pour la créer.
3. Ce point une fois établi , savoir que la puissance des choses de la nature en vertu de laquelle elles existent et agissent est la propre puissance de Dieu , il est aisé de comprendre ce que c'est que le droit naturel. En effet , Dieu ayant droit sur toutes choses, et ce droit de Dieu étant la puissance même de Dieu , en tant qu'elle est considérée comme absolument libre , il suit de là que chaque être a naturellement autant de droit quil a de puissance pour exister et pour agir. En effet, cette puissance n'est autre que la puissance même de Dieu, laquelle est absolument Ubre.
4. Par droit naturel j'entends donc les lois mêmes de la nature ou les règles selon lesquelles se font toutes choses, en d'autres termes, la puissance de la nature ellemême; d'où il résulte que le droit de toute la nature et partant le droit de chaque individu s'étend jusqu'où s'étend sa puissance ; et par conséquent tout ce que chaque , *homme fait d'après les lois de la nature , il le fait do K droit suprême de la nature , et autant il a de puissance, K autant il a de droit.
5. Si donc la nature humaine était ainsi constituée qoe les hommes vécussent selon les seules prescriptions de U b raison et ne fissent aucun effort pour aller au delà, alon le droit naturel , en tant qu'on le considère comme s* rapportant proprement au genre humain , serait déte^ miné par la seule puissance de la raison. Mais les hommw sont moins conduits par la raison que par l'aveugle désir, et en conséquence la puissance naturelle des hommeSt ou, ce qui est la même chose, leur droit naturel, n* doit pas être défini par la raison, mais par tout appéS quelconque qui les détermine à agir et à faire effort potf se conserver. J'en e.o\iV\^Tv^,^w ^>û.T\^xi&\ ^^^ ^^<5\cs qui «« p (iront pas leur on^\tve âi^ \^ t^\^OT. ^^^\. ^^\sss^ ^^.'^'«••^ tioiis de l'homme que de.s ^a^^\^^v^.^^>s.> ^xs.^^^^'^^s^^
TEiCTf POLITIQUE. 857
le la puissance universelle ou, en d'autres termes, roit universel de la nature , nous ne pouvons présen* int reconnaître aucune différence entre les désirs qui iênnent de la raison et ceux qui sont engendrés en I par d'autres causes, ceux-ci comme ceux-là étant efléts de la nature et des développements de cette gie naturelle en vertu de laquelle l'homme fait efpour persévérer dans son être. L'homme , en effet , ou ignorant, est une partie de la nature , et tout ce létermine chaque homme à agir doit être rapporté à niosance de la nature , en tant que cette puissance être définie parla nature de tel ou tel individu ; car, obéisse à la raison ou à la seule passion, l'homme lit rien que selon les lois et les règles de la nature, pà-dire (par l'article 4 du présent chapitre) selon le t naturel.
Mais la plupart des philosophes s'imaginent que les rants, loin de suivre l'ordre de la nature, le violent ontraire, et ils conçoivent les hommes dans la nature me un Étajt dans l'État. A les en croire, en effet, e humaine n'est pas produite par des causes natu- 8, mais elle est créée immédiatement par Dieu \ un tel état d'indépendance par rapport au reste des es qu'elle a un pouvoir absolu de se déterminer et er parfaitement de la raison. Or l'expérience montre bondamment qu'il n'est pas plus en notre pouvoir K)sséder une àme saine qu'un corps sain. De plus, [ue être faisant effort, autant qu'il est en lui, pour lerver son être , il n'est point douteux que, s'il délait aussi bien de nous de vivre selon les préceptes i raison que d'être conduits par l'aveugle désir, tous lommes se confieraient à la raison et régleraient sagetleur vie, et c'est ce qui n'arrive pas. Car chacun a son jir particulier qui l'entraîne, trahit sua quemque ^^ M * ; et les théologiens n'ôtent pas ce\!tô àVKkûxiNXfe ^^
'iy//(9^ Églogues, u, 6b»
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soutenant que la canae de cette impuissance de rhommei e'eBt on vice ou an péché de la natare humaine, lequel a son origine dans la chute de notre premier père. Caf supposez que le premier homme ait eu également le pouvoir de se maintenir ou de tomber, donnez «loi uM àme maîtresse d'elle-même et dans un état parfait d'intégrité , comment se fait-il qu'étant plein de science et de prudence il soit tombé ? c'est, direz-vous, qu'il t été trompé par le diable. Mais le diable lui-même, qui doue l'a trompé 7 qui a fait de lui, c'est-ànlire de la première de toutes les créatures intelligentes, un être assez insensé pour Youloir s'élever au-dessus de IMea ? En possession d'une àme saine, ne faisait-il pas natnrelleinedl effort, autant qu'il était en lui, pour maintenir son été et conserver son être 7 Et puis le premier homme taimême, comment se fait-il qu'étant maître de soaâmeflt de sa volonté il ait été séduit et se soit laissé prendre dans le fond même de son âme 7 S'il a eu le pouvoir de bien user de sa raison , il n'a pu être trompé , il a fiit nécessairement effort, autant qu'il était en lui, ponr conserver son être et maintenir son àme saine. Or, vous supposez qu'il a eu ce pouvoir ; il a donc nécessairemeal conservé son âme saine et n'a pu être trompé, ce ^ est démenti par sa propre histoire. Donc il faut avouer qu'il n'a pas été au pouvoir du premier homme d'uier de la droite raison, et qu'il a été, comme nous, sujet 0 passions.