‹ Œuvres de SpinozaChapitre 122 sur 199 · CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ

Propos. XXXV. Dieu s'aime soi-même dun omour inUelleetu^ infini,

DÉMONSTR. Dieu est absolument infini [par la Déf, F/, part. ^), Par conséquent (en vertu de la Déf, VI, part. 2) la nature de Dieu jouit d'une perfection infinie accompagnée [par la Propos. III ^ part. %) de l'idée de soi-même, à titre de cause {par la Propos. XI et VAx. /, part. \). Or, c'est cela même que nous avons appelé amour intellectuel dans le Coroll. de la Propos. XXXII, part. 5.

Propos. XXXVI. L amour intellectuel de Vâme pour Dieu (st r amour même que Dieu éprouve pour soi, non pas en tant qu'infini, mais en tant que sa nature peut s'exprimer par l essence de rdme humaine considérée sous le^aractère de V éternité ; en d'autres termes, Vamour intellectuel de Vâme pour Dieu est une partie de la^ mour infini que Dieu a pour soi-même,

DÉMONSTR. Cet amour de l'âme doit être rapporté à l'activité de l'àme ( par le Coroll. de la Propos. XXXII , part. 5 , et la Pro^ pos. III, part. 3). Cet amour est donc une action par laquelle l'âme se contemple soi-même , et qui est accompagné de l'idée de Dieu, à titre de cause [par la Propos. XXX 11^ pari. 4, et son Coroll.); en d'autres termes (par le Coroll. de la Propos. XXV, part. 1, et celui de la Propos. XI, part. 2], une action par laquelle Dieu, en tant qu'il peut être exprimé par l'âme humaine, se contemple soi-même, et qui est accompagnée de l'idée de soi-même ; par conséquent (en vertu de la Propos, précéd.) cet amour de l'âme est une partie de l'amour iuQni que Dieu a pour soi-même. C. Q. F. D.

Coroll. il résulte de là que Dicu^ en tant qu'il s'aime lui-mèmet aime aussi les hommes , et par conséquent que raQ»)ur de Dieu pour les hommes et l'amour intelleoluei des hommes pour Dieu ne soDt qu'une seule et même chose.

ScHQL. Ceci nous fait clairement comprendre en quoi consiste notre salut, notre béatitude, en d'autres termes notre liberté, savoir, dans un amour constant et éternel pour Dieu, ou, si Tcm veut, dans Tamoar de I^eu pour nous. Le& Saintes Éeriti»res donnent à cet amour, à cette béatitucte, le nom de gloire, et c'est avec ratsoo. Que Vou rapporte, en effet, cet amoor, soit à Dieu, soft à rânae, c'est toujours cette paix intérieure qui ne se dtsUagiie véritablement pas

de la gloire (voyez les Déf. XXV et XXX des passions). Si vous le rapportez à Dieu, cet amour est en lui une joie (qu'on me permette de me servir encore de ce mot), accompagnée de l'idée de lui-même (par la Propos, XXXV, part. 5) ; et si vous le rapportez à Tâme, c'est encore la même chose (par la Propos. XXVI I^ part, 5). De pluSj l'essence de notre âme consistant tout entière dans la connaissance, et Dieu étant le principe de notre connaissance et son fondement (par la Propos. XV, part. 4, et le Schol. de la Propos. XLVII, part. 2), nous devons comprendre très-clairement de quelle façon et par quelle raison l'essence et l'existence de notre âme résultent de la nature divine et en dépendent continuellement ; et j'ai pensé qu'il était à propos de faife id cette remarque , afin de montrer par cet exemple combien la connaissance des choses particulières, que j'ai appelée intuitive ou du troisième genre (voyez le Schol. Il delà Propos. XL, part. 2), est préférable et supérieure à la connaissance des choses universelle que j'ai appelée du second genre ; car , bien que j'aie montré dans la première partie d'une manière générale que toutes choses (et par conséquent aussi l'âme humaine) dépendent de Dieu dans leur essence et dans leur existence^ cette démonstration, si solide et si parfaitement certaine qu'elle soit, frappe cependant notre âme beaucoup moins qu'une preuve tirée de l'essence de chaque chose particulière et aboutis* sant pour chacune en particulier à la même conclusion.

Propos. XXXVII. Il n*y a rien dans la nature qui soit contraire à cet amour intellectuel ou qui le puisse détruire.

DÉMONSTR. Cet amour intellectuel résulte nécessairement de la nature de l'âme, en tant qu'on la conçoit comme une vérité étemelle et qu'on la rapporte à la nature de Dieu (par les Propos. XXXIll et XXIX , part. 5) . Si donc quelque chose se rencontrait qui fiU contraire à cet amour, elle serait contraire à la vérité, et par conséquent , en détruisant l'amour intellectuel , elle rendrait faux ce qui est vrai , ce qui est évidemment absurde. 11 n'y a donc rien dans la nature, etc. C. Q. F. D.

Schol. L'axiome de la quatrième partie se rapporte aux choses particulières, en tant qu'on les conçoit en relation avec un teni|i!$ et un lieu déterminés, et sous ce point de vue, je ne crois pas que personne le puisse contester.

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