‹ Œuvres de SpinozaChapitre 17 sur 199 · PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU

son rapport à Dieu {en vertu de la Propos. XV), d'où il suit (par le Çoroll. I de la Propos, XVI «) que Dieu est la cause des choses qui sont en lui; voilà le premier point. De plus, si vous ôtez Dieu , il n'y a aucune substance [par la Propos. XIV), c'est-àdire {par la Déf. III) aucune chose qui, hors de Dieu, existe en soi ; voilà le second point. Donc , Dieu est la cause immanente et et non transitoire de toutes choses.. G. Q. F. D.

Propos. XIX. Dteu est étemel; en d' autres termes, tùus les attri^ buts de Dieu sont éternels.

DÉMONSTR. Dieu en effet {par la Déf. VI) est une substance , laquelle (par la Propos. XI) existe nécessairement, c'est-à^iré {par la Propos. VII) à la nature de laquelle il appartient d'exister, OU ce qui est la même chose , dont l'existence découle de la seule définition; Dieu est donc éternel {par la Déf, VIII). De plus, que faut-il entendre par les attributs de Dieu? Ce qui exprime Tes-* sence de la substance divine; en d'autres termes {par la Déf. IV), ce qui appartient à la substance. C'est là , dis-je , ce qui doit être enveloppé dans les attributs. Or, l'éternité appartient à la nature de la substance {comme je viens de le prouver en m' appuyant sur la Propos. VII). Donc, chacun des attributs de la substance doit envelopper Tétemité, et tous par conséquent sont étemels. C. Q. F. D.

ScHOL. Cette proposition devient aussi très-clairement évidente à l'aide de la démonstration que j'ai donnée {Propos. XI) de l'existence de Dieu. Il résulte en effet de cette démonstration que l'existence de Dieu , comme son essence , est une vérité éternelle. Ajoutez que j'ai donné ailleurs {Princ. de Descartes, Propos. XÏX) une autre preuve de l'éternité de Dieu, qu'il est inutile de répéter ici.

Propos. XX. L'existence de Dieu et son essence sont une seule et même chose.

DÉttONStR. Dieu et tous ses attributs sont éternels {par la Propos é précédente) ; en d'autres termes {par la Déf. VIII), chacun de» attributs de Dieu exprime l'existence. Par conséquent, ces mêmes attributs qui (par la Déf. IV) expriment son essence éternelle, expriment en même temps son éternelle existence ; en d'autres ter^

1. Paulus et Gfrœrer renvoient ici au CoroU. de la Propos. VI ; c'est certaine» ment une erreur; il semble évident que Spinoza a voulu s*appuyer en cet endroit sur le Coroll. I de la Propos. XVI.

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meë, ce qui constitue TesseDoe de Dieu constitue €Xi méaiie temp^ son existence, et par conséquent ces deux choses n*en font qu'une.

CoBOix. I. Il suit de là premièrement, que Texistence de Dieu, comme son essence, est une vérité étemelle.

ConoLL. II. Secondement, que l'immutabilité appartient à Dieu, autrement dit à teus les attributs de Dieu. Car s'ils changeaient sous le rapport de Texisteoce, ils devraient aussi (par la Propos, précédente) changer sous le rapport de l'essence, ou ce qui revient évidemment au même et ne peut se soutenir , de vrais ils deviendraient faux.

Propos. XXI. Tout ee qui découle da la nature absolue d'un attribut de Dieu doit être étemel et in^ni, en d'autree terme$, doit posséder par son rapport à cet attribut Véternité et l'infinité.

DkMONSTii. Si vous niez qu'il en soit ainsi, concevez, autant que possible, dans un des attributs de Dieu, quelqi^e chose qui découle de la naturo absolue de cet attribut, et qui néanmoins soit finie ai ne possède qu'une existence ou une durée déterminées ; par exemple, dans Tattribut de la pensée, Tidée de Dieu. La pensée» puis^ qu'on la conçoit comme un attribut de Dieu , est nécessaifeaieBi inânie de sa nature (par la Propos XI). Mais, eo tant qu'ell« contient Tidée de Dieu, on la suppose finie. Or (par la Déf. Il), elle ne peut être finie si elle n'est bornée par la pensée elle-rmôine. Ce ne sera pas par la pensée ^n tant qu'elle constitue l'idée de Dieu, puisque la pensée, ainsi considérée, est finie suivant Thypo* thèse. De sera donc par la pensée, en tant qu'elle ne eoostkue pas ridée de Dieu; et toutefois, la pejisée (par la Propos, XI) doit exister nécessairement. On ^lura dooc ainsi une pensée qui ne cœ» stitue pas l'idée de Dieu, d'eu il suit que l'idée de Dieu ne découle pas de sa nature . en tant qu'elle est la pensée absolue ( puisqu'on la conçoit également comme constituant et ne constituant pas l'idée de Dieu), ce qui est contre l'hypothèse. Ainsi donc , s| l'idée de Dieu dans l'attribut de la pensée, ou toute autre chose qu'on voudra supposer dans un attribut quelconque de Dieu (car la démonstration est universelle) découle nécessairement de ta nature absolue de cet attribut , elle doit être nécessairement infinie. Voilà pour la première partie de Içi Proposition.

ie dis maintenant qu'une chose qui suit QéceaaatreneBt de la

PREMIÈRE PARTIS. -^ DE DIEU. It

nerture d'un attribut de Dieu tie peut avoiï une durée déterminée; Si vous le fiiez , supposez dans un âtlribht de Died une chose qui suive néce5sai^ement de la nature de cet attribut, par exemple, dans Fattribut de la pensée, l'idée de Dieu, et supposez tout eniemble que c^tté idée n'ait pas existé en un certain temps ou doive ne pas exister; La pensée étant donnée domme un attribut de Dieu, elle doit exister éternelle et immuable [par la Propos. XI et le VofùU. ÎI de la Prapos. XX). Eh conséquence, par delà les limites de la durée de l'idée de Dieu (car elle n'a pas toujours existé par hypothèse et n'existera pas toujours )j la pensée devra exister i^ans l'Idée de Dieu; Or) cela est contre la supposition , puisqu'il a été admis que l'idée de Dieu suivait nécessairement de la nature de la pensée. Donc l'idée de Dieu dans la pensée, et toute autre chose quelconque qui soit nécessairement de la nature absolue d'un attribut de Dieu ne peut avoir une durée déterminée, et doit, par soti rapport à cet attribut, posséder l'éternité. C'est la seconde partie de la Démonstration. Notez que notre principe est également vrai de toute chose quelconque qui ^ dans un attribut de Dieu, suit nécessairement de la nature absolue de Dieu.

Phopo9< XXII. Quand une chose découle de quelque * attribut divin, en tant qu'il est affecté d'une certaine modification dont Vexistence est par cet attribut même nécessaire et infinie^ cette chose doit être aussi nécessaire et infinie dans son existence.

DÉilo»fSTh: Pour démontrer cette proposition^ on procède de la même façon que pour la précédente.

' Propos. XXIII. Tout mode dont Vexistence est nécessaire éi infinie a dû nécessairement découler, soit de la nature absolue de quelque attribut de Dieu, soil de quelque attribut affecté d'une mo^ dificaiion nécessaire et infinie.

DéMOMSTA. Tout mode existé) non en soi^ mais dans une autre chose, par laquelle il est nécessairement conçu (en vertu de la Déf, V)f c'est-à-dire (en vertu de la Propos. XV) qu'il existe en Dieu seul, et ne peut être conçu que par son rapport à Dieu. 8t donc un mode est conçu comme nécessaire et infini, ce ne peut être que par son rapport à quelque attribut de Dieu, en tant que

1. Paulus et Gfrœrer donnent alto qui ne s'entend pas. Je lis aliquo , comme dans Vedit. de l6Tf .

cet attribut lui-même exprime Tinfinité et la nécessité ou {ce qui est la même chose par la Déf. VIII) Téternité de l'existence , eo d'autres termes (par la Déf» VI et la Propos. XIX) , en tant que cet attribut est considéré d'une manière absolue. En conséquence, un mode, dont l'existence est nécessaire et infinie, a , dû découler de la nature absolue de quelque attribut de Dieu ; et cela , soit immédiatement [voir la Propos. XXI)^ soit par l'intermédiaire de quelque modification qui suit elle-même de la nature absolue de cet attribut, c'est-à-dire [par la Propos, précédente) qui est uéces^ saire et infinie. C. Q. F. D.

Propos. XXIV. Lessence des choses produites par Dieu n'enve^ loppe pas Vexistence.

DÉMONSTR. Cela est évident par la Déf. I. En effet, une chose, dont la nature (prise en soi) enveloppe l'existence, est cause de soi, et existe par la seule nécessité de sa nature.

CoROLL. Il suit de là, que Dieu n'est pas seulement la cause par qui les choses commencent d'exister ; mais celle aussi qui les fait persévérer dans l'existence, et (pour employer ici un terme scholastique) Dieu est la cause de Vétre des choses (causa essendi). En effet, alors même que les choses existent, chaque fois que nous regardons à leur essence, nous voyons qu'elle n'enveloppe ni l'existence, ni la durée ; par conséquent, elle ne peut être cause, ni de l'une, ni de l'autre, mais Dieu seiri, parce qu'il est le«seul à qui il appartienne d'exister {par le Coroll, Idela Propos» XIV), C. Q. F. D.

Propos. XXV. Dieu n'est pas seulement la cause efficiente de Vexistence des choses, mais aussi de leur essence.

DÉMONSTR. Si vous nicz cela. Dieu n'est donc pas la cause de l'essence des choses; par conséquent (en vertu de VÀx, IV) l'essence des choses peut être conçue sans Dieu , ce qui est absurde (par la Propos, XV). Dieu est donc la cause de l'essence des dioses.

SrHOL. Cela résulte plus clairement encore de la Propos. XVI, par laquelle, la nature divine étant donnée, l'essence des choses, aussi bien que leur existence, doit s'en conclure nécessairement, et, pour le dire d'un seul mot, au sens où Dieu est appelé cause de soi, il doit être appelé causé de ^ut le reste, ce qui d'ailleurs va ressortir avec la dernière clarté du Corollaire suivant.

CoROLL. Les choses particulières ne sont rien de plus que les

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