‹ Œuvres de SpinozaChapitre 28 sur 199 · DEUXIÈME PABÏIË. -^ DE L'AME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PABÏIË. -^ DE L'AME

que d'expliquer pourquoi je n'ai pas dit que Tesseace d'une chose, c'est ce sans quoi elle ne peut exister ni être conçue. Les choses particulières, en effet, ne peuvent exister ni être conçues sans Dieu ; et cependant Dieu n'appartient point à leur essence. En conséquence, j'ai dit : ce qui constitue l'essence d'une chose, c'est ce dont l'existence emporte celle de la chose, et la destruction sa destrur.li . r>. m d'autres termes, ce qui est tel que la chose ne peu^ exister sons lui , ni lui sans la chose.

Propos. XL Le premier fondement de l'être de l'âme humaine n'est autre chose que Vidée d'une chose particulière et qui existe en acte,

Dkmonstr. Ce qui constitue Tessence de l'homme (par le Coroll. de la Propos, précédente), ce sont certains modes des attributs de Dieu, savoir (par VAx, II, part, 2) des modes de la pensée, entre lesquels l'idée est (par VAx, III, part. 2) de sa nature antérieure à tous les autres, de façon que si elle est donnée, tous les autres modes (ceux auxquels l'idée est antérieure de sa nature) doivent se trouver dans le même individu (par VAx, IV, part, 2). Ainsi donc, l'idée est le premier fondement de l'être de l'âme humaine. Mais cette idée ne peut être celle d'une chose qui n'existe pas ac* tuellement; car alors (par le Coroll. de la Propos. VIII , part, 2) l'idée elle-même n'existerait pas actuellement. Ce sera donc l'idée d'une chose actuellement existante, mais non pas d'une chose infinie; car une chose infinie i^r la Propos. XXI et la Propos. XXIII, Schol, I), doit toujours exister nécessairement ; or, ici, cela serait absurde (par VAx. /, part. 2). Donc, le premier fondement de l'être de l'âme humaine, c'est l'idée d'une chose particulière et qui existe en acte. C. Q. F. D.

Coroll. Il suit de là que l'âme humaine est une partie de l'en*^ tendement infini de Dieu ; et, par conséquent, lorsque nous disons que l'âme humaine perçoit ceci ou cela , nous ne disons pas autre chose sinon que Dieu, non pas en tant qu'infini, mais en tant qu'il s'exprime par la nature de l'âme humaine , ou bien en tant qu'il en constitue Tessence^ a telle ou telle idée ; et lorsque nous disons que Dieu a telle ou telle idée., non plus seulement en tant qu'il constitue la nature de l'âme humaine, mais en tant qu'il a en même temps l'idée d'une autre chose , nous disons alors que l'âme humaine perçoit une chose d'ime façon partielle ou inadéquate.

eO ÉTHIQ(U£.

ScBOL. Ici les lecleurs vont, sans auoun doute, être airèlés, et il leur yieadra m la némoire nîHe dboses qui tes empédheront dV vanoer; c'est pourquoi je tes prie de poorsaivre lentement avec moi teur^henrin, tft 4e «uspeiidre leur jugement jusqu'à oe qu'ik aieattoutla.

Paopos. XII. fout oe^qm arrive dans V objet âe Vidée qui constitm l'âme kwnaine doit être perçu partlk; en d'autres termes, Y&fnt humaine en aura nécessairement cannaigsance. Par où fentfnHy que si V objet de Vidée qui constitue Vâme humaine est un cofps, il uf pourra rien mriiyer dans ce corps que Vâme ne le pm'çmve.

DÉMOfvsni. En tfkfi, tout ce qui arrive dans rot>jei d'une idtt> quelconque, Dieu en a nécessairement oomiaissanoe (par k Ccroll de la Propos, IX, part. 2), entant qa^on 4e<;on9idère comme affecte de ridée de ce même objet, c'-eâl-à-dire (par la Propos, XI, pari. î , en tant qu'il constitue Tàme d'une certaine chose. Par conséquent, tout ce qtfi arrive dans Tobjet de l'idée quixx)nstitue Tâme bamarne. Dieu en a nécessairement connaissance, en tant quHI constitae \s nature de l'âme liumaine, en d'autres termes (par h CorolL de k Propos, XI, part. î), ta connaissance de cet objet sera néoeasaire* ment dans l'Ame, eft Fâme le percevra.

ScHOL. -Cette proposition devient également ëvidenfte et se com* prend même t*us clairement par le Scholie de la fVopos. Vîl , part. *.

Propos. XHI. L'obj^ de Vidée qui constitue Vâme 'fetimame, c W le corps, en d'autres termes, un certain mode de VétenduCy Uquri existe en acte; et riendeplus.

Si, en effet, le corps n'était pas Tobjc^t de ferme , les idées des aflcctions du corps ne se trouveraient pas en t)feU , en tant qn'f! constitue notre ème, mais en tant qu'il constitue Tâme d^one auta chose, c'est-à-dire (par le Cordl. de la Pi'opos. XI, part.'î) que Ifç idées des afTcclions du corps ne se troweraierft pas dans notrt âme. Or [par VAœ. IV, part. 2), nous aVons Tidée -des nl!è<?lion< du corps. Donc, l'objirt de l'idée qm* constitue Tàme humaine, <>?l le corps, et le corps existant en acte (par la Propos. Xî, pan. î). fei outre, si Tàme avait, outre le corps, un autre objdt, comme rien n'existe (par la Proj)os. XXXVI, part. 1) d'où ne résulte quelque effet, H devrait se trouver nécessairement dams notre 'âme {par h Propos. XI, part. 2) l'idée de quelque effet résoteut de ceit>b2et

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Or, notre àme ne possède point cette idée (far VÀê^. V, péprt, 2). Donc, Tobjet de notre âne c'«st le<X)rps^ le corps «onme existait en acte, et rien de plus.

CoROLL. Il suit de là q«e l'honime «st ooimpodé d'une éme et d'&n corps, et s}ae le corps humain «existe tel que nous le senlans.

Shol. Ce qui précède fait comprendre, non-seulement qiie Vâme homaiiie «st «mie «u corps^ mais 'Mssi en qtroi <;on$itfte oette miien. Toutefois^ <Mi ne s'en formera «ne idée adéquate et «distincte qn'à condition de connaître premièrement ta nature de ftotre corps; car tout ce ^i « été «xposé jusqu'à ce «loment est d'«ne appiioation générale, et ne se rapporte pas plusé rbomne qn'au^c a!atres individus de la nature ; car tous à des degrés divers sont animés. De toutes choses, en efiet, M y a nécessaéreinent «en Dien une idée -dont Dieu est «ause , de la inènie façon qu'il Test aussi de l'idée -du corps h«imaia> et par<x)nséqifent tout ce que nous disons "de l'idée du corps humain, il fant 4e dire néoessairenient ^e Tidée de toute autrre chose qveksonqoe. fit toutefois, nons ne vookms pas ^ier que les idées ne digèrent entre elles comme les objcfts enx-nièmes, 4e sorte <que l'une est supérienre à l'autre et contient une téatfté plus grande, à mesure que l'objet de celle-ci est snpénieiir à V'4à^ de celle-là et contient tme réalité phss grande. C'est poorqnoi, «i iidiis voulons déterminer en quoi l'âme humaine se distingue ^es «nAires àniires, et f>ar où e>Ile leur est supérieure, il estiiécessarre que nous connaissions la nature de son objet, savevr le corps humain. C'est ce que je ne puis faire ici> et cela n'est pas d'aifleors nécessaire aux démonstrations <pie Je veux établir, le me borne à dire en général qu'à mesure qu'an corps est pkis propre que les atrtres 'A agir ou à pâtir simuteanément d'un grand -nombre de tfaçons, il est uni à une àme phis propre à percevoir sinniltaiiément >uti grand nombre de choses; et plus les actions d'un corps dépendeiA de lui seul, en d'autres termes, moins il a besoin 'du coocotirs des aotres corps pour agir , plus* l'àme qui lui est unie est propre à la "con*naissance distincte. Et parla on peut connaître la supériorité d'rme urne sur les autres, et apercevoir aussi pour qu^e raison -nous n*afvons de notre corps qu'une connaissance très-confuse, ëtpltisienrs autres choses que je déduirai par la suite de celles-là. -C^est pour <;ela que j'ai jugé convenable de les expliquer ici et de les dérnoolrer «vec

plus de soin encore que je n*ai fait jusqu^à ce momenl , et il est nécessaire , afin d'y réussir , de placer ici quelques notions préliminaires touchant la nature des corps.

Axiome I. Tous les corps sont en mouvement ou en repos.

Axiome II. Tout corps se meut , tantôt plus lentement , tanlôt plus vite.

Lemme I. Les corps se distingtient les uns des autres par le mouvement et le repos f Ut vitesse ou la lenteur, et non par la substance.

DéMoxsTB. La première partie de ce lemme est de soi évidente; quant à ce second point que les corps ne diffèrent point par la substance, il résulte des Propos. V et YIII, part. 4 , et plus clairement encore du Schol. de la Propos. XV, part. 4 .

Lemme IL Tous les corps ont quelque chose de commun.

DéMoifSTB. Ils ont d'abord cela de commun, qu'ils enveloppent tous le concept d'un seul et même attribut (par la Déf. /, part. 2}: et de plus, qu'ils peuvent tous se mouvoir, tantôt avec plus de vitesse, tanlôt avec plus de lenteur, et, absolument parlant, tantôt être en mouvement, tantôt en repos. ^

Lemme III. Un corps qui est en mouvement ou en repos a dû être déterminé au mouvement ou au repos par un autre corps, lequel a été déterminé au mouvement ou au repos par un troisième corps, et ainsi à l'infini.

Les corps sont {en vertu de la Déf. I, part, â) des choses particulières qui se distinguent les unes des autres par le mouvement et le repos (en vertu du Lemme précédent) ; d'où il suit que chacune d'elles (en vertu de la Propos. XXVIII, part. 4) a dû nécessairement être déterminée au mouvement ou au repos par une autre chose particulière, savoir (en vertu de la Propos. F/, part. 2) par un autre corps , lequel est lui-même en mouvement ou en repos (par VAx. /]. Or, ce corps n'a pu être en mouvement ou en repos (en vertu de la même raison), s'il n'y a été déterminé par un autre corps, et celui-ci par un autre (toujours en vertu de la m4me raison), et ainsi à Tinfini. C. Q. F. D.

CoBOLL. Il suit de là qu'un corps en mouvement doit y rester jusqu'à ce qu'un autre corps le détermine au repos ; et qu'un corps en repos doit rester en repos jusqu'à ce qu'un autre corps le détermine au mouvement. Gela est d'ailleurs évident de soi. Car, lors-

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