‹ Œuvres de SpinozaChapitre 119 sur 199 · CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ

et cela en vertu d'une nécessité éternelle (par la Propos, XVI ^ part, \)\ d'où il suit [par la Propos, IJI, part, 2), que ce concept doit être nécessairement en Dieu. C. Q. F. D.

Propos. XXIIl. Uâme humaine ne peut entièrement périr avec le corps. Il reste quelque chose d'elle, quelque chose d'éternel,

DÉMONSTR. Il y a nécessairement en Dieu (par la Propos, précéd.) un concept ou une idée qui exprime l'essence du corps humain y et cette idée par conséquent est nécessairement quelque chose qui se rapporte à l'essence de l'âme (en vertu de la Propos. XIII, part. 2). Or, nous n'attribuons à l'âme humaine aucune durée qui se puisse déterminer dans le temps, si ce n'est en tant qu'elle exprime l'existence actuelle du corps, laquelle se développe dans la durée, et peut se déterminer dans le temps ; en d'autres termes (par le Coroll, de la Propos. VIII, part. 2], nous n'attribuons à l'âme une durée que pendant la durée du corps. Toutefois, comme ce qui est conçu par l'essence de Dieu avec une éternelle nécessité est quelque chose , ce quelque chose, qui se rapporte à l'essence de l'âme^ est nécessairement éternel (par la Propos, précéd,), C. Q. F. D.

ScHOL. Cette idée qui exprime l'essence du corps sous le caractère de réternité est, comme nous l'avons dit, un mode déterminé de la pensée qui se rapporte à l'essence de l'âme et qui est nécessairement éternel. Et cependant il est impossible que nous nous souvenions d'avoir existé avant le corps, puisqu*aucune trace de cette existence ne se peut rencontrer dans le corps , et que l'éternité no peut se mesurer par le temps , ni avoir avec le temps aucune relation. Et cependant nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels. L'âme, en effet, ne sent pas moins les choses qu*elle conçoit par l'entendement que celles qu'elle a dans la mémoire. Les yeux de l'âme, ces yeux qui lui font voir et observer les choses, ce sont les démonstrations. Aussi, quoique nous ne nous souvenions pas d'avoir existé avant le c^orps , nous sentons cependant que notre âme , en tant qu'elle enveloppe l'essence du corps sous le caractère de l'éternité, est éternelle, et que cette existence éternelle ne peut se mesurer par le temps, ou s'étendre dans la durée. Ainsi donc, on ne peut dire que notre âme dure et son existence ne peut être enfermée dans les limites d'un temps déterminé qu'en tant qu'elle enveloppe l'existence actuelle du corps ; et c'est aussi

à cette condition seulement qu'elle a le pouvoir de déterminer dans le temps Texistence des choses, et de les concevoir sous la notion de durée.

Propos. XXIV. Plus nous comprenons les choses particulières y et plus nous comprenortë Dieu,

DÉMONSTA. Cela est évident par le CoroU. de la Propos. XXV, part. 1.

Propos. XXV. L* effort suprême de V âme et la suprême vertu, &est de connaître les choses d'une connaissance de troisième genre.

DÉMONSTR. La connaissance du troisième genre va de Tidée adéquate d'un certain nombre d'attributs de Dieu à la connaissance aiéquate de l'essence des choses (voyez la Déf, renfermée dans le SchoL II de la Propos. XL, part. 2) ; et plus nous comprenons les choses de cette façon^ plus nous comprenons Dieu (par la Propos, précéd.); par conséquent (par la Propos. XXVI II, part, 4), la vertu suprême de l'âme, c'est-à-dire (par la Déf. VIII, part. 4}, sa puissance ou sa nature, ou enfin (par la Propos. V//, part. 3] son suprême efibrt, c'est de connaître les choses d'une connais* sance du troisième genre.

Propos. XXVI. Plus l'âme est propre à connaître les choses d'une connaissance du troisième genre, plus elle désire les oonnaftre de cette même façon.

DÉMO.NSTR. La chose est évidente ; car en tant que nous concevons rame comme propre à connaître les choses d'une connaissance du troisième genre, nous la concevons en même temps comme y étant déterminée, et par conséquent [par la Déf. I des passions^, plus l'âme est propre à ce genre de connaissance, plus elle le désire. C. Q. F. D.

Propos. XXVIL De ce troisième genre de connaissance naît pour Vâme le plus parfait repos dont elle puisse jouir.

DÉMONSTR. La suprême vertu de l'âme, c'est de connaître Dieu (par la Propos. XXVIII , part. 4) ; en d'autres termes , de connaître les choses d'une connaissance du troisième genre ( par la Proos. XXV, part. 5), et celte vertu est d'autant plus grande que l'âme use davantage de ce genre de connaissance (par la Propos. XXIV, part. 5). Par conséquent, celui qui connaît les choses de cette façon s'élève au comble de la perfection humaine, et par

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