‹ Œuvres de SpinozaChapitre 118 sur 199 · CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ M · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ M

tion, que nous donnons à nos passions le nom de grandes passions dans deux cas différents : le premier, quand nous comparons lu passion d*un homme à celle d'un autre homme, el que nous voyons l'un des deux plus fortement agité que Taulre par la même pas»sion ; la seconde^ quand nous comparons deux passions d*une seule et même personne, et que nous reconnaissons qu'elle esl plus forte^ ment affectée ou remuée par Tune que par Tautre. La force d'une passion en effet {par la Propos. V, part, 4) est déterminée par le rapport de la puissance de sa cause extérieure avec notre puis^ sance propre. Or, la puissance de Tâme se détermine uniquement par le degré de connaissance qu'elle possède, et son împul»^ sance ou sa passivité par la seule privation de connaissance^ c'est-à-dire par ce qui fait qu'elle a des idées inadéquates ; d'oià il résulte que l'âme qui pâtit le plus , c'est l'âme qui est consti<^ tuée dans la plus grande partie de son être par des idées inadé* quates, de telle sorte qu'elle se distingue bien plus par ses allée** tiens passives que par les actions qu'elle effectue ; et au contraire, l'âme qui agit le plus, c'est celle qui est constituée dans la plus grande partie de son être par des idées adéquates, de telle sorte qu'elle se distingue bien plus (pouvant d'ailleurs renfermer autant d'idées inadéquates que celle dont nous venons de parler) par les idées qui dépendent de la vertu de l'homme que par celles qui marquent son impuissance. Il faut remarquer en outre que les inquiétudes de l'âme et tous ses maux tirent leur origine de l'a-* mour excessif qui l'attache à des choses sujettes à mille varia* tiens et dont la possession durable est impossible. Personne, en effet, n a d'inquiétude ou d'anxiété que pour un objet qu'il aime, et les injures, les soupçons, les inimitiés n'ont pas d'autre source que cet amour qui nous enflamme pour des objets que nous ne pouvons réellement posséder avec plénitude. Et tout cela doit nous faire œmprendre aisément ce que peut sur nos passions une connaissance claire et distincte, surtout, ce troisième genre de connais*-* sance ( voyez le Schol. de la Propos. XLVII, part. 2) dont le fondement est la connaissance môme de Dieu ; car si cette connaissance ne détruit pas absolument nos passions, comme passions (voyez lu Propos. III et le Schol. de la Propos. IV, part. 5), elle ftiit du moins que les passions ne constituent que la plus petite partie de

notre âme (voyez la Propa». XIV, pari. 5). De plus, die fait niritre en nous Tamour d'un objet immuable et éternel (voyez la Propos, XV, part. 5), que nous possédons véritablement et avec plénitude (voyez la Propo$. XLV, part. 2); et cet amour épuré ne peut dès lors être souillé de ce triste mélange de vices que Tamour amène ordinairement avec soi ; il peut prendre des accroissements toujours nouveaux (par la Propos. XV, part. 5), occuper la plus grande partie de Tâme (par la Propos. XVI, part. 5) et s*y déployer avec étendue.

Les réflexions qui précèdent terminent ce que j'avais dessein de dire sur la vie présente. Chacun en effet pourra reconnaître que j'ai embrassé en peu de mots tous les remèdes qui conviennent aux passions, comme je Tai dit au commencement de ce Scholie , s'il veut bien faire attention tout ensemble à ce Scholie lai-mème, et à la Définition de Tâme et de ses passions, ainsi qu'aux Propositions l et IH, part. 3. — Le moment est donc venu de traiter de ce qui regarde la durée de l'àme considérée sans relation avec le corps.

Paopos. XXL Vàme ne peut rien imaginer, ni se souvenir d'aucmne chose passée, qu'à condition que le corps continue d'exister.

DénoNSTR. L'âme n'exprime Texistence actuelle du corps, et ne conçoit les affections du corps comme actuelles, qu'à condition que le corps cent inued'exisler (par leCoroll, de la Propos. Vin,part%); et en conséquence (par la Propos. XXVI, part. 2),- elle ne conçoit aucun corps comme existant en acte qu'à cette même condition: d'où il résulte encore qu'elle ne peut rien imaginer (voyez la Déf. de Vimagin. dans le Schol. de la Propos. XVII, part. 2), ni se souvenir d'aucune chose passée (voyez la Déf. de la mémoire au SchoL de la Propos. XVIII, part. 2), qu'à condition que le corps continue d'exister. G. Q. F. D.

Pbopos. XXIL Toutefois, il y a nécessairement en Dieu une idée qui exprime Vessence de tel ou tel corps humain sous le caractère de Vétemité.

DAmonstr. Dieu n'est pas seulement la cause de l'existenoe de tel ou tel corps humain, il l'est aussi de son essence {par la Propos. XXV, part. 4), laquelle doit en conséquence être conçue néca^sairement par l'essence môme de Dieu ipar l Axiome IV^part. I ,

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