PREMIERE PARTIE. <*- DE DIEU
Ja n'ai paa besoia de répéter ici co que J*ai dit daas le SchoHe de la Propos. XVII ; cependant ja ferai voir, en considération des personnes dont je viens de parier, que tout en admettant que la volonté appartient à l'essence de Dieu, il n'en résulte pas moins de lu perfection divine que les choses créées n'ont pu l'être d'une autre façon, ni dans un autre ordre. C'est ce que j'établirai sans peine, si Ton veut bien considérer un premier point, accordé par mes contradielaurs euxrmémes, savoir que chaque obèse est ce qu'elle est par le décret de Dieu et par sa volonté ; autrement. Dieu ne serait pas la capse de toutes choses. Il faut observer en second lieu que tous les décrets de Dieu ont été sanctionnés par lui de toute éternité, puisque autrement on devrait Taccusef d'imperfection et d'inconstance. Or, comme dans l'éternité il n'y a ni avant, ni après, ni rjen de semblable, il suit de là que Dieu, en vertu de sa perfection même, ne peut et n'a jamais pu former d'autres décréta que ceux qu'il a formés ; en d'autres termes , que Dieu n'a pas existé avant ses décret^;, et ne peut exister sans eux. On dira qu'il est très-perq^is de supposer que Dieu eàt fait une autre nature des choses, ou formé de toute éternité d'autres décrets sur l'univers, sans qu'il en résulte pour lui aucune imperfection. Mais eeux qui parlent ainsi sont au moins tenus de soutenir en même temps que Dieu peut changer sas décrets. Car si, touchant la nature et runivers, Dieu avait for»é d'autres décrets, c'est-à-dire s'il avait voukt et pensé autrement qu'il n'a fait, il aurait eu nécessairement un autre antendemeot qu^ celui qu'il a, et une autre volonté. Et du momeat qu'on peut attribuer a Dieu un autre entendement et une autre volonté, sans que son essence et sa perfeotion en soient al* térées ; je demande pourquoi Dieu ne pourrait pas changer encore ses décrets sur les choses créées, tout en pestant également parfait? Cqr peu importe, dans cette doctrine, pour Tessence et la perfection de Dieu , que Ton conçoive de telle ou telle façon l'entendement et la volonté de Dieu relativement à la nature et à Tordre des choses créées. Ajoutez à cela que je ne connais pas un seul philosophe qui ne tombe d'accord qu'en Dieu Tentendeonent n'est jamais en puissance, m^is toujours en acte ; et, comofie on s'aeeorde aussi à ne pas séparer l'entendement et la volonté de Dieu d'avec son es* aence, il faut conclure que, si Um avait eu un auira entendement
en acte et une autre volonté, il aurait eu nécessairement une autre essence; et par suite (comme je Tai posé en commençant) , si les cboses avaient été produites par Dieu autrement qu'elles ne sont , il faudrait attribuer à Dieu un autre entendement, une autre volonté, et j*ai le droit d'ajouter une autre essence, ce qui est absurde.
Puisqu'il est établi maintenant que les choses que Dieu a produites n'ont pu l'être d'une autre façon , ni dans un autre ordre ; et cela par une suite nécessaire de la souveraine perfection de Dieu , nous n'avons plus aucune raison de croire que Dieu n'ait pas voulu créer toutes les choses qu'il pense, avec la même perfection qu'elles ont dans sa pensée. On dira qu'il n'y a dans les choses aucune perfection, ni aucune imperfection 'qui leur soit propre, qu'elles tiennent de la seule volonté de Dieu tout ce qui les fait appeler parfaites ou imparfaites, bonnes ou mauvaises; de façon que, si Dieu Tavait voulu, il aurait pu faire que ce qui est en elles une perfection fût l'imperfection suprême, et réciproquement. Mais cela ne revient-il pas ouvertement à dire que Dieu, qui apparemment pense ce qu'il veut, peut, en vertu de sa volonté, penser les choses autrement qu'il ne les pense, ce qui est (je l'ai déjà fait voir) une grossière absurdité? Je puis donc retourner l'argument contre mes adversaires, et leur dire : Toutes choses dépendent de la volonté de Dieu. Par conséquent, pour que les choses fussent autres qu'elles ne sont, il faudrait que la volonté de Dieu fût autre qu'elle n'est. Or, la volonté de Dieu ne peut être autre qu'elle n'est (c'est une suite très-évidente de la perfection divine). Donc, les choses ne peuvent être autres qu'elles ne sont.
Je l'avouerai, cette opinion qui soumet toutes choses à une certaine volonté indifférente, et les fait dépendre du bon plaisir de Dieu, s'éloigne moins du vrai> à mon avis, que celle qui fait agir Dieu en toutes choses par la raison du bien. Les philosophes qui pensent de la sorte semblent en effet poser hors de Dieu quelque chose qui ne dépend pas de Dieu , espèce de modèle que Dieu contemple dans ses opérations, ou de terme auquel il s'efforce péniblement d'aboutir. Or, ce n'est là rien autre chose que soumettre Dieu à la fatalité , doctrine absurde, s'il en fut jamais, puisque nous avons montré que Dieu est la cause première, la cause libre et
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cmique, iioB-seiileiDeiit de Texistence, mais même de l'essence de toutes clieses.
Pnopos. XXXW. La pmssanoe de Dieu -est Vessence mêvne de D4eu,
DÉMOiNSTR. De la seule «écessité de Vessence «divine, n résutle que ]>iea est cduse ^e soi [par la Propos» XT) -et ée toutes choses (par la Propos, XVI eit son Ck)rcM.). Donc, te puissance de Dieu, par laquette toutes choBes ^cft Itii-miéme existent «t a^seent, est Tessence même de Dieu. C. «Q. F. O.
Propos. XXKV. Toute àhtose fne nous cotMevans nomme Mtmt dans la puissance de Sdeu ewiste nécessairemm/t,
DÉHONsin. €ar toute dbose, qui «dt dans la ptiissaDce de Dieu, doit (par la Propos, précêd.) être comprise dans son essence de telle façon ^qu'^e en réstrtte néoessaii^emenit. Il e^t donc nécessaire qu'-étle existe. G. Q. F. D.
Propos. XKXYI. Âien n'ttxmte, fm 4e sa nature n'moehppe ^fWilque 'effet,
DénoNSTA. Totft <» qui existe exprime la imture et f essence tie Dieu'd'une façon déterminée [par la Prepos. XXV) , c'egt-à-dire {par la Propos. XXXrV) que toirt ce -qui existe exprime d'une façon déterminée la puissance de Bien, laquelle «st la -cause de toutes choses, ©onc [par la Propos. XVT), ^out ce qui -existe enveloppe quelque effet. C. Q. V. î).
appendijCh:.
J^ai «xfiliqiié 'dans ce qu'on vie0t 4e 4ire ia «cture «de 0ien ^«ses propniétés; j^ai onootyé t|ii£ Dieu .existe (Déoessaiarameit^ >qii^ >egt 4iniq«e , ^'â «siste et agit par la seule «éeessifté die «a «atore ; qu'iî est la «cause dibpe de toutes oboses , «t «le qœtle façon-; «qne toutes dioses «ont «n àni et dépendent de lui ^^de tette«orleqaV)lle8 ne peuvent être ni être oonçoes sans loi; enfin ^que tout a ètépre^ déterminé par >Dieo^ non pas en vertu d'«ne vokmté libre ou -d-un absolu -bon-plaaair, mais on vertu de aa nature absolue ou de son manie puissance. Bu outre , partout où l'occasion «'en ^est présentée, j'ai eu soin d'écarter les préjugés qui pouvaient -empêcher
qu*on enlendJt mes démonstrations; mais, comme il en reste encore un fort grand nombre qui s'opposaient alors et s'opposent encore avec une grande force à ce que les hommes puissent embrasser Tenchainement des choses de la façon dont je Tai expliqué , j'ai pensé qu'il ne serait pas inutile de soumettre ces préjugés à Texamen de la raison. Les préjugés dont je veux parler ici dépendent tous de c^ unique point, que les hommes supposent communément que tous les êtres de la nature agissent comme eux pour une fin ; bien plus , ils tiennent pour certain que Dieu même conduit toutes choses vers une certaine fin déteiminée : Dieu, disent-ils, a tout fait pour l'homme , et il a fait l'homme pour en être adoré.
En conséquence , je m'occuperai d'abord de rechercher pourquoi la plupart des hommes se complaisent dans ce préjugé , et d'où vient la propension naturelle qu'ils ont tous à s'y attacher. Je ferai voir ensuite que ce préjugé est faux , et je montrerai enfin comment il a été l'origine de tous les autres préjugés des hommes sur le Bien et le Mal, le Mérite et \e Péché, la Louange et le Blâme, V Ordre et la Confusion, la Beauté et la Laideur, et les choses de cette espèce.
Ce n'est point ici le lieu de déduire tout cela de la nature de l'âme humaine. Il me suffît pour le moment de poser ce principe dont tout le monde doit convenir, savoir que tous les hommes naissent dans l'ignorance des causes, et qu'un appétit universel dont ils ont conscience les porte à rechercher ce qui leur est utile. Une première conséquence de ce principe , c'est que \v^ hommes croient être libres, par la raison qu'ils ont conscience dt* leurs volitions et de leurs désirs, et ne pensent nullement aux causer qui les disposent à désirer et à vouloir. Il en résulte en second lieu que les hommes agissent toujours en vue d'une fin, savoir, leur utilité propre, objet naturel de leur désir; et de là vient que pour toutes les actions possibles ils ne demandent jamais à en connaître que les causes finales ; et dès qu'ils les connaissent , ils restent en repos, n'ayant plus dans l'esprit aucun motif d'incertitude; que s'il arrive qu'ils ne puissent acquérir cette connaissance à l'aide d'autrui , il ne leur reste plus d'autre ressource que de revenir sur eux-mêmes, et de réfléchir aux objets dont la poursuite les détermine d'ordinaire à des actions semblables; et de cette façon il est nécessaire qu'ils jugent du caractère des autres par leur pro-
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pre caractère. Or, les hommes venant à rencontrer hors d'eux et en eux-mêmes un grand nombre de moyens qui leur sont d'un grand secours pour se procurer les choses utiles , par exemple les yeux pour voir, les dents pour mâcher, les végétaux et les animaux pour se nourrir, le soleil pour s'éclairer, la mer pour nourrir les poissons , etc. , ils ne considèrent plus tous les êtres de la nature que comme des moyens à leur usage; et sachant bien d'ailleurs qu'ils ont rencontré, mais non préparé ces moyens, c'est pour eux une raison de croire qu'il existe un autre être qui les a disposés en leur faveur.
Du moment, en effet, qu'ils ont considéré les choses comme des moyens, ils n'ont pu croire qu'elles se fussent faites elles-mêmes, mais ils ont dû conclure qu'il y a un maître ou plusieurs maîtres de la nature , doués de liberté , comme l'homme, qui ont pris soin de toutes choses en faveur de l'humanité et ont tout fait pour son usage. Et c'est ainsi que n'ayant rien pu apprendre sur le caractère de ces puissances, ils en ont jugé par leur propre caractère; d'où ils ont été amenés à croire que si les dieux règlent tout pour l'usage des hommes, c'est afin de se les attacher et d'en recevoir les plus grands honneurs ; et chacun dès lors a inventé , suivant son caractère , des moyens divers d'honorer Dieu , afin d'obtenir que Dieu l'aimât d'un amour de prédilection , et fît servir la nature entière à la satisfaction de ses aveugles désirs et de sa cupidité insatiable. Voilà donc comment ce préjugé s'est tourné en superstition et a jeté dans les âmes de profondes racines, et c'est ce qui a produit cette tendance universelle à concevoir des causes finales et à les rechercher. Mais tous ces efforts pour montrer que la nature ne fait rien en vain, c'est-à-dire rien d'inutile aux hommes, n'ont abouti qu'à un résultat, c'est de montrer que la nature et les dieux et les hommes sont privés de raison. Et voyez, je vous prie, où les choses en sont venues ! Au milieu de ce grand nombre d'objets utiles que nous fournit la nature, les hommes ont dû rencontrer aussi un assez bon nombre de choses nuisibles, comme les tempêtes , les tremblements de terre , les maladies , etc. Comment les expliquer? Ils ont pensé que c'étaient là des effets de la œlève des dieux, provoquée par les injustices des hommes ou par leur négligence à remplir les devoirs du culte. C'est en vain que l'expérience
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pDotûtiiai dHiqtse jour^ ea leur montrftniy par âne infiiulé' d^exei»* pleSy c|iie le» dévote et tes impie» ool égafiem^i ea partage les bi«)fakë de \at nature et sea Figa6ai&, rieu vt'dt pu> arracher de ietm âiM» ee pi'éjttgé invétéré. U leur â été ea etfet plue facile ée netlre tout oeki au rang de» clMsea incoâoueB den€ \m homme» i^oveal la fin et de re»ter akiei dan» leor éfat aetuelf et kmé d'ignorance, que de briser tout ?e tissu deeroyaaeeset de s'en composer on a ah r cLes homme» oai donc teai» powr eerlaia qi»» les pensée» de» dieux surpassent de beaucoup b portée de' leur iitteiligdnee ^ et eel» eèl suiFi pour que la vérité restât cachée au genre humain, si la science BiaifaMémetiqoe n'eût arppri» au?^ hommes an aolre eheni»poiir àécouvrir la vérité ; Car on sait qu'elle ne procède poktt par la <*4>nsidératfo» de» causes finales , mai» qu'elle s'attaehe uniqaeHieDt à l'essence et au» propriété» des figures. Ajoutez à cela qu'autre le;» mathématicfues e» peut assigner d'autres causes^ dont A est iiMUile de faire ici l'énomératien, q|ui ont pu détermiuer les hommes à ouvrtr les yeux sur ces préjugés et les conduire à la vraie eonnaiaaaner de» choses.
. Ces expiicatioo» suffisent pour le premier point que j'ai presus d'éclaircir ; il a'agit maintenant de faire voir qem 1» naCiire ne ;<e propose aucun but dans se» opération», et que loute» le» causes Anale» né sont rien que de pure» fiction» imaginées pat le» homme?. Je n'aurai pa» grand' peine à démontrer ce» principe», car ib sont déjà solidement étabit», tant par l'esplicatton qui vieat dTèlre donnée de l'origine du préjugé contraire ^ que par la Propos. XVI et le CoroU. de la Propos. XXXII, sans parler de toutes les autres démonstration» par lesquelles j'ai prouvé que toutes chose» se fM-oduisent et s'enchaînent par réternelle nécessité et la perfection suprême de la nature^ J'^uterai pourtant quelques mot» pour achever de détruire toute cette doctrine de» causes Bnaleo.
Son premier défaut, c'est de considérer comme cause ee qui es4 effet, et réciproquenœnt ; en second lieu, ce qui de sa nature pos- S4*de lantériorité , elle hii assigne un rang postérieur; enfin eUe abaisse au dernier degré de l'imperfection ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait. En effet, pour ne rien dire des deux premiers points qui sont évidents d'eux-mêmes, il résulte de» Propos. XXI,
XXll et XXIH , que l'efTet le plu» parfait est celai qui est produit
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iuMécKftèeinelii psr Die» , et qo'iro effet derrient de pin» en plôg imparfait à lAesure qoe sa prodaction suppose ifti f»iù» grand nombre de clinses iolermédraires. Or^ si les choses que I»eo pro*> doit immédiatement élaient faites pour atteindre la ftn que Dieu se propose, it s'ensuivrait que celles que Dieu produit les dernières seraient les plus parfaites de tontes, les antres ayant été faites en Tve de ce)les-t!i. Ajoutez que cette doctrine détruit la perfection de Dieu ; car si Dieu agit pour une fin, il désire nécessairement quelque chose doùt il est pirivé. St bien que les théologiens et les métapby* sicient distingaent entre une fin poursuivie par indigence et une fin d'assimilation, ils avouent cependant que Dieu a tout lait pour foimême et non pour les choses qn'il allait créer, vu qu'il était impossible d'assigner avant la création d'autre fin à Taeikm de Dieu que Dieil kii««nième; et de cotte façon, ils sûnt forcés de convenir que tous lea objets que Dieu s'est propulsés, en disposant certains moyens pour y atteindre , Dieu eti a été quselque lenftps privé et a désiré les poseédef , conséquence néeesssire de leurs principes^
N'oublions pas de faire remarquer ici que les sectateurs de cette doctrine^ qui ont voulu faire briller leur esprit dans Tei^piieation des causes finales des choses, ont inventé, ponr établir leur système, un nouveau genre d'argumentation, lequel conéiate à réduire son contradicteur, non pas à l'absurde, mais à l'ignorance ; et cela fait bien voir qu'il ne leut restait plus aucun moyen de se défendre. Parexemi^e, supposez qu'une pierre tombe du toit # d'une n»aison sur la tête d'un homme et lui donne la mort, ils diront que cette {ûerre est fombée tout exprès pour tuer cet homme. Comment, en effet, si Dieu ne l'avait fait tomber à cette fin, tant de circonstances y auraient-^Ues concouru (et il est vrai de dire que ces circonstances sont souvent en très-grand nombre) ? Vous répondrez peut-être que l'événement en question tient à ces deux causes : que le vent a soufflé et qu'un homme a passé par là. Mais ils vous presseront aussitôt de questions : Pourquoi le vent a-t-il souillé à ce moment? Pourquoi un homme a-t-il passé par là, précisénrtent a ce même moment? Répondrez vous encore que le vent a soufflé parce que^ la veille, la mer avait commencé de s'agiter, quoique le temps fût encore calme ; et que l'homme a passé pai^ là parce qu'il se rendait à l'invitation d'un ami , ils vous
presseront encore d'autres questions : Mais pourquoi la mer étaitelle agitée? Pourquoi cet homme a-t-il été invitera cette méoie époque? Et ainsi ils ne cesseront de vous demander la cause de la cause, jusqu'à ce que vous recouriez à la volonté de Dieu, c'està-dire à Tasile de Tignorance. De même aussi, quand nos adversaires considèrent Téconomie du corps humain , ils tombent dans un étonnement stupide, et, comme ils ignorent les causes d'un art si merveilleux, ils concluent que ce ne sont point des lois mécaniques, mais une industrie divine et surnaturelle qui a formé cet ouvrage et en a disposé les parties de façon qu'elles ne se nuisent point réciproquement. C'est pourquoi quiconque cherche les véritables causes des miracles, et s'efforce de comprendre les choses naturelles en philosophe, au lieu de4es admirer en homme stupide, est tenu aussitôt pour hérétique et pour impie, et proclamé tel par les hommes que le vulgaire adore comme les interprètes de la nature et de Dieu. Us savent bien, en effet, que l'ignorance une fois disparue ferait disparaître l'étonnement, c'est-à-dire l'unique base de tous leurs arguments, l'unique appui de leur autorité. Mais je laisse ce sujet pour arriver au troisième point que je me suis proposé d'établir.
Les hommes s'étant persuadé que tout ce qui se fait dans la nature se fait pour eux, ont dû penser que le principal en chaque chose c'est ce qui leur est le plus utile, et considérer comme des objets supérieurs à tous les autres ceux qui les affectent de la meilleure façon. Ainsi se sont formées dans leur esprit ces notions qui leur servent à expliquer la nature des choses, comme le Bien, le Mal, YOrdre , la Confusion, le Chaud, le Froid, la Beauté, la Laideur^ etc., et comme ils se croient libres, ils ont tiré de là ces autres notions de la Louange et du Blâme, du Péché et du Mérite; mais je ne veux m'occuper ici, et encore très-brièvement, que des premières , me réservant d*expliquer les autres plus bas , quand j'aurai traité de la nature humaine.
Les hommes ont donc appelé tout ce qui sert à la santé et au culte de Dieu le Bien^ et le Mal tout ce qui peut y nuire. Or, comme ceux qui ne comprennent pas la nature des choses n*ont jaihais pour objet de leurs affirmations les choses elles-mêmes, mais seulement les images qu'ils s'en forment, et confondent les