‹ Œuvres de SpinozaChapitre 144 sur 199 · La XXIII« 4it Opp, pMih · texte numérisé non relu

La XXIII« 4it Opp, pMih

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forme d'une loi ou d'un droit émané de Dieu même , soit qu*ite ne la prennent pas, n'en sont pas moins des préceptes divins et salu-* taires ; et, quant aux biens qui résultent de la vertu et de Famour de Dieu , soit que nous les recevions des mains d'un Dieu qui nous juge , soit qu'ils émanent de la nécessité de la nature divine , en sontr-ils, dans l'un ou l'autre cas, moins désirables ? Et de même, les maux qui résultent des actions ou des passions mauvaises sont* ils moins à craindre parce qu'ils en résultent nécessairement? En un mot, que nos actions s'accomplissent sous la loi de la nécessité ou sous celle de la contingence, n'est-ce pas toujours respéraoce et la crainte qui nous conduisent?

Les hommes ne sont inexcusables devant Dieu par aucune autre raison sinon qu'ils sont en la puissance de Dieu comme l'argile en celle du potier, qui tire de la môme matière des vases destinés à un noble usage et d'autres à un usage vulgaire. Veuillez, Monsieur, méditer un peu ces pensées, et je m'assure, par l'expérience que j'en ai faite avec plusieurs personnes, que vous trouverez sans difficulté de quoi répondre aux objections vulgaires.

J'ai considéré la foi aux miracles et l'ignorance comme choses équivalentes, par la raison que ceux qui prétendent établir l'existence de Dieu et la religion sur les miracles prouvent une chose obscure par une chose plus obscure encore et qu'ils ignorent au suprême degré ; de façon qu'ils inventent une espèce d'argumentation jusqu'à présent inconnue , qui consiste à réduire son contradicteur, non pas à l'impossible, comme on dit, mais à l'ignorance ^ Du reste, je crois avoir expliqué assez clairement, si je ne me trompe, mon sentiment sur les miracles, dans le Traité théologico-politique. Je n'ajouterai donc qu'un mot. Veuillez remarquer. Monsieur, que Jésus-Christ n'est point apparu, après sa mort, au sénat, ni à Pilate, ni à aucun inûdèle , mais seulement aux saints ; considérez aussi que Dieu n'a ni côlé droit ni côté gauche; qu'il n'est point dans un certain lieu, mais qu'il est présent en tout lieu par son essence ; que la matière est partout la même ; que Dieu ne se manifeste point hors du monde dans ces espaces fantastiques

1. Pour plut ample explication de ce passage, Toyex VStkiqtiê, p«rt. l, Ap* pendiee.

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qu*on imagine ; enfin que le corps humain est retenu en des limites déterminées par le seul poids de Tair ; et, si vous pesez toutes ces raisons ensemble, vous reconnaîtrez qu'il en a été de l'apparition de Jésus4Ihrist à ses apôtres à peu près comme dç celle de Dieu à Abraham quand celui-ci vit deux hommes et les invita à dîner ^ Vous me direz que tous les apôtres ont cru à la résurrection et à l'ascension réelle de Jésus-Christ ; et je suis très-loin de le nier. Mais Abraham crut aussi que Dieu avait dîné chez lui, et tous les Israélites furent convaincus que Dieu était descendu sur le mont Sinaï dans une enveloppe de feu et leur avait directement parlé ; bien que toutes ces apparitions, toutes ces révélations ne soient que des moyens que Dieu a employés pour se mettre à la portée de rinteliigence et des opinions des hommes et leur faire connaître ses volontés. Je conclus donc que la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts est au fond une résurrection toute spirituelle, révélée aux seuls fidèles selon la portée de leur esprit ; par où j'entends que Jésus-Christ fut appelé de la vie à l éternité, et qu'après sa passion il s'éleva du sein des morts (en prenant ce mot dans le même sens 011 Jésus-Christ a dit* : Laissez les morts ensevelir leurs morts), comme il s'était élevé par sa vie et par sa mort en donnant l'exemple d'une sainteté sans égale. Dans ce même sens, il ressuscite ses disciples d'entre les morts, en tant qu'ils suivent l'exemple de sa mort et de sa vie. Et je ne crois pas qu'il fût difficile d'expliquer toute la doctrine de TÉvangile à l'aide de ce système d'interprétation. — J'irai plus loin : il n'y a, selon moi, que ce système qui puisse donner un sens au chap. xv de l'Épître I aux Corinthiens, et faire comprendre les arguments de Paul , qui dans le système communément reçu paraissent bien faibles et bien aisés à réfuter. Et je ne veux même pas msister ici sur ce que les chrétiens ont pris au sens spirituel tout ce que les Juifs entendaient charnellement. Je reconnais avec vous, Monsieur, la faiblesse humaine ; mais permettez-moi de vous demander si nous avons, nous faibles mortels , une connaissance de la nature assez grande pour être en état de déterminer jusqu'où s'étend sa force et sa puissance , et ce qui

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