‹ Œuvres de Spinoza (volume 5)Chapitre 97 sur 109 · Les hommes étant conduits par la passion plus que · texte numérisé non relu

Les hommes étant conduits par la passion plus que

par la raison,- comme on l'a dit plus haut, il s'ensuit que

si une multitude vient à s'assembler naturellement et à

ne former qu'une seule àmo, ce n'est point par l'inspiration

de la raison , mais^at V^^e\. de. <\uel(\uc passion com-

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TBAITE POLITIQUE. 3M

de la solitude est inhérente à tous les hommes, parce que nul, dans la solitude, n'a de forces suQisantee pour se défendre, ni pour se procurer les choses indispensables à la vie, c'est une conséquence nécessaire que les hommes désirent naturellement l'état de société, et il. ne peut se faire qu'ils le brisent jamais entièrement.

2. Qtt'arrive-t-ii donc à la suite des discordes et des séditions souvent excitées^ dans l'État? non pas que les citoyens détruisent la^ cité (comme cela se voit dans d'antres associations), mais ils en changent la forme, quand les dissensions ne peuvent se terminer autrement. C'est pourquoi, lorsque j'ai parlé des moyens requis pour la conservation de l'État, j'ai voulu parler de ceux qui sont nécessaires pour conserver la: forme de l'État sans ancon ohangement notable.

d. Si la nature humaineétait ainsi faite que les hommes désirassent par-dessus tout ce qui leurest pai*«des8us tout stile, il n'y aurait besoin d'aucun art pour établir la concorde et la bonne foi. Mais comme les choses ne vont pas de la sorte, il faut constituer l'État de telle façon que tous, gouvernants et gouvernés, fassent, bon gré, mal |ré, ce qui importe au salut commun, c'est-à-dire que tous, soit spontanément, soit par force et par nécessité, soient forcés de vivre selon les prescription» de IsTaison, et il en arrivera ainsi, quand les choses seront organisées de telle façon que rien do ce qui intéresse le salut commun ne soit exclu5ivement>conflé è la bonne foi d'aucun individu. Nul indindn en effet n'est tellement vigilant qu'il ne lui arrive pas une fois de sommeiller^ et jamais homme ne posséda une àme assez puissante et assez entière pour ne se laisser entamer et vainore dans aucune occasion, dans ce]le»4àsiirtout'où il faut déployer imc force d'âme extraordinaire. Et certes il y a de la ' sottise à exiger d'autrui ce que nul ne peut oVA^xiÂt ^ss, soi et à âemanâer à un homme qu'ïL son^^ «vv^ woNx^^ piirfôi qu'à lui-même, qu'il ne soit ni av«t^> tvl ^TvV\^\y'«^n ambitieux, etc., quand cet homme esl j\3Lfe\emc«X«2î^^^

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tous les jours aux excitations les plus fortes de la passion.

4. D'un autre côté, Texpérience parait enseigner qu'il importe à la paix et â la concorde que tout le pouvoir soit confié à un seul. Aucun gouvernement en effet n'est demeuré aussi longtemps que celui des Turcs sans aucun changement notable, et au contraire il n'y en a pas de plus changeants que les gouvernements populaires on démocratiques, ni de plus souvent troublés par les séditions, n est vrai; mais si l'on donne le nom de paix à l'esclavage, à la barbarie et à la solitude, rien alors de plus malheureux pour les hommes que la paix. Assurément les discordes entre parents et enfants sont plus nombreuses et plus acerbes qu'entre maîtres et esclaves; et cependant il n'est pas d'une bonne économie sociale que le droit paternel soit changé en droit de propriété et que les enfants soient traités en esclaves. C'est donc en vue de la servitude et non de la paix qu'il importe de concentrer tout le pouvoir aux mains d'un seul ; car la paix, comme il a été dit, ne consiste pas dans l'absence de la guerre, mais dans l'union des cœurs.

5. Et certes ceux qui croient qu'il est possible qu'un seul homme possède le droit suprême de l'Etat sont dans une étrange erreur. Le droit en effet se mesure à la puissance, comme nous l'avons montré au chapitre u. Or la puissance d'un seul homme est toujours insuffisante à soutenir un tel poids. D'où il arrive que celui que la multitude a élu roi se cherche à lui-même des gouverneurs, des conseillers, des amis, auxquels il confie son propre salut et le salut de tous, de telle sorte que le gouvernement qu'on croit être absolument monarchique est en réalité aristocratique, aristocratie non pas apparente, mais cachée et d'autant plus mauvaise. Ajoutez à cela que le roi, s'il est enfant, malade ou accablé de vieillesse, n'est roi que d'une fac^on toute précaire. Les vrais maîtres do pouvoir souverain, e,^ ?>oxv\. ç^evi^ ^ administrent les affaires ou qui touc\icivl ^e^^\xv% >è^'^'5> *àXi^^\^^\\^\vR.^iii^ pas du cas oxile ïoV \mfe ^\^ ^^^^^^"^^ ^^^^^^^^^^^

choses an gré de telles ou telles de ses maîtresses ou de qaélgue favori. « J'avais entendu raconter, ditOrsinès*, qu'autrefois en Asie les femmes avaient régné; mais ce qui est nouveau, c'est de voir régner un castrat. »

6. n est certain d'ailleurs que quand l'État est mis en péril, c'est toujours le fait des citoyens plutôt que des ennemis extérieurs ; caries bons citoyens sont rares. D'où il suit que celui â qui on a déféré tout le droit de l'État craindra toujours les citoyens plus que les ennemis, et partant veillera par-dessus tout sur ses intérêts propres et sera moins occupé de prendre soin de ses sujets que de leur tendre des embûches, â ceux-là surtout qui sont illustres par leur sagesse ou puissants par leur fortune.

7. Ajoutez que les rois craignent leurs fils plus qu'ils ne les aiment, et cette crainte est d'autant plus forte que les fils montrent plus de capacité pour les arts de la paix et pour ceux de la guerre et se rendent plus chers aux surjets parleurs vertus. Aussi les rois ne manquent-ils pas de leur faire donner une éducation qui ne leur laisse aucun tqet de crainte. En quoi ils sont fort bien servis par leurs familiers qui mettent tous leurs soins â préparer au roi un successeur ignorant qu'on puisse adroitement manier.

8. n suit de tout cela que le Roi est d'autant moins son maître et que la condition des sujets est d'autant plus misérable â mesure que le droit de l'État est transféré plus complètement à un môme individu. C'est donc une chose nécessaire, si on veut établir convenablement le gouvernement monarchique, de lui donner des fondements assez solides pour que le monarque soit en sécurité et la multitude en paix, de telle sorte enfin que le monarque le plus occupé du salut de la multitude soit aussi celui qui est le plus son maître. Or, quelles sont ces conditions fondamentales du gouvernement monarchique ? je vais d'abord les indiquer en peu de mots, pour les reprendre ensuite et les démontrer dans xxuot^x^xsL^'^^^ âiqne.

i, OuM Qaiate-Careef Uf. X.ch. i. ^

9. Il faut premièrement fonder et fortifier une ou plusieurs villes dont lous lés citoyens» qu'ils habitent à l'intérieur des murs ou parmi les champs, jouissent des mêmes droits , à cette condition toutefois que chacune de ces villes ait pour sa propre défense et pour la défense commune un nombre déterminé de citoyens. Et celle qui ne peut remplir cette clause doit être mise en dépendance sous d'autres conditions.

10. L'armée doit être formée sans exception dos seub citoyens. Il faut donc que tous les citoyens aient des armes et que nul ne soit admis au nombre des citoyens qu'après s'être formé aux exercices militaires et a?oir pris l'engagement de continuer cette éducation guerrière à dos époques déterminées. La milice fournie par chaque famille étant divisée en cohortes et en légions, nul ne devra être élu chef de cohorte qu'à condition de savoir la stratégie. Les chefs des cohortes et des légions seront nommés à vie; mais c'est pendant la guerre seulement qu'il faudra donner un chef à toute la milice fournie par une famille, et encore ne devra-t-on le charger du commandement suprême que pour un an, sans qu'il soitpc^ mis de le continuer dans son commandement ou de l'y porter encore à l'avenir. Ces généraux en chef seront choisis parmi les conseillers du roi (dont nous aurons à parler à l'article 25 et aux articles suivants) ou parmi ceux qui ont exercé celte fonction.

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