‹ Œuvres de SpinozaChapitre 31 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME

lions dont le corps humain est affecté par un corps extérieur ex^ prime la nature du corps humain et celle du corps extérieur, C. Q. F. D.

CoROLL. I. II suit de là premièrement que Tâme humaine doit percevoir en même temps que la nature de son corps celle de plu-^ sieurs antres corps.

CoROLL. II . En second lieu, que les idées que nous avons des corps extérieurs marquent bien plus la constitution de notre corps que la nature des corps extérieurs; ce qui a d'ailleurs été expliqué par beaucoup d'exemples dans TAppendice de la première partie.

Propos. XVU* Si le corps humain est affecté d'une modification qui exprime la nature d'un corps étranger, Vàme humaine apercevra ce corps étranger comme existant en acte ou comme lui étant présent, jusqu'à ce que le corps humain reçoive une modification nouvelle qui eosdue l'existence ou la présence de ce même corps étranger,

DÉMONSTR. Gela est évident, car tant que le corps humain sera affecté de telle façon, Tâme humaine (par la Propos, XII, part, 2) apercevra cette affection du corps, c'est-à-dire [par la Propos, précéd, ) qu'elle aura l'idée d'une modification actuellement existante, qui exprime la nature d'un corps extérieur; c'est-à-dire encore qu'elle aura une idée qui n'exclut pas, mais qui pose au contraire Texistence ou la présence de la nature d'un corps extérieur, et par conséquent ( en vertu du Coroll. I précéd.) l'âme apercevra un corps extérieur comme existant en acte ou comme présent, jusqu'à ce qu'elle reçoive une modification nouvelle, etc. C. Q. F. D.

Coroll. L'âme pourra apercevoir comme présents les corps extérieurs, quoiqu'ils n'existent pas ou ne soient pas présents, quand une fois le corps humain en aura été affecté.

DÉMONSTR. Pendant que les corps extérieurs agissent sur les parties fluides du corps humain , de telle façon que celles-ci viennent à frapper souvent les parties les plus molles , il arrive qu'elles en changent les surfaces (par le Post. V): d'où il résulte qu'ellesmêmes se réfléchissent dans une direction nouvelle ; et que si plus tard , par leur mouvement alors spontané , elles frappent de nouveau les mêmes surfaces , elles se réfléchiront de la même manière que lorsqu'elles étaient poussées par les corps extérieurs. En con-

M ÉTttiQUK.

sé^^eme , eUe@ affecteroAfc to corp$ hqmam de la même manière qu'auparavant, tanli qii'eite» coatmueroal à se mcovoir de rea mêmes mouvements de réflexion ; et partant, Tâme humaine (par la Fropa». XU^part. 2) fbr»xi(a(a de oouveaB des peasées, c'eslHft^Kre {pwr la Propo»,, X VU^ pwri. % ) apercevra de nouveau ie» covpa eitérieurs comme présents, et cela autant de iim que les parii€« fltti4e& da cerp» haowft viendront par ua mouvement spoatané frapper le» mtèones surface». Ainsi donc , quoique les corpa extérieurs par qui le corps humain a été affecté une fois n'exiateai pas, l'àme huRWoe Wa apercevra comme présents autant de fois que se répétera cette acUoQ au corps humain que naua veqons da «iécrire. C Q. F. a

ScBUL. Nous venons de voir ceiameat ii 9e peui faire que nous apercevieaa cavame préseutea, aiu»i qu'il arrive sauvent, des choses qui n existent pas. Peutr^ôtre y a-t-il d'autres causée de ee phénomène; mais il me suffît ici d'eu aveir indiqué une par taquelle j'explique la chose aussi bien que je le fierais par la cause vérilaUe. Je ne crois pas, du reste, n\'ék)igner de beaucoup de cette vraie explication, puisque tous mes postulats ne contiennent guère que des faits établis par l'expérieuce. Or, il ne peut pJus noua être permis de mettre Texpérienoe eu doute du moment que nous avoo» montré que le corps humain existe tel que nous le sentona (votr k CorolL de la Propos. XUI^part, 2). Uo autre point que noua devoo» maintenant comprendre clairement (par le CorolL préeéd. et par U Coroll. Il de la Propos. XVI, part. 2), c'est la différeuce qui existe entre l'idée de Pierre , par exemple , en tant qu'elle constitue Tes sence de l'âme de Pierre, et cette idée en tant qu'elle est dans rame d'un autre, honune, par exemple, de Paul. Celle-là en effet exprime directement l'essence du corps de Pierre lui-même, et u'enveloppe l'existence que pendant la durée de l'existence de Pierre ; maii celle-ci marqué bien plutôt la constitution du corps de Paul que U nature de Pierre; et c'est pourquoi, tant que durera cette constitution corporelle de Paul , l'âme de Paul apercevra Pierre comoK^ lui étant présent, quoique Pierre n existe pas. Or ces afTectionà u^ corps humain, dont les idées nous représentent les corps extérieur> comme nous étant présents, nous les appellerons, pour nous scnir des mots d'usage , images des choses , bien que la figure des choè^

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n'y soit pas coAtefiue. Et lonqf^ Vàm» »pepç<M& k» co^p» de oe^te façoQ, nous dirons qu'elle magiae. MaÂoÂeoftiit, poiMT ^iqiWHr ici par avance eu quoi consiste Terreur, je pvie qu'OA ^9Wm gOffde queies imaginatioas de Tàme considérées ea etteflr*aiém«y» ae con* tiennent rien d'erroné ; en c{*autres termes , <|ue l'âeae i^'esl poic^ dans Terreur en tant qu'elle imagine, mais bien ea ta«t (|u'eUe est privée d'une idée qui exclue l'existeiAce des eboses qWelW im^i»e comme présentes. Car si l'âme, taivdis qu'elle ûaagia^eoiniBe! prèr sentes des choses qui n'ont point de réalité, savait que ces cbioses n'existent réellement pas, elle attrilMierait cette^ puissance im^igi-^ native non point à l'ûnpierfectioft, mais à la perfecti4)A de sa m-^ ture y surtout si cette faculté d'imagmer dépendait de 9a seule na*ture,. je veux dire ( par la Déf, VU^part^ t) si cette ^uUé était libre..

Propos. XVIU. Si le eorp& hwmin a. été aff&cté um fois par deuos ou plusieurs corps y dès qm l*âme viendra ensuite à imagiwf li» d^cas corps , aussitôt elh sq souviendra égalenieut des autres^

Dëmonstr. Ce qui fait que Tome imagine un certain corps , c'est [par le Coroll. précéda) que le corps humain est affecté et disposé par les traces d'un même corps extérieur comme il l'était quaad quelques-unes de ses parties étaient ébraxklées par le corps intérieur lui-même. Or, nous supposons que le corps humain a été disposé de telle sorte que l'àme imaginait à la fois deux corps. Lors donc que cette disposition se reproduira» l'âme imaginera en*core deux corps à la fois ; et , de cette façon , dès qu'elle imaginer^ l'un d'entre eux^ elle se souviendra à l'instant de. l'autre. CL Q.. F, D.

ScHOL. Ceci nous fait comprendre clairement en quoi consiste I9 mémoire. Elle n*est autre chose, en effet, qu'un certain enchatnement d'idées qui expriment la nature des choses qui existent hofsdu corps humain, lequel enchaînement se produit dans l'âme suivant l'ordre etlenchainement des afi(ectibns du corps humain. Je dis„ premièr^^ ment, que la mémoire est l'enchalnemefU de cette sorte d'idées seu-. lement qui enveloppent la nature des choses qui existent hors du corps humain , et non des idées qui expliquent la nature de ces mêmes choses; car il ne s'agit ici [par kt Propos. X VI , part %) que des idées des aO'ections du corps humain» lesquelles enveloppeut la nature de ce corps et des corps extérieurs. Je dis, en seco^ni

lieu, qae cet enchaînement se produit suivant l'ordre et l'enchaK iiement des affections du corps humain, pour le distinguer de cet autre enchaînement des idées qui se produit suivant Tordre de l'entendement, d'une manière identique pour tous les hommes, et par lequel nous percevons les choses dans leurs causes premières. Et de là nous pouvons concevoir avec clarté pourquoi Tâme passe instantanément de la pensée d'une certaine chose à celle d'une autre qui n'a jaucune ressemblance avec la première : par exemple , un Romain, de la pensée du mot /)omum, passe incontinent à celle d'un fruit qui ne ressemble nullement à ce son articulé, et n'a avec lui aucune analogie, si ce n'est que le corps de cet homme a été souvent affecté de ces deux choses, le fruit et le son ; c'est-à-dire que l'homme dont je parle a souvent entendu le mot pomum pendant qu'il voyait le fruit que ce mot désigne ; et c'est ainsi que chacun va d'une pensée à une autre, suivant que l'habitude a arrangé dans son corps les images des choses. Un soldat, par exemple, à Taspect des traces qu'un cheval a laissées sur le sable , ira de la pensée du cheval à celle du cavalier, de celle-ci à la pensée de la guerre, etc.; tandis qu'un laboureur ira de la pensée du cheval à celles de la charrue, des champs, etc.; et chacun de nous de la sorte , suivant qu'il a l'habitude de joindre et d'enchaîner de telle façon les images des choses, aura telle ou telle suite de pensées.

Propos. XIX. Vàme humaine ne connaît pas le corps humain lui-même f et ne sait qu'il existe que par les idées des affections qu'il éprouve.

DéMONSTR. En effet, l'âme humaine, c'est l'idée même ou la connaissance du corps humain (par la Propos, Xll^part, 2), laquelle est en Dieu (par la Propos, IX, part. 2), en tant qu'on le considère comme affecté de l'idée d'une autre chose particulière, ou bien, en tant que le corps humain a besoin de plusieurs autres corps dont il est continuellement comme régénéré ; or, l'ordre et la connexion des idées est le même (par la Propos, VII, part, 2) que l'ordre et la connexion des causes. Cette idée sera donc en Dieu en tant qu'on le considère comme affecté des idées de plusieurs choses particulières. Par conséquent, si Dieu a l'idée du corps humain, ou autrement « si Dieu connaît le corps humain , c'est en tant qu'il est affecté de plusieurs autres idées , et non pas en tant qu'il constitue

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