QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
contraire, les choses qui empêchent l'homme de perfectionner la raison et de jouir de la vie raisonnable, ce sont les seules que j'ap« pelle mauvaises.
CiiAP. yi. Mais comme toutes ces choses , dont Thomme est la cause efficiente^ sont nécessairement bonnes, il s'ensuit qu'il ne peut rien arriver de mal à l'homme, si ce n'est de la part des causes exté* térieures, c'est-à-dire en tant que l'homme est une partie de la nature entière, dont la nature humaine doit suivre les lois, étant forcée de s'y conformer en une infinité de façons.
Chap. vu. Et il ne peut pas se faire que l'homme ne soit pas une partie de la nature et ne suive pas l'ordre universel ; mais si l'homme trouve autour de soi des individus conformes à sa nature, sa puissance s'en trouve favorisée et entretenue. Si, au contraire, il est en rapport avec des individus contraires à sa nature , il est impossible que l'équilibre s'établisse sans une grande perturbation.
Chap. VIII. Tout ce que nous jugeons mauvais dans la nature des choses, c'est-à-dire capable de nous empêcher d'exister et de jouir de la vie raisonnable, nous avons le droit de nous en délivrer par la voie qui nous paraît la plus sûre; et au contraire , tout ce que nous jugeons bon, c'est-à-dire utile à la conservation de notre être et capable de nous procurer la vie raisonnable^ nous avons le droit de le prendre pour notre usage et de nous en servir de toutes manières; et à parler d'une manière absolue, le droit suprême de la nature permet à chacun de faire tout ce qui peut lui être utile.
Chap. IX. Rien ne peut être plus conforme à la nature d'une chose que les autres individus de la même espèce , et conséquemment (par le Chap. Vil) rien ne peut être plus utile à l'homme pour conserver son être et jouir de la vie raisonnable que l'homme lui* même quand la raison le conduit. De plus, comme nous ne connaissons rien , entre les choses particulières , qui soit préférable à l'homme que la raison conduit , personne ne peut mieux montrer la force de son génie et son habileté qu'en faisant l'éducation des hommes de telle façon qu'ils vivent sous l'empire de la
raison.
Chap. X. Les hommes, en tant qu'ils sont animés les uns pour les autres d'un sentiment d'envie ou de passion haineuse, sont con-
traires les uns aux autres, et ils sont d'autant plus à craindre qu'ils ont plus de puissance que les autres individus de la nature.
Chap. XI. Ce n'est point toutefois la force des armes qui dompte les cœurs, c'est l'amour et la générosité.
Chap. XII. Il est utile aux hommes, au plus haut degré, de se lier entre eux, et de former de tels nœuds que tous les hommes tendent de plus en plus à ne former qu'un seul homme; en un mot, il est utile aux hommes de faire tout ce qui contribue à maintenir entre les hommes des relations d'amitié.
€hap. XIII. Mais id beaucoup d'art et de vigilance sont nécessaires. Car les hommes sont de nature très-diverse (ceux qui vivent selon la raison étant en bien petit nombre), et, malgré cette diver* site, la plupart sont envieux et plus enclins à la vengeance qu'à la miséricorde. Vivre avec chacun d'eux en se conformant à son caractère, et toutefois être assez maître de soi pour ne pas partager les passions que Ton ménage, c'est l'ouvrage d'une force d'âme singulière. Ceux au contraire qui ne savent que gourmander les hommes, qui tonnent contre les vices au lieu d'enseigner les vertus, qui brisent les âmes au lieu de les affermir, ceux-là sont insupportables aux autres et à eux-mêmes ; et c'est ce qui explique comment il s'en est rencontré plusieurs qu'une âme impatiente à l'excès et l'emportement d'un faux zèle religieux ont conduits à vivre avec le» bêles de préférence à la société des hommes; semblables à ces adolescents qui, ne pouvant supporter avec calme les querelles de leurs parents, se jettent dans le service militaire, bravant \eé charges de la guerre et la nécessité d'obéir à un tyran, sacriBant les avantages de la vie de famille et les conseils d'un père, acceptant enfin les plus lourds fardeaux pourvu qu'ils se vengent de leurs parents.
Crap. XIV. Ainsi donc, bien que les hommes gouvernent le plus souvent toutes choses au gré de leurs passions, il y a plus d*avan* tages encore dans la société qui les unit qu'il ne s'y rencontre d'inconvénients Et, en conséquence, il est digne d'un homme sage de supporter avec calme les injustices de ses semblables et de mo»-trer du zèle pour leur service , parce que tout cela sert à établir entre eux la concorde et l'amitié.
Chap. XV. Les actions qui produisent la concorde aont eeilei