QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
c'est-fiHdire [par la Propos, LXI, part. 4) qui ne peut avoir d'excès ; et elle ne peut naître d'un sentiment de tristesse. D'où il suit (par la Propos, VIII ^ part, 4) que ce désir provient de la connaissance du bien et non de celle du mal , et enfin que la raison nous fait désirer le bien directement, et ne nous éloigne du mal que d'une manière indirecte. G. Q. F. D.
ScHOL. Ce corollaire devient très-clair par l'exemple d'un malade et d'un homme en santé. Le malade prend des aliments qui lui répugnent par crainte de la mort; l'homme en santé se nourrit avec plaisir, et de cette façon il jouit mieux de la vie que s'il craignait la mort et avait pour but immédiat de s'en préserver.
Propos. LXIV. La connaissance du mal est une connaissance inadéquate,
DÉMONSTR. La connaissance du mal, c'est la tristesse, en tant que nous en avons conscience [par la Propos, VIII, part, 4). Or, la tristesse, c'est le passage de l'homme à une moindre perfection (par la Déf. III des pass:), et par conséquent, elle ne se peut comprendre par l'essence même de l'homme (en vertu des Propos. VI et VII, part. 3) ; d'où il suit (par la Déf, II, part. 3) que c'est une affection passive , qui ne dépend donc point des idées adéquates (par la Propos, III, part. 3); et enfin que la connaissance de la tristesse ou du mal est une connaissance inadéquate (par la Propos. XXIX, part. 2). C. Q. F. D.
CoROLL. Il suit de là que si l'àme humaine n'avait que des idées adéquates, elle ne se formerait aucune notion du mal.
Propos. LXV. Entre deux biens, la raison nous fait choisir le plus grand; et entre deux maux, le moindre.
DÉMONSTR. Un bien qui nous empêche de jouir d'un bien plus grand est véritablement un mal. Car le bien et le mal dépendent (comme nous lavons montré dans la préface de cette quatrième partie) de la comparaison que nous faisons des choses, et (par cette même raison) un moindre mal est véritablement un bien; d'où il résulte (par le Coroll, de la Propos, précéd.) qu'entre deux biens la raison nous fera désirer ou choisir le plus grand , et entre deux maux le moindre. C. Q. F. D.
Coroll. La raison nous fera désirer un moindre mal pour obtenir un plus grand bien, et négliger un moindre bien afin d'éviter un
plus grand mal. Car ce mal , que nous appelons un moindie aiaU est véritablement un bien; et ce moindre bien, au contraire, eU on mal (par le Coroll, de la Propos, précéd,). D*où il résulte que nous désirons celui^-là et que nous éviterons celui-ci. C. Q. P. D.
Propos. LXVI. La raison nous 'fera préférer un phu gramd bien à venir à un moindre bien présent, et désirer un moindre nuU présent qui est la cause d'un plus grand bien à venir ^.
DéMOîvsTB. Si rame pouvait avoir une connaissance adéquate d'une chose future, elle en serait affectée comme par une diose présente (en vertu de la Propos, LXII, part, i). Par conséquent, en tant que nous considérons les choses suivant la raison , ei c est rbypothèse que nous faisons dans cette proposition , il revietU au même de supposer le bien et le mal dans l'avenir ou dans le présent, D*où il suit (par la Propos. LXV\ part, 4) que la raison nou» fera préférer un plus grand bien à venir à un moindre bien pré* sent, etc. C. Q. F. D.
CoROLL. La raison nous fera désirer un moindre mal préseol qui est la cause d'un plus grand bien à venir, H dédaigner uo moindre bien présent qui est la cause d'un plus grand mal à venir. Ce corollaire dépend de la Propos, précéd., comme le corollaire de là Propos. LXV de cette Propos. LXV elle-même.
ScHOL. Si l'on veut bien comparer ce qui précède avec les prin* cipes qui ont été établis dans cette même partie jusqu'à la Propos. XVllI, touchant la force des passions, on verra aisément la différence qui sépare un homme qui se laisse gouverner par la seule pas:iion et par l'opinion , et celui que la raison conduit. ïjr premier, en effet, qu'il le veuille ou non, agit sans savoir ce qu'il fait; le second n'obéit qu'à lui-même, et ne fait rien qu'en sachant ce qu'il y a de mieux à faire dans la vie et ce qu'il désire le plus. C'est pourquoi je dis que le premier est un esclave et le second un homme libre.
Mais j'ai encore un petit nombre de remarques à ajouter sur le caractère et la manière de vivre de Thomme libre.
Propos. LXVll. La chose du monde à laquelle un homme libre
1. L'édition 4e 1677 et Paulim m' accordent à donner alicuJuM tnali , ce qui rrni J*Pfopo«»l«ion, non-<wMilrmefit inintrlli;(ihlc, mni<t mnnifcfeti'mont contraire à la d'X*trine de Hpinozs. Je n'h«^ite point à lire avec Ofroprcr : Alieuju9 boni.