‹ Œuvres de SpinozaChapitre 27 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME

DéMONSTR . Gela résuite évidemment de l'Ax. IV , part. 4 ; car Tidée d'une chose causée , quelle qu'elle soit, dépend de la connaissance de sa cause.

ConoLL. Il suit de là que la puissance de penser est égale en Dieu à sa puissance actuelle d'agir. En d'autres termes , tout ce qui suit formellement de l'infinie nature de Dieu , suit objectivement de ridée de Dieu dans le même ordre et avec la même connexion.

ScHOL. Avant d'aller plus loin, il faut ici se remettre en mémoire ce que nous avons montré plus haut; c'est à savoir que tout ce qui peut être perçu par une intelligence infinie , comme constituant l'essence de la substance, tout cela appartient à une substance unique; et, par conséquent, que la substance pensante et la substance étendue ne font qu'une seule et même substance, laquelle est conçue tantôt sous l'un de ses attributs et tantôt sous Tautre. De même , un mode de l'étendue et l'idée de ce mode ne font qu'une seule et même chose exprimée de deux manières. Et c'est ce qui paraft avoir été aperçu , comme à travers un nuage , par quelques Hébreux qui soutiennent que Dieu, l'intelligence de Dieu, et les choses qu'elle conçoit, ne font qu'un. Par exemple, un cercle qui existe dans la nature et l'idée d'un tel cercle , laquelle est aussi en Dieu, c'est une seule et même chose exprimée par deux attributs différents, et, par conséquent, que nous concevions la nature sous l'attribut de l'étendue, ou sous celui de la pensée, ou sous tel autre attribut que ce puisse être, nous trouverons toujours un seul et même ordre , une seule et même connexion de causes ; en d'autres termes , les mêmes choses résultant réciproquement les unes des autres. Et si j'ai dit que Dieu est cause de l'idée du cercle, par exemple , en tant seulement qu'il est une chose pensante , et du cercle, en tant seulement que chose étendue, je ne l'ai pas dit pour une autre raison que celle-ci : c'est que l'être formel de l'idée du cercle ne peut être conçu que par un autre mode de la pensée^ pris comme sa cause prochaine , et celui-ci par un autre mode , et ainsi à l'infini ; de telle façon que , si vous considérez les choses comme modes de la pensée , vous devez expliquer l'ordre de toute la nature ou la connexion des causes par le seul attribut de la pensée ; et si vous les considérez comme modes de l'étendue, par le seul attribut de l'étendue , et de même pour tous les autres

&• • ËTHIQUE.

aUribttte. C'est pourquoi D>eu est vérHabiemeni la caus» dM eboBes, considérées en soi, bb tant qu'il est constitoé par une infinité d'attributs, et je ne puis en ce moment expliquer ceci plus clairement.

PâoH>s. YIH. Les idées des ekoses partHuliire» (oumodes) qui fiexi»ient fHM doivent être comprises dam Vidée infinie de Dieu, €omptê sont contenues dons ses littributs les essences formelles de ces choses.

DéMONSTB. Cette proposition résulte évidemnoent du scholie qai précède.

C0B01.L. Il suit de là qu'aussi long-temps que les chosM particulières n'existent qn'en tant qu'elles sont comprises dans les attributs de Dieu, leur être objectif, c'est-^à^dire les idées de cm choses n'existent qu'en tant qu'existe l'idée inBnie de Dieu ; et ausaitdi que les choses particulières existent , non plus sealeiaent en tani que comprises dans les attributs de Dieu , mais en tant qu'ayant ttn«> durée, lea idées de ces choses enveloppent égaleoient cette aorle d'existence par laquelle elles ont une durée,

8cH0L. Si quelqu'un désire que je prenne ici un esemple pour que la chose devienne plus claire, j'avoue que je n'en puis fournir aucun qui en donna une explication adéquate, car c'est une chose unique en son espèce ; je vais tâcher pourtant de réclaircir autant que possible. Un cercle est tel de sa nature que si plusieurs lignes se coupent dans ce cercle, les rectangles formés par leurs seg^BEients sont égaux entre eux ; cependant on ne pent dire qu'aucun de ces rectangles existe, si ce n'est en tant que le cercle existe; et Tidée de chacun de ces rectangles n'existe également qu'en tant qu'elle est comprise dan» l'idée du cercle. Maintenant, concevez que de tous ces rectangles en nombre inBni deux seulement existent , le» rectangles E et D. Dès-lors < les idées de ces rectangles n'existent plus seulement en tant qu'elles sont comprises dans Tidée du cercle, mais elles existent aussi en tant qu'elles enveloppent lesisleDce ries deux rectangles donnés , ce qui distingue ces idées de celles rie tous les autres rectangles.

PaoiN)S. IX. Lidée d'une chose ftarticuUère et qui existe en actf a pour cause DieUf non pas en tant quil est infini ^ mais en tant qu'on le considère comme affecté de Vidée d'une autre chose partiouHére et qui existe en acte, idée dont Dieu est également ht eaust. en tant quaffeeté d'une troisième idée^ et ainsi à l'infini.

DEUXIÈxME PAOT», — DE L'AME. W

Eo^OD^Tii. y i4ée^ 4'u^e cl^ose particulière eiquii exi^lb^ ei^ 9iiet^ est UA noodi» particulier de la pensée, distipct de tous les autres iH/ade$ (l?ar Ze CoroU. et le Schol, de lu Ptqj^, VIII, paast, 2); et paiip conséquent [en vertu de la Propos., VI, part, ^) elle a poor cause Dieu considéré seulement comme chose pensante ; non pas comice cbose abspliMBent pensante [par Ul Propos. XX Vif I, ^itrt. 1)^mdi$ eos^a afCecté d'un autre mode ^ la pensée , lequel a a^ssi pour cause Dieu comme affecté d'un autre mode de la pensée, et ainsi à l'ia-r fiai. Or Tordre et la connexion des idées est le même {pa/r la Profos, VII, parts '^\ (^tie Tordre ei la conjnexion des causer. Donc^ la cause d une idée particiilière, c'est toujours une autre idée, o« Dieu comme affecté de cette autre idée, laquelle a pour cause DieM comme affecté d'une troisième idée» et ainsi à Tinfini. G. Q, F. D. CoRQLi^. Tout ce qui ari^ive dans Tobjet particulier d'une idée quelconque. Dieu en a la connaissance^ en tant seulçoie^t qu'i( a l'idée de cet objet.

Dëmonstr. Tout ce qui arrive dansTok^et particulier d'une idée quelconque. Dieu en a l'idée {pofr la Propos. m,part, 3), non pa$ en tant qu'infini, maisi en tant qu'il est affecté de l'idée d'une autr^ chose particulière (par h Propos, précédente). Or, Tordre et la gootnexiou des idées est le même {j^r la Propos. Vil, part. %] que Tordre et la connes^ion des choses. Far conséquent i, la connaissance de tout ce qui arrive dans un objet particulier devra se trouver en Dieu, en tant seulement qu'il a l'idée de cet objet* G. Q. F. D.

Paopos, X> L'étra de la suhstcmce ijb' appartient pas à l'essence de Vhomme;en d^ autres termes,ce n'est pas la substance ^u,i cozisiitue la forme ou l'essence de l'homme.

DÉHONSTR. L'être de la substance enveloppe, en effet, Textôtencç nécessaire {p(jtr la Prçpos, VII j, part. \),. Var cojïsé<^uent, si l'être de la substance appartenait à l'essence de l'homme, la substance étant donnée ,. Thommç serait nécessairement donné [par la Déf. Il , part. %), et de cette façon l'homme existerait nécessairement, ce qui est absurde [par l'A'^- h pGkrt. 2). Donc, etc. G, Q. F. D.

SçHOL. Gette proposition se démontre aussi à l'aide delà Prop. Y, part. \ ^ savoir qu'il ne peut exister deux substances de même nature ; car comme plusieurs hommes peuvent exister, ce n'est donc point Têtre de la substance qui constitue la fowne ou Tessence de

l'homme. Notre proposition résuite en outre évidemment des autres propriétés de la substance, je veux dire que la substance fsc de sa nature infinie, immuable, indivisible, etc., et tout le monde peut saisir aisément cette conséquence.

CoROLL. Il suit de là que ce qui constitue l'essence de l'hooime, ce sont certaines modifications des attributs de Diei/. Car l'être de la substance (par la Propos, précédente) n'appartient pas à l'essence de rhomme. L'essence de l'homme est donc (par la Propos, AT, part. i)y quelque chose qui est en Dieu et ne peut être sans Dieu, autrement dit (par le Corçll.de la Propos. XXV, part. 4), une affection ou un mode qui exprime la nature de Dieu d*une certaine façon déterminée.

ScHOL. Tout le monde doit accorder que rien n'existe et ne peut être conçu sans Dieu. Car il est reconnu de tout le monde que Dieu est la cause unique de toutes choses, tant de leur essence que de leur existence ; en d'autres termes , Dieu est la cause des choses , non seulement selon le devenir, mais selon l'être. Et toutefois , si l'on écoute la plupart des philosophes, ce qui appartient à l'essence d'une chose, c'est ce sans quoi elle ne peut exister ni être conçue ; ils pensent donc de deux choses Tune , ou bien que la nature de Dieu appartient à l'essence des choses créées, ou bien que les choses créées peuvent exister ou être conçues sans Dieu ; mais ce qui est plus certain, c'est qu'ils ne sont pas suffisamment d'accord avec eux-mêmes ; et la raison en est, à mon avis, qu'ils n'ont pas gardé l'ordre philosophique des idées. La nature divine, qu'ils devaient avant tout contempler, parce qu'elle est la première, aussi bien dans l'ordre des connaissances que dans Tordre des choses, ils l'ont mise la dernière; et ces choses qu'on appelle objets des sens, ils les ont jugées antérieures à tout le reste. Or, voici ce qui est arrivé : pendant qu'ils considéraient les choses naturelles , il n'est rien à quoi ils songeassent moins qu'à la nature divine ; puis, quand ils ont élevé leur esprit à la contemplation de la nature divine, ils ont complètement oublié ces premières imaginations dont ils avaient construit leur science des choses naturelles ; et il est vrai de dire qu'elles ne pouvaient les aider en rien à la connaissance de la nature divine; de façon qu'il ne faut point être surpris de les voir se contredire de ti*mps en temps. Mais je n'insiste pas, mon dessein n'ayant été ici

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