‹ Œuvres de SpinozaChapitre 130 sur 199 · Voycx V Ethique, part. 1, Joiqu'à la Propos. IX · texte numérisé non relu

Voycx V Ethique, part. 1, Joiqu'à la Propos. IX

LETTRES DE SPIXOZA, e(c. 321

véritable nature de Tâme humaine ; le troisième, de n'avoir pas saisi la vraie cause de l'erreur. Trois points dont la véritable connaissance est si nécessaire, qu'il faudrait être entièrement dépourvu d'études et d'instruction pour ne pas en être frappé. Que ces philosophes se soient égarés dans la connaissance de la cause première et de l'âme humaine , c'est ce qu'il est aisé de conclure de la vérité des trois propositions rappelées plus haut. Je m'occuperai donc uni-» quement de montrer combien est fondé le dernier reproche que je leur adresse.

Je ne dirai qu'un mot de Bacon , qui parle un peu confusément sur cette matière. Cet auteur ne prouve presque rien, et ne fait guère que raconter ses opinions ; car il suppose , premièrement , que l'esprit humain, sans parler des sens et de leurs tromperies, est trompé par sa nature même, et compose ses connaissances suivant l'analogie de sa nature propre, et non suivant l'analogie de l'univers, comme un miroir qui réfléchit mal les rayons émanés des objets et môle sa nature à celle des choses , etc. Une seconde cause d'erreur, suivant Bacon, c'est que l'esprit humain est porté» par sa nature, aux généralités abstraites, et transforme des choses passagères en lois invariables , etc. Une troisième cause d'erreur, c'est que l'esprit humain prend sans cesse des accroissements et ne peut s'arrêter ni se satisfaire. Ënfln, toutes les autres causes d'erreur qu'il assigne encore se peuvent facilement réduire à cette cause unique, reconnue par Descartes, savoir : que la volonté de l'homme est libre et plus étendue que son entendement, ou, comme Bacon le dit (aph. 49) avec plus de confusion, que l'entendement n'est pas éclairé d'une lumière pure i, mais d'une lumière offusquée par les nuages qu'y répand la volonté (il est bon de remarquer ici que Bacon prend souvent l'entendement pour l'âme, en quoi il diffère de Descartes). Or je montrerai que cette cause d'erreur, en laissant de côté les autres comme sans intérêt, est fausse ; et c'est ce que ces philosophes eux-mêmes auraient aisément aperçu s'ils avaient seulement fait attention que la volonté diffère de telle ou telle volition, de la même manière que la blancheur de telle ou telle couleur blanche, l'humanité de tel ou tel individu hu-

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