‹ Œuvres de SpinozaChapitre 19 sur 199 · PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU

ConoLL. I. Il résulte de là : 4® que Dieu n*agit pas en vertu d'une volonté libre.

. CoROLL. II. 11 en résulte : 2® que la volonté et l'entendement ont le même rapport à la nature de Dieu que le mouvement et le repos, et, absolument parlant, que toutes les choses naturelles qui ont besoin, pour exister et pour agir d'une certaine façon, que Dieu les y détermine ; car la volonté, comme tout le reste, demande une cause qui la détermine à exister et à agir d'une manière donnée ; et bien que, d'une volonté ou d'un entendement donnés, il résulte une infinité de choses , on ne dit pas toutefois que Dieu agisse >en vertu d'une libre volonté, pas plus qu'on ne dit que les choses (en nombre infini) qui résultent du mouvement et du repos agissent avec la liberté du mouvement et du repos. Par conséquent, la volonté n'appartient pas davantage à la nature de Dieu qtie toutes les autres choses naturelles; mais elle a avec l'essence divine le même rapport que le mouvement, ou le repos, et en général tout ce qui résulte, comme nous l'avons montré, de la nécessité de la nature divine, et est déterminé par elle à exister et à agir d'une manière donnée. »

Propos. XXXIII. Les choses qui ont été produites par Dieu, n*ont pu Vétre d'une autre façon, ni dans un autre ordre,

DÉMONSTR. La nature de Dieu étant donnée, toutes choses en découlent nécessairement (en vertu de la Propos, XVI), et c'est par la nécessité de cette même nature qu'elles sont déterminées à exister et à agir de telle ou telle façx)n (par la Propos. XXIX), Si donc les choses pouvaient être autres qu'elles ne sont ou être déterminées à agir d'une autre façon , de telle sorte que Tordre de la nature fût différent; il faudrait aussi que la nature de Dieu pût être autre qu'elle n'est ; d'où il résulterait que cette autre nature divine (par la Propos, XI) devrait aussi exister, et il y aurait deux ou plusieurs dieux, ce qui est absurde (par le Coroll. I de la Propos. XIV). Par conséquent, les choses n'ont pu être produites d'une autre façon, etc. C. Q. F. D.

ScHOL. 1. Puisqu'il est aussi clair que le jour, par ce que je viens de dire, qu'il n'y a absolument rien dans les choses qui les doive faire appeler contingentes, je veux expliquer ici en peu de mots ce qu'il faut entendre par un contingent; mais il con-

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vient auparavant de définir ie nécessaire et rittip()ssible. Ulie tihose est dite nécessaire, soit sous ie rapport de son essence, soit sous le rapport de sa cause. Car l'existence d'une chose résulte nécessairement, soit de son essence ou de sa définition, ^it d'une Cause efliciente donnée» C'est aussi sous ce double rapport qu'une chose est dite impossible, soit que son essence ou sa dêQnilion implique contradiction, soit qu'il n'existe aucune cause extérieure déterminée à la produire. Mais une chose tie peut èlt^e appelée contin* gente que relativement au déraut de notre connaissance. Qtiand nous i<;norons en eiïet si une certaine chose implique en toi contradiction, ou bien quand, sachant qu il n'y a aucune contradiction dans son essence^ nous ne pouvons toutefbis rien affirmer sur 9011 existence parce que l'ordre des causes nous est caché, âlora celte chose ne peut nous paraître nécessaire ni impossible, et nous Tap^ pelons à cause de cela contingente ou possible.

ScnoL. I[. Il suit clairement de re qui précède que les chose» ont été produites par Dieu avec une imute perfection ; elles ont en effet résulté nécessairement de Texiâtenee d'uhe nature souverainement parfaite. Et, en parlant ainsi, nous n'imputons à Dieu aucuhe imperfection ; car c'est sa f)erfeclion même qui nous a forcés d'admettre cette doctrine. Soutient-on la doctrine contraire? Il faut blors (comme je l'ai fait voir) dboutir à celte conséquence que Dieu n*est pas parfait ; puisque, si Toh suppose les choses produites d'une autre façon, il est nécessaire d'attribuer à Dieu urte autre tiâiuro, une nature qui n'est pas celle que nous avons déduite deMa considération de l'être absolument parfaite

Du reste, je ne doute pas que plusieurs ne rejettent avec un grand mépris ce sentiment, comme décidément absurde, et ne veuillent passe donner la peine d'y réflt'Chlr; et cela, sans aucune autre raison que l'habitude où ils sont d'attribuer t Dieu une certaine liberté, Ibrt différente de celle que nous avons définie ph» haut (l)êf, Vf), Mais je n'ai pas non plus le moindre doute que, s'ils veulent méditer la chose et se rendre compte eh eufc-mêmcs de l'enchaînement de nos démonstrations, ils ne reconnaissent premièrement que <ictle liberté, ou volonté absolue, est une chose vraiment puérile, et même qu'elle doit être regardée romtaie tm grand obstacle à la science de Dieu.

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