‹ Œuvres de SpinozaChapitre 123 sur 199 · CLNQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CLNQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ

Pbopos. XXXVIIL a mesure que Vâme connait un plus grand nombre de choses d'une connaissance du second et du troisième genre , elle est moins sujette à pâtir sous V influence des affections mauvaises, et elle a moins de crainte de la mort.

DéMONSTR. L'essence de Tâme consiste dans la connaissance (par la Propos. XI, part. 2) ; par conséquent, à mesure qu'elle connaît plus de choses d'une connaissance du second et du troisième genre, une plus grande partie d'elle-même subsiste (par les Propos. XXIX et XXIII, part. 5), d'où il suit (par la Propos, précéd.) qu'une plus grande partie d'elle-même échappe à l'influence des passions contraires à notre nature, c'est-à-dire (par la Propos. XXX, part, i) des passions mauvaises. Ainsi donc, à mesure que l'âme connaît un plus grand nombre de choses d'une connaissance du second et du troisième genre , une plus grande partie d'elle-même se maintient sans altération, et, partant, est moins sujette à pâtir, elc. C. Q. F. D.

SciioL. Ceci nous fait comprendre un point que j'ai touché dans le Schol. de la Propos. XXXIX, part. 4, en promettant de l'expliquer complètement ici ; savoir: que la mort est d'autant moins nuisible que la connaissance claire et distincte de l'âme est plus grande, que l'âme aime Dieu davantage. De plus, puisque c'est de la connaissance du troisième genre que naît (parla Propos. XXVII, part. 5) la paix la plus parfaite dont l'âme soit capable de jouir, il en résulte que l'âme humaine peut être d'une nature telle que ce qui périt d'elle avec le corps (ainsi qu'on Va montré dans la Propos. XXI, part. 5 ] ne soit d'aucun prix en comparaison de ce qui continue d'exi&ter après la mort. Mais nous nous expliquerons bientôt sur ce point avec plus d'étendue.

Propos. XXXI X. Celui dont le corps est propre à un grand nombre de fonctions a une âme dont la plus grande partie est éternelle.

DÉMONSTR. Celui dont le corps est propre à un grand nombre de fonctions est moins sujet que personne au conflit des passions mauvaises (par la Propos. XXXVIII, part. 4), c'est-à-dire (par la Propos. XXX, part. 4) des passions contraires à nôtre nature ; et, par conséquent [en vertu de la Propos. X, part. 5), il a le pouvoir d'ordonner et d'enchainer les affections du corps suivant la

kû de renteadement , par cooséquent encore (eu vertu de is Fnpoi. XIV, part. 5) de faire que toutes les aflèctioos da corps le rapportent à l'idée de Dieu (par laPropoê, XV y parL 5). D sera donc animé de l'amour de Dien, lequel (par la Prùpoe. XVI, part. 5; doit occuper ou coostiluer la plus grande partie de l'âne ; d*oà il résulte en6n (par la Propo». XXXIII^ part. 5) que la plus grande partie de son âme sera éternelle. C. Q. F. D.

ScHOL. Les corps humains étant propres à on grand Bonbre de •fonctions, il n'y a aucun doute qu'ils puissent être d'une telle nature qu'ils correspondent à des âmes douées d'une grande connaissance d'elles-mêmes et de Dieu, et dont la plus grande partie ou la principale soit éternelle; des âmes, par conséquent, qui n'aient presque rien à craindre de la mort. Mais, pour comprendre tout cela plus clairement , il faut remarquer que nous vivons dans une variation continuelle, et, suivant que nous changeons en bien ou en mal, nous sommes heureux ou malheureui. On dit qu'un enfant est malheureux, quand la mort en fait un cadavre ; on appelle heureux, au contraire, celui qui dans le cours entier de sa carrière jouit d'une âme*saine dans un corps plein de santé. Et, en effet, a un corps comme celui de TenDant au berceau, ou déjà grandi, c'està-dire à un corps qui n'est propre qu'à un petit nombre de fonc* tiens et qui dépend principalement des causes extérieures, doit correspondre une âme qui n'a, considérée en soi, qu'une très-faible conscience, et de soi et de Dieu et des choses. Au contraire , ui corps propre à un grand nombre de fondions est joint à une àme qui possède à un très-haut degré, considérée en soi, la oonarience de soi et de Dieu et des choses. C'est pourquoi notre effort dans cette vie, c'est de transformer le corps de W tant que sa nature le comporte et y conduit , en un aolm corp} qui soit propre à un grand nombre de fonctions el rorrecpoMdi a une àme douée à un haut degré de la conscience de soi ei de Dirn et des choses; de telle sorte qu'en eHe ce qui est méamn ou imagtnntion n'ait, au regard de la pnrtie intelligente, prcayie aucun prix, conne nous l'avons déjà dit dans le Schol. de la Piepos. précédente.

hoMS. XL. Misua^ dboa^a âeperfeotim,fim^a9iietm»m éU péêit ; ety réetpro^mumU^ pkm cttr agitj pim elk eet parfmk.

CINQUIÈME PAimE, — DE LA LIBERTÉ. Î6?

DàMONsm. Plus une chose a de perfection, plus e1!e a de réalité (jwr rAwiofne VI, fart. 2), et en conséquence {par la Propos, fil, part. 3, et 9on Schol.), plus elle agit et moms elle pâtit ; et en ren-» versant Tordre de cette démonstration, i) en résulte qu^une chose esl d*autant plus parfaite qu'efle agit davantage. C. Q. F. D.

ConoLb. Il suit de cette Proposition que la' partie de notre ânrte qui aiirvit au corps, si grande ou si petite qu*e1le soit, est toujours plus parfaite que Tautre partie. Car la partie étemelle de Tâme ( par lês Propos. XXIII et XXIX, part. 5) , c'est Tentendement , par qtti seul nous agissons (en vertu de la Propos. III, part. 3) ; et celle qui périt, c'est rimagination (par la Propos. XXI, part. 5), priBcipe de toutes nos facultés passives (par la Propos. III, part. 3 et la Déf, génér. des passions) ; d'où il suit (par la Propos, précéd.) que oette première partie de notre âme , si petite qu'elle soit , est toujours plus parfaite que Tautre. C. Q. F. D.

ScHOL. Tels sont les principes que je m'étais proposé d'établir touchant l'âme, prise indépendamment de toute relation avec Texistence du corps. Il résulte de ces principes, et tout ensemble de la Propos. XXI , part. 4 , et de quelques autres, que notre âme, en tant qu'elle est intelligente^ est un mode éternel de la pensée, lequel est déterminé par un autre mode éternel de la pensée, et celui-ci par un troisième , et ainsi à l'infini ; de telle façon que tous ces modes pris ensemble constituent l'entendement étemel et infini de Dieu.

Propos. XLI. Alors même que nous ne saurions pas que noire âme est étemelle, nous ne cesserions pas de tenir pour les premiers objets de la vie humaine la piété, la religion, en un moi, tout ee qui se rapporte, ainsi qu'on Va montré dans la quatrième partie, à V intrépidité et à la générosité de rame.

DÉMONSTR. Le premier et unique fondement de la vertu ou de la conduite légitime de la vie, c'est (par le Coroll. de la Propos. XXII et la Propos. XXIV, part. 4) la recherche de ce qui est utile. Or, pour déterminer ce que la raison déclare utile â l'homme, nous n'avons point tenu compte de Téternité de l'âme, qui ne nous a été connue que dans cette cinquième partie. Ainsi donc puisqu'alors même que nous ignorions que l'âme est éternelle, iKMis tenions pour les premiers objets de la vie les vertus qui se

rapportent à rintrépidîté et à la générosilé de Tàme, il s'ensuit que si nous l'ignorions encore en ce moment, nous ne cesserions pas de maintenir les mêmes prescription» de la raison. C. Q. F. D.

ScHOL. Nous nous écartons ici, à ce qu'il semble, de la croyaoce vulgaire. Car la plupart des hommes pensent qu'ils ne sont libres qu'autant qu'il leur est permis d'obéir à leurs passions, et qu'ils cèdent sur leur droit tout ce qu'ils accordent aux Gommaodements de la loi divine. La piété, la religion et toutes les vertus qui se rapportent à la force d'âme, sont donc à leurs yeux des fardeaux dont ils espèrent se débarrasser à la mort, en recevant le prix de leur esclavage, c'est-à-dire de leur soumission à la religion et à la piété. Et ce n'est pas cette seule espérance qui les conduit; la crainte des terribles supplices dont ils sont menacés dans l'autre monde est encore un motif puissant qui les détermine à vivre, autant que leur faiblesse et leur urne impuissante le comporte, selon les commandements do la loi divine. Si l'on ôtait aux hommes cette espérance et cette crainte ; s'ils se persuadaient que les âmes périssent avec le corps, et qu'il n'y a pas une seconde vie pour les malheureux qui ont porté le poids accablant de la piété, il est certain qu'ils reviendraient à leur naturel primitif, réglant leur vie selon leurs passions, et préférant obéir à la fortune qu'à euxmêmes. Croyance absurde, à mon avis, autant que celle d*un homme qui s'emplirait le corps de poisons et d'aliments mortels, par cette belle raison qu'il n'espère pas jouir toute réternilé d'une bonne nourriture ; ou qui, voyant que l'âme n'est pas étemelle ou immortelle, renoncerait à la raison et désirerait devenir fou; toutes choses tellement énormes, qu'elles méritentàpeinequ'en s'en occupe.

Pbopos. XLII. La béatitude nest pas le prix de la vertu, ce$l la vertu elle-même ; et ce nest point parce que nous contenons nos mauvaises passions que nous la possédons, c*est parce que nous la possédons que nous sommes capables de contenir nos mauvaiffi passions,

DÉMONSTR. La béatitude consiste dans l'amour de Dieu (par h Propos, XXXVI j part, 5 et son Schol.), et cet amour naît de la connaissance ilu troisième genre (par le CorolL de la Propos. XXXU, jtart, 5), et en conséquence [par les Propos, LIX et ///, part, 3), il doit être rapporté à l'âme, en tant qu'elle agit. Cet

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