‹ Œuvres de SpinozaChapitre 26 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME. fc · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME. fc

ScHOLt Par la puissance de Die», 1» vulgaire eateiid sft Ubre volonté et le droit qu'il piossède sur touiea chose», tesqueiles soat considérées communément à cause de cela comme coiitin^e<ktes. On dit y en effet ^ que Dieu a le pouvoir de tout détruire ^ da tout anéantir ; et Ton compare aussi trè&-souvent la puissance de Di^n avec celle des rois. Mais nous avons réfuté tOfUt cela ùàm les Co^ rolL I et II de la Propos. XXXII, part. 4, et nous avons^ moAftré dans la Propos. XVI , part. \ , que Dieu agit tout aussi nécessaire^ ment qu'il se comprend lui-même; en dlautres termes, de même qu'il résulte de la nécessité de la nature divine (comme on le reconnaît unanimement] que Dieu se comprend lui-même > il résulte de cette même nécessité que Dieu doit faire une infinité de choses infiniment modifiées. De plus» nous avons montré, dans la Propos. XXXlYy part. 4 , que la puissance de Dieu n'est autre chose que son essence prise comme active, et partant, qu'il nous est tout aussi impossible de concevoir Dieu n'agissant pas, que Dieu n'existant pas. Si mêmeje voulais pousser plus loin ces pensées, je montrerais que cette puissance que le vulgaire imagine en Dieu^ nonseulement est une puissance tout humaine (ce qui fait voir que le vulgaire conçoit Dieu comme un homme ou à l'image d'un homme), maïs même enveloppe une réelle impuissance. Mais Je ne veux point revenir si souvent sur la même chose, le me borne à prier instamment le lecteur de peser, avec un redoublement d'attention, ce qui a été dit sur cette matière dans la première partie , depuis la Propos. XYI jusqu'à la fin. Car personne ne pourra bien comprendre ce que je veux établir, s'il ne prend le plus grand soin de ne pas confondre la puissance de Dieu avec la puissance et le droit des rois. Propos. IV. Lidée de Dieu, de laquelle découlent une infinité de choses infiniment modifiées, ne peut être qu unique,

DfiMONSTR. L'intelligence infinie n'embrasse rien de plus que les attributs et les affections de Dieu (par la Propos. XXX, part. \). Or, Dieu est unique [par le CorolL I de la Propos. XIV, part. 1), par conséquent , Tidée de Dieu , de laquelle découlent une infinité de choses infiniment modifiées, ne peut être qu'unique.

Propos. V. L'être formel des idées a pour cause Dieu, en tant seulement que l'on considère Dieu comme une chose pensante, et non pas en tant que sa nature s exprime par un autre attribut; m

d'autres termes , les idées des choses particulières n'ont point pour cause efficiente leurs objets , c'est-à-dire /es choses perçues , mats Dieu lui-même , en tant qu'il est une chose pensante.

DÉMONSTR. Gela résulte évidemment de la Propos. III , de cette 2* part. Nous y sommes arrivés, en effet, à cette conclusion , que Dieu peut former l'idée de son essence et de tout ce qui en découle nécessairement , par cela seul que Dieu est une chose pensante , et non pas parce que Dieu est Tobjet de sa propre idée. Par conséquent, rôtre formel des idées a pour cause Dieu, en tant qu'il est une chose pensante. Mais cela se démontre encore autrement. L'être formel des idées est un mode de la pensée, comme cela est évident de soi, un mode, par conséquent (en vertu du Coroll. de la Propos. XXV, part. 4), qui exprime d'une façon déterminée la nature de Dieu en tant que chose pensante ; et par conséquent encore (en vertu de la Propos. Xj part. 1), il n'enveloppe le concept d'aucun autre attribut divin que la pensée, et il n'est enfin (par l'Ax. IV, part. 4) l'effet d'aucun attribut autre que celui-là. D'où il suit que Tètre formel des idées a pour cause Dieu , en tant qu'il est considéré comme chose pensante, etc. G. Q. F. D.

Propos. VI. Les modes d'un attribut quel qu'il soit ont Dieu pouf cause, en tant que Dieu est considéré sous le point de vue de ce même attribut dorU ils sont les modes, et non sous au4:un autre point de vue.

DÉMONSTR. Tout attribut, en effet, est conçu par soi indépendamment des autres attributs (par la Propos. X, part. 4). Par conséquent, les modes de tout attribut enveloppent le concept de cet attribut et non d'aucun autre; d*où il suit (par l'Ax. IV, part. 4) qu'ils ont pour cause Dieu , en tant qu'on le considère sous le point de vue de ce même attribut dont ils sont les modes , et non sous aucun autre point de vue. G. Q. F. D.

GoROLL. Il suit de là que l'être formel de cette sorte de choses qui ne sont pas des modes de la pensée , ne découle pas de la nature divine en vertu d'une connaissance antérieure qu'elle a eue de res choses; mais les objets des idées résultent des attributs dont ils dépendent et s'en déduisent de la même façon et avec la même nécessité que les idées résultent et se déduisent de Tattributde la pensée.

Propos. VU. L'ordre et la connexion des idées est le même qfie fftrdre et la connexion des choses. '

Page 1