‹ Œuvres de SpinozaChapitre 56 sur 199 · TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS

CoROLL. I. Si nous nous représentons une personne, pour qui d'ailleurs nous n'éprouvons aucune passion , comme causant de la joie à un de nos semblables, nous aimerons cette personne ; si au contraire, comme lui causant de la tristesse , nous la haïrons.

DÉMONSTR. Cette Proposition se démontre par la précédente , comme la Propos. XXII, part. 3, par la Propos. XXI.

CoROLL. II. Nous ne pouvons haïr un objet qui nous inspire de la commisération , par cela seul que le spectacle de sa misère nous met dans la tristesse.

DÉMONSTR. Si, en effet, cela suffisait pour nous inspirer de la haine contre lui, il arriverait alors ( par la Propos. XXIII, part. 2) quenousnousréjouirions de sa tristesse, ce qui est contre l'hypothèse.

CoROLL. III. Chaque fois qu'un objet nous inspire de la commisération, nous nous efforçons, autant qu'il est en nous, de le délivrer de sa misère.

DÉMONSTR. Toute chose qui cause de la tristesse à un objet dont nous avons pitié nous inspire une tristesse semblable (par la Propos. précéd.)j et alors nous nous efforçons (par la Propos. XIII j part. 3) de nous rappeler tout ce qui supprime l'existence de cette chose, c'est - à - dire ce qui la détruit ; en d'autres termes ( par la Propos. IX, part. 3), nous désirons sa destruction, nous sommes déterminés à la détruire , et partant noua nous efforçons de délivrer de sa misère l'objet dont nous avons pitié. C. Q. F. D.

ScHOL. Cette Volonté , ou cet appétit de faire le bien , qui naît de la commisération que nous ressentons pour l'objet à qui nous voulons faire du bien, s'appelle bimveillance ; laquelle n'est donc que le désir né de la commisération. Du reste, pour ce qui est de l'amour ou de la haine que nous ressentons pour celui qui fait du bien ou du mal à nos semblables, voyez le Schol. de la Propos. XXII, part. 3.

Propos. XXVIU. Toute cfiose qu'on se représente comme conduisant à la joie, on fait effort pour qu'elle arrive ; si au contraire elle doit être un obstacle à la joie et mener à la tristesse, on fait effort pour l'écarter ou la détruire.

DÉMONSTR. Toute chose que nous imaginons comme conduisant à la joie, nous faisons effort pour l'imaginer, autant qu'il nous est possible (par la Propos. XII, part. 3) ; en d'autres termes (par la

1)B ÉTHIQUB.

PropcNii XVI I^ parti 2) pour Taporéevoir autant qoe possible csomine présenté, c'est^»dire existant en acte» Or^ Tefferi de l'âmv, oti sa pufssanoe de penseft est égale et simultanée à Teffert da oorps ou à sa puissance d'agir (eomms il suit elairêmênt dv CoréiL d» h Propoêi VII et du CorolL de (a Propyêt XI, pafU t). Noua faisons donc effort d'une manière absolue pour que dette chose exîslet oii (ce qui ett la même Hum^ par lé Sèhol* (k la Propoê. IX, part. 3 nous le désirons et nous y tendons « ce qu'il fallait en premier lieu démontrer. En outre, si nous venons à imaginer la destrudtion d*une chose que nous croyons être une éause de tristeslie, c'ee^*è^re (pat te Scholi de la Prvpo»» XIII, patt. â) que nous hàïnonSi nous en serons réjouis (par ioPropos^ XX ^ part, a)) et noua ferons efftirt pour la détruire {par la pretniètB partie do osife DétnôHst») ou bien (pur la PropiMt XIII , part, a) peur l'éloigner de noue de telle façon que nous ne Ta percevions plus comme présente ; el e'esl W second point qu'il ftillait démontrer. Done , toute ehoee qu'on se représente j etc., etc. Q, Q. F» D.

Pnopoe. XXlXi Ntmê mm efforçon» de faire toutes lêê ohâOH gw ' notM imafiinohê qu9 les hommes *■ verront avecjoie, eé nom avan» th l'averêion pour ûelks qu'ils verront aoeo aiierston*

DteONeTii Par cela s^ul que nous imaginotts que lés hemmei aiment une chose ou la haïssent ^ nous l'aimons ou iloos la btfî^ sons (pat la Propos, XXVII^ partt 3) ; ce qui revient à dire (par kSchoL de Jo Propos» XIII^ part. 3) que la présence de cette chose noué réjouit oU nous attriste ; et en conséquenee (par h Propos, préeéd,) nous rious efiDrçons de faire toutes les ohoeee qu^si' ment les hommes ou que nous tious imaginons qu'ils verroai av«^ joie, etc. C. Q. F« D.

BotioL. Cet eSbrt pour faire certaines choses ou pour ne lea poioi faire^ par le seul motif de plaire aux hommes, se nomme ambitiefi surtout quand on s'efforce de plaire au vulgaire avec un lel excès d'urdeur qu'on fait certaines chpses, ou qu'on s'en abalient à sok détriment ou à celui d'autrui ; autrement , on lui donne ordinairement le nom d'humanité. Quant à la joie qui provieni de ce qur nous imaginons qu'une action a été faite par autrui dana le but (i*

1. Il est entendu qtiMt s'agit ici et dans les Propos, suivantes des hoihmes p-..* qui notti n'tvoni fesMnti auetine passion. [Nbte étSpînoÈû.]

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