‹ Œuvres de SpinozaChapitre 171 sur 199 · La XLir des 0pp. pottth · texte numérisé non relu

La XLir des 0pp. pottth

LETTRES DE SPINOZA, etc. 393

perception claire et distincte ou plusieurs ensemble peuvent être cause par elles seules d'une autre perception claire et distincte. Je dis plus : toutes nos perceptions claires et distinctes ne peuvent naître que de perceptions de même espèce, lesquelles sont primitivement en nous et n'ont aucune cause extérieure. D'où il suit que toutes ces perceptions ne dépendent que de notre seule nature et de ses lois invariables et déterminées ; en d'autres termes, c'est de notre seule puissance qu'elles dépendent et non point de la fortune : je veux dire des causes extérieures, qui sans doute agissent suivant des lois déterminées et invariables, mais nous demeurent inconnues, étrangères qu'elles sont à notre nature et à notre puissance propre. Quant aux autres perceptions, j'avoue qu'elles dépendent le plus Bouvent de la fortune. On peut voir par là quelle doit être la vraie méthode et en quoi elle consiste principalement, savoir, dans la seule connaissance de l'entendement pur, de sa nature et de ses lois; et, pour acquérir cette connaissance , il faut, sur toutes choses, distinguer entre l'entendement et l'imagination, en d'autres termes, entre les idées vraies et les autres idées, fictives, fausses, douteuses, toutes celles, en un mot, qui ne dépendent que de la mémoire. Remarquez que pour comprendre tout cela , du moins en ce qui touche à la question de la méthode^ il n'est point nécessaire de connaître la nature de l'àme par sa cause première; une petite histoire de l'âme ou de ses perceptions, à la façon de Bacon, suffît parfaitement.

Je crois donc avoir expliqué et démontré en ce peu de mots la nature de la vraie méthode , et en même temps marqué le chemin qui y conduit. Il me reste cependant un avertissement à vous donner : c'est que la pratique de la méthode dont je parle demande une méditation assidue, un esprit attentif, une résolution ferme; et, pour satisfaire à ces conditions, il est nécessaire, avant tout, de se faire une règle de conduite invariable et de se proposer une fin bien déterminée *. Mais je n'insiste pas davantage

Woorburg, 10 juin 1666.

1. Voyest le Traité de la Ré/orme de Ventendement, dont cetto lettre est comme le résumé.

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