‹ Œuvres de SpinozaChapitre 13 sur 199 · PREMIERE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — DE DIEU

SOUS un attribut déterminé, et que, plus il a de réalité ou d'être , plus il a d'attributs qui expriment la nécessité ou l'éternité et l'infinité de sa nature? Et, par conséquent, n'est-ce pas aussi une chose très-claire que l'on doit définir l'être absolument infini ( comme on l'a fait dans la Déf. YI ) , savoir : Tétro à qui appartiennent une infinité d'attributs , dont chacun exprime une essence éternello et infinie? Que si quelqu'un demande quel sera donc le signe par lequel on pourra reconnaître la diversité des substances , il n'a qu'à lire les propositions suivantes, lesquelles établissent qu'il n'existe dans la nature des choses qu'une seule et unique substance , et que cette substance est absolument infinie ; et il verra de cette façon que la recherche d'un tel signe est parfaitement inutile.

Propos. XI. Dieu, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, existe nécessairement.

Demonstr. Si vous niez Dieu, concevez, s'il est possible, que Dieu n'existe pas. Son essence n'envelopperait donc pas l'existence (par VAx. VU). Mais cela est absurde (par la Propos. Vil). Donc Dieu existe nécessainement. C. Q. F. D.

Autre demonstr. Pour toute chose , on doit pouvoir assigner une cause ou raison qui explique pourquoi elle existe ou pourquoi elle n'existe pas. Par exemple , si un triangle existe , il faut qu'il y ait une raison , une cause de son existence. S'il n'existe pas , il faut encore qu'il y ait une raison, une cause qui s'oppose à son existence, ou qui la détruise. Or, cette cause ou raison doit se trouver dans la nature de la chose , ou hors d'elle. Par exemple , la raison pour laquelle un cercle carré n'existe pas est contenue dans la nature même d'une telle chose, puisqu'elle imphque contradiction. Et de même, si la substance existe, c'est que cela résulte de sa seule nature, laquelle enveloppe l'existence (voyez la Propos. VII). Au contraire, la raison de l'existence ou de la non-existence d'un cercle ou d'un triangle n'est pas dans la nature de ces objets, mais dans l'ordre de la nature corporelle tout entière ; car il doit résulter de cet ordre, ou bien que déjà le triangle existe nécessairement, ou bien qu'il est impossible qu'il existe encore. Ces principes sont évidents d'eux-mêmes. Or, voici ce qu'on en peut conclure : c'est qu'une chose existe nécessairement quand il n'y a aucune cause ou U. 2

raison qui l'empêche d'exister. Si donc il est impossible d'assigner une cause ou raison qui s'oppose à l'existence de Dieu ou qui la détruise, il faut dire que Dieu existe pécessairement. Or, pour qu'une telle cause ou raison fût possible , il faudrait qu'elle se rencontrât soit dans la nature divine, soit hors d'elle, c'est-à-dire dans une autre substance de nature différente; car l'imaginer dan» une substance de même nature, ce serait accorder l'existence de Dieu. Maintenant, si vous supposez une substance d'une autre nature que Dieu, n'ayant rien de commun avec lui, elle ne pourra (par ûi Propo$. il) être cause de son existence ni la détruire. Puis donc qu'on ne peut trouver hors de la nature divine une cause ou raison qui i'empêcbe d'exister, cette cause ou raison doit donc être cherchée dans la nature divine elle-même, laquelle, dans cette hypothèse, devrait impliquer contradiction. Mais il est absurde d'imaginer une contradiction dans l'être absolument infini et sou^ verainement parfait. Concluons donc qu'en Dieu ni iiors de Dieu il n'y a aucune cause ou raison qui détruise son existence, et, partant, que Dieu existe nécessairement.

AiTTRE DÉMONSTR. Pouvoir uo pas exister, ciest évidemment une impuissance ; et c'est une puissance , au contraire , que de pouvoir exister. Si donc l'ensemble des choses qui ont déjà nécessairement l'existence ne comprend que des êtres finis, il s'ensuit que des êtres finis sont plus puissants que Tétre absolument infini , ce qui est de soi parfaitement absurde. Il faut donc, de deux choses l'une, ou qu'il n existe rien, ou, s'il existe quelque chose, que Têtre absolu* ment infini existe aussi. Or nous existons, nous, ou bien en nousmêmes, ou bien en un autre être qui existe nécessairement ( voir l\ix, I\ etla PropoB. VU ), Donc TÊtre absolument infini, en d'autres termes (par la Déf. 17] Dieu existe nécessairement. C^Q.F.D.

ScHOL. Dons cette dernière démonstration, j'ai voulu établir Texistence de Dieu a pof>teriori, alin de rendre la chose plus facilement concevable; mais ce n'est pas à dire pour cela que lepstence de Dieu ne découle a priori du principe même qui a été pesé. Car, puisque c'est une puiièsance que de pouvoir exister, il s ensuit qu'a mesure qu'une réalité plus grande convient à hi nature d'une chose, elle a de soi d autant plus de force pour exister; et par conséquent, TÈtre absolument inhni ou Dieu a de soi une puissaaos

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