‹ Œuvres de SpinozaChapitre 29 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME

que je suppose le corps A, par exemple, eo repos, sans considérer le moins du monde d'autres corps qui sont en mouvement, tout ce que je puis dire du corps A, c'est qu'il en repos. Que si plus tard il arrive que le corps A soit en mouvement , cela ne peut assurément venir de ce qu'il était en repos ; car la seule chose qui pût résulter de ce repos , c'est que le corps A y resterait. Si , au contraire, nous supposons A en mouvement; tant que nous ne considérons que A , nous n'en pouvons rien affirmer sinon qu'il est en mouvement. Que s'il arrive ensuite que A soit en repos , évidemment encore cela ne peut venir du mouvement qu'il avait tout à l'heure ; car la seule chose qui put résulter de ce mouvement, c'est que A resterait en mouvement. Le repos de A vient donc de quelque chose qui n'était pas A , savoir d'une cause étrangère qui Ta déterminé ad repos.

Axiome L Tous les modes dont un corps quelconque est affecté par un autre corps résultent en même temps de la nature du corps qui éprouve l'affection et de la nature du corps qui la produit; de façon qu'un seul et même corps reçoit des mouvements différents des différents corps qui le meuvent, et leur donne à son tour des mouvements différents.

Axiome IL Lorsqu'un corps en mouve\nent frappe un corps en repos qui ne peut changer de place , son mouvement se continue en se réfléchissant et l'angle formé par la ligne du mouvement de réflexion avec le plan du corps en repos est égal à l'angle formé par la ligne du mouvement d'incidence avec ce même plan.

Voilà ce que nous avions à dire sur les corps les plus simples, qui ne se distinguent les uns des* autres que par le mouvement et le repos, par la lenteur ou la rapidité du mouvement. Arrivons aux corps composés.

DÉFINITION. Lorsqu'un certain nombre de corps de même grandeur ou de grandeur différente sont ainsi pressés qu'ils s'appuient les uns sur les autres, ou lorsque, se mouvant d'ailleurs avec des degrés semblsrbles ou divers de rapidité, ils se communiquent leurs mouvements suivant des rapports déterminés, nous disons qu'entre de tels corps il y a union réciproque , et qu'ils constituent dans leur ensemble un seul corps , un individu , qui , par cette union même , se distingue de tous les autres.

•4 ÉTBIQUï.

Aniaifs ttl. A menire que les parties d'un individ» corforel on eorps coBipesé reposeiU réciproquemenl les unes sur les autres par des surfaces plus ou moins grandes, il est phis ou moins difficile de changer leur situation , et par conséquent de changer la figure de rindividu en question. Et c'est pourquoi j'appellerai les corps durs, quand leurs parties s'appuient Vune sur l'autre par de grandes surfoces; mous, quand ces surfaces sont petites; fluides^ quand leurs parties se meuvent librement les unes par rapport aux autres.

LEttHE lY. Si d'un corps ot» individu composé de phisiewrs corps , VQif^ retranchez un certain nombre de parties , mads qu& ces parties soimt remplacées simultanément par un nombre égat de parties dé même natwre, cet individu conservera sa nature primitive, sans que sa forme ou essence en éprouve aucun changetnent.

DÉM0>'STR. Les corps, en effet {par le Lemme /), ne se distiagueiit point les uns des autres sous le rapport de la sidsstance ; et œ qui constitue la forme ou essenee d'un individu , e^est ( p»r la Déf. précéd.) Tunion des corps qui le composent; or, cette union reste ici la même, quoique {par hy:potkèse) les parties changent san^ œase; l'individu oonserve donc, tant sous le rapport de la subatanee que sous le rapport des modes, sa nalure primitive. C. Q. F. D.

LssmE Y. Si les pwties qui composent un individu viarnsnl a augmenter ou à diminuer , mais dans une telle proportion que le monvement ou le repos de toutes ces parties,, considérées les unes à fé^ gard des autres, s'opèrent suivant les mêmes rapports, V individu cornserrera encore sa nature première, et son essence ne sera pas aUéree.

DKMO.NSTa. C'est la môme que pour le lemme précédent.

Luuis YK Si un certain «oinôre de corps composant un individu sont forcés de changer la direction de leur mouvement, de telh faç*m pourtant qu'ils puissent continuer ce mouvement et se le eomnèunéquer les uns aux autres suivant ks mêmes rapports qu'auparavant . l'individu conservera encore sa nature ^ 99ns que sa forme épnmrt aucun changement.

DcMONSTR. Cela est évident de soi , puisque l'individu en question conserve par hypothèse tout ce qui, d'après sa dé&nitioii, constitue sa forme.

LxMMB Yil. L'individu, ainsi composé, retiendra encore sa noiure, qu'il se meuve dans toutes ses parties ou qu'il reste en repus.

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