‹ Œuvres de SpinozaChapitre 14 sur 199 · PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU

infinie d'exister, c'est-à'dire existe absolument. Et toutefois plusieurs peut-être ne reconnaîtront pas aisément l'évidence de cette déirtonstration , parce qu'ils sont habitués à contempler exclusivement cet ordre de choses qui découlent de causes extérieures , et à voir facilement périr ce qui naît vite, d'est-à-dire ce qui eiiste facilement; tandis qu'au contraire ils pensent que les choses dont la nature est plus complexe doivent être plus difficiles à faire, c'està-dire moins disposés à l'existence. Mais pour détruire ces préjugés, je ne crois pas avoir besoin de montrer ici en quel sens est vraie la ibâiiftie : Ce qui naît aUém^t, périt de même; ni d^xamlner s'il n'est pas vrai qu'à considérer la nature entière, toutes choses existent ôvec une égalé facilité; Il me suffit de faire remarquer que je hé parle pas ici des choses qui naissent de causés extérieures , mais des seules substances, lesquelles (par la Propoé. VI) ne peu-* vent être produites par aucune cause de ce genre. Les choses, en effet, qui naissent des causes extérieures, soit qu'elles se cottiposent d'un gratid nombre ou d'un petit nombre de parties, doivent tout ce qu'elles ont de perfection ou de réalité à la Vertu de la cause qui les produit ; et par conséquent leur existence dérive de la perfection de cette cause ^ et non de la leur. Au contraire, tout ce qfu'Une substance a de perfection, elle ne le doit à aucune cause étrangère; et c'est pourquoi son existence doit aussi découler de sa seule na*tare ^ et n'ètfe autre chose que son essence elle-même. Ainsi donc la perfection n'ôte pas Texistence , elle la fonde. C'est l'imperfection qui la détruit; et il n'y a pas d'existence dont nous puissions être plus certains que de celle d'un être absolument infini ou parfait, savoir. Dieu; car son essence excluant toute imperfection, et enveloppant la perfection absolue , toute espèce de doute sur son e%\^ tence disparaît , et il suffit de quelque attention pour reconnaître que la certitude qu'on en possède est la plus haute certitude.

Pftopos. XIL On ne peut eoncevoir siêUm sa véritable nature aucun attribut de la êubstance duquel il résulte que la êubêtance êoit divisiblei

Si vous supposez, en effet, la substance divisible, les parties que vous obtiendrez en -la divisant retiendront ou non la nature de la substance. Dans le premier cas, chacune d'elles devra être infinie [par la Propos. VI 11)^ cause de soi [par la Propos. V/), et con-

stituée par un attribut propre; et par suite, d'une seule substance, il pourra s'en former plusieurs , ce qui est absurde ( par la Propos. VI), Ajoutez que ces parties (en vertu de la Propos. H) n'auront rien de commun avec le tout qu'elles composent, et que le tout {par la Déf. IV, et la Propos. X) pourra exister et être conçu indépendamment de ses parties, conséquence dont personne ne peut contester l'absurdité. Dans le second cas, c'est-à-dire si les par-* ties ne retiennent pas la nature de la substance, il en résultera que la substance , quand on la divisera tout entière en parties égales , perdra sa nature et cessera d'être, ce qui est absurde (par la Propos. VII).

Propos. XIII. La substance absolument infinie est indivisible,

DÉifONSTR. Si elle était divisible, en effet, les parties qu'on obtiendrait en la divisant, retiendraient ou non la nature de la substance absolument infuiie. Dans le premier cas« on aurait plusieurs substances de même nature, ce qui est absurde (par la Propos. V). Dans le second cas, la substance absolument infinie pourrait, comme on l'a vu plus haut , cesser d'être , ce qui est également absurde (par la Propos. XI).

CoaoLL. Il suit de ces principes qu'aucune substance, et conséquemment aucune substance corporelle, n'est divisible en tant que substance.

ScHOL. Que la substance soit indivisible, c'est ce que l'on comprendra plus simplement encore , par cela seul que la nature de la substance ne peut être connue que comme infinie , et qu'une partie de la substance ne signifie autre chose qu'une substance finie, ce qui implique évidemment contradiction (par la Propos. VIII).

Propos. XIV. Il ne peut exister étonne peut concevoir aucune autre substance que Dieu.

DÉMONSTR. Dieu est l'être absolument infini duquel on ne peut exclure aucun attribut exprimant l'essence d'une substance (par la Déf. K/), et il existe nécessairement (par la Projtos. X/* ). Si donc il existait une autre substance que Dieu, elle devrait se développer par quelqu'un des attributs de Dieu , et de cette façon , il y aurait

1. Paulat renvoie ici à la Propos. XII. — Je renvoie avec Gfrœrer à la Propos. XI, qui est évidemment indiquée par Spinoxa.

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