‹ Œuvres de SpinozaChapitre 18 sur 199 · PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU

affections des attributs de Dieu, c'est-à-dire les modes par lesquels les attributs de Dieu s'expriment d'une façon déterminée. Cela est évident par la Propos. XV et la Déf. V.

Propos. XXVI. Toute chose, déterminée à telle ou telle action, y a nécessairement été déterminée par Dieu; et, si Dieu ne détermine pas une chose à agir, elle ne peut s'y déterminer elle-même.

DÉMONSTR. Ce qui détermine les êtres à telle ou telle action est nécessairement une chose positive (cela est évident de soi-même) ; en conséquence, pieu, par la nécessité de sa nature, est la cause efficiente de l'existence et de l'essence de cette chose (en vertu des Propos, XXV et XVI) ; ce qui suffit pour établir la première partie de notre Proposition. Or, la seconde partie en est une suite trèsmanifeste. Car, si une chose que Dieu ne détermine pas pouvait se déterminer elle-même, la démonstration qui vient d'être faite serait fausse, ce qui est absurde. C. Q. F. D.

Propos. XXYII. Une chose, qui est déterminée par Dieu à telle ou telle action, ne peut se rendre elle-même indéterminée.

DÉMONSTR. Cette proposition est évidente par l'Axiome m.

Propos. XXVIII. Tout objet individuel, toute chose, quelle qu'elle soit, qui est finie et a une existence déterminée, ne peut exister ni être déterminée à agir si elle n'est déterminée à l'existence et à l'action par une cause; laquelle est aussi finie et a une existence déterminée; et cette cause elle-même ne peut exister ni être déterminée à agir que par une cause nouvelle, finie comme les autres et déterminée comms elles à l'existence et à l'action; et ainsi à l'infini.

DÉMONSTR. Tout ce qui est déterminé à exister et à agir, c'est Dieu qui l'y détermine (par la Propos, XXVI et le Coroll, de la Propos. XXIV), Or, une chose finie et qui a une existence déterminée n'a pu être produite par la nature absolue d'un des attributs de Dieu ; car tout ce qui découle de la nature absolue d'un attribut divin est infini et éternel (par la Propos. XXI). Par conséquent, cette chose a dû découler de Dieu ou d'un de ses attributs, en tant qu'on les considère comme affectés d'un certain mode, puisque au delà de la substance et de ses modes, il n'y a rien (par l'Ax. I, elles Déf. II! et V)^ et que les modes (par le Coroll. de la Propos, XXV) ne sont que les affections des attributs de Dieu. Or, la chose en question n'a pu découler de Dieu ou d'un attribut

de DieU) en tant qu'afi^ctés d'une modificatiëti étëhiellë et tiiRhi^ (par la Propos, JCXIl). Donc elle a dû découler de Dlëli ou d'un attribut de Dieu, en tant qu'afTectés d'une modification finie et déterminée dans son ekislence Voilà le premier point. Maintenant, cette cause ou ce mode, auquel nous venons d'aboutir, a dû (pdr Id même raison qui vimt d'être expli'qnée) être détetininée pst utl âutltl mode, également fini et déterminé datft son enistence, et coltti-ci par un autre encore (en vertu de la même raison) ^ et ainsi jii9C)u*à l'infini (toujours par la même raison), G. Q. F* Di

ScHOL. Comme il est nécessaire que certaines cYioses aient été produites immédiatement par Dieu^ c'est à savoir celles qui dét3oUlent nécessairement de sa nature absolue, saiis autre intermédiaire que ces premiers attributs qui ne peuvent être ni être conçus sans Dieu ; il suit de là t premièrement^ que Dieu est la i^ause absolument prochaine des choses qui sont immédiatement produites par lai ; absolument proiihaine, dis^je^ et non générique, ooinme an dit; car les effets de Dieu ne peuvent être ni être conçus sans leur cause (par la Propos. XV et k CorolL de la Propos-. XXIV) : secondement, que Dieu ne peut être appelé propt*ement la cause éloigtiée des choses particulières, si ce n'est afih de distinguer cet ordre de tshoses de celles que Dieu produit immédiatement^ ou plutôt qui suivent de sa nature absolue. Par cause éloignée) en efifët^nous entendons une eause qui n'est liée en aucune façon avec son effet. Or tout ce qui est est en Dieu et dépend tellement de Dieu qu'il ne peut étr« ni être conçu sdns lui*

Pbopos. XXIX. il n'y a rien de contingent dans la natun des êtres; toutes chbsiss ait contraire sont dét9rminies par la nécesêité ds la nature divine à exister et à agir d'une manière donnée.

DéMORSTR. Tout ce qui est est en Dieu (par la Propos. XV). Or, Dieu ne peut être appelé chose contingente, puisqu'il ekiste^ noo pas d'une façon contingente, mais nécessairement (par la Propos. XI). De même encore les modes de Dieu ont découlé de k nature divine, non pas d'une façon contingente, mais nécessaire*ment {parla Propos. XVI), et cela, soit que Ton considère la na^ tare divine en elle*méme (par la Propos. XXI), soit qu'on la considère en tant qu'elle est déterminée d'une certaine maniéré à agir (par la Propos, XXVII). Ainsi donc, Dieu est ia cause de tous ces

PREMIÈRE PAStlË. =^ DE DIEU. Si

moH^j DOtH-seblêmëiit ed tant (|u1te etidtéht ^urèinënt et ^lrn|)le~ teetit (ptff leCûroU. rie la Pfopes. :^jr/F), mais aussi en tant qu'Ori les connaît comrtie délerhiiliés à telle ou telle action (par IH Pfopoii XXVI). Que si Dieu ne les délerinihe en aucune façon; tobte détermination qu'dti leur attribuera, sëra^ non pas une dliose contingeate^ mais tiHe chose iihpossible [pat là même Plropoà.), et aU contraire) si Dieu leâ déterttiine de quelque façon; supposer qii'ils se rendent eun-mémes ihdéterminés, ce tie sera pas supposer une eho&e contiDgetite ; mais une chose inipossible. I^ar cohséqtieht, toutes choses sont déterminées par là nécessité de la nature divihe^ non-seuletnent à exister, mais aussi à exister et à agir d'une ma-^ nière donnée; et il n'y a rien de contingent. C. Q. F. D.

ScHOb. Avant d'aller plus loiU) je veux étpliqlter ici oii plutôt faire réinârquer ce qu'il faut entendre par NdtHte mtHranîe et pah Nature nàturée: Car je suppose qù'ea a suffisathinent recohini par ce qui précède, que par nature natyrante, on doit entehdre ce qui est eh soi et est conçu par soi, ou bien les attributs de la substance^ qtii expriment une essence éternelle et InRnie; c'est-à-dire (par h' GwrùU. i delà Propos, XIV et le Coroll. Il de là Propm. XVI) Dieu, eh teht qu'on le considère comme cause libre.

J'entends, au contraire, par nature naturée tout ce qui suit de Uk nécesdité de la nature divine, ou dé chacun des attributs de Dieu; en d'autres termes, tous les modes des attributs de DieU; eh tant qu'on les considère comme des choses qui sont en Dieu et ne peuvent être ni être conçues sahs Dieu.

Propos. XXX.- Un entendement fini du infini en acte ^ doit comprendre lés attributs de Dieu et les affections, de Dieui et rien de plus,

DÉHo^'BTR. Une idée vraie doit s'accorder avec son objet (par VAx. VI), c'estrà-dire évidemment que ce qui est contenu objectivement dans l'entendement doit exister dans la nature. Or, dans la nature (par le Coroll. I delà Propos. XIV) il n'y a qu'uhe substance, savoir Dieu ; et il n'y a d'autres affections (par la Propos. XV) que celles qui sont en Dieu, et ne peuvent être ni être conçues sans Dieu (par la mé,ne Propos.). Donc, un entendement fini ou infini en acte doit comprendre les attributs de Dieu et le<^ affections de Dieu et rien de plus. C. Q. F. D.

Propos. XXXI. Lenl^ndement en acte, soit fini, soit infini, comme, par exemple, la volonté, le désir, l'amour, etc., se doivent rapporter à la nature naturée, et non à la naturante.

DÉMONSTB. Par entendement, en effet, nous ne désignons évi^ demment pas la pensée absolue, mais seulement un certain mode de penser ; lequel mode diffère des autres, tels que le désir, Tamour, etc., et en conséquence, doit être conçu par son rapport à la pensée absolue (en vertu de la Déf, V) ; et ainsi [en vertu de la Propos. XV et de la Déf. VI) c'est par son rapport à un attribut de Dieu, exprimant Tessence éternelle et infinie de la pensée, que l'entendement doit être conçu, de telle façon que, sans cet attribut, il ne puisse être ni être conçu. Donc (par le scholie de la Pro-^ pos. XXIX) il doit être rapporté à la nature naturée, et non à la naturante, tout comme les autres modes de la pensée. C. Q. F. D.

ScHOL. Si je parle ici d'entendement en acte, ce n'est pas que j'accorde qu'il y ait aucun entendement en puissance; mais, d^irant éviter toute confusion, je n'ai voulu parler que de la chose la plus claire qui se puisse percevoir, je veux dire l'acte même d'entendre, l'intellection. Nous ne pouvons en effet rien entendre qui ne nous donne de l'acte d'entendre, de l'intellection, une connaissance plus parfaite.

Pbopos. XXXII. La volonté ne peut être appelée cause libre; mais seulejinent cause nécessaire.

DéMONSTB. La volonté n'est autre chose qu'un certain mode de penser, comme l'entendement. Par conséquent (en vertu de la Pro* pos. XXVI II) une volition quelconque ne peut exister ni être déterminée à l'action que par une autre cause, et celle-ci par une autre, et ainsi à l'infîni. Que si vous supposez la volonté infinie, elle doit toujours être déterminée à exister et à agir par Dieu, non sans doute par Dieu en tant que substance absolument infinie, inaisi en tant qu'il a un attribut qui exprime l'essence infinie et éternelle de la pensée (par la Propos. XXIII). Ainsi donc, de quelque façon que l'on conçoive la pensée^ comme finie ou comme infinie, elle demande une cause qui la détermine à l'existence et à Taclion ; et, par conséquent (en vertu de la Déf. VII) , elle ne peut être appelée cause libre, mais seulement cause nécessaire ou contrainte. C. Q. F. D.

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