TROISIÈME PARTIE. - DES PASSIONS. nO
possède l'objet qu'elle aime. Donc {par la Propos. XXVHI, part. 3) nous ferons effort pour qu'elle ne le possède plus. C. Q. F. D.
ScHOL. Nous voyons, par ce qui précède, que la nature humaine est ainsi faite , qu'elle réunit presque toujours à la pitié pour ceux qui souffrent l'envie pour ceux qui sont heureux; et que notre haine, à l'égard de ceux-ci, est d'autant plus forte {par la Propos, précéd.) que nous aimons davantage ce que nous voyons en leur possession. Nous devons aussi comprendre que cette même propriété de la nature humaine , qui fait les hommes miséricordieux , met en leur âme l'envie et l'ambition. Consultez maintenant l'expérience ; elle vous donnera les mêmes leçons , surtout si vous regardez aux premiers âges de la vie. Ainsi les enfants, dont le corps est continuellement en équilibre , pour ainsi dire , rient et pleurent par cela seul qu'ils voient rire et pleurer ; ce qu'ils voient faire aux autres, ils désirent incontinent l'imiter; tout ce qu'ils croient agréable aux autres, ils le convoitent pour eux-mêmes; tant il est vrai que les images des choses, comme nous l'avons dit, ce sont les affections mêmes du corps humain, ou les modifications dont il est affecté par les causes extérieures , et qui le déterminent à agir de telle ou de telle façon.
Propos. XXXIII. Quand nous aimons un objet qui notAs est semblable, nous faisons effort^ autant que nous pouvons, pour qu'il nous aime à son tour,
DÉMONSTR. Un objet que nous aimons, nous nous efforçons de* l'imaginer de préférence à tout le' reste {par la Propos. XII, part. 3). Si donc cet objet nous est semblable , nous nous efforcerons de lui causer de la joie de préférence à tous les autres {par la Propos. XXIX, part. 3); en d'autres termes, nous ferons effort, autant que possible, pour que l'objet aimé éprouve un sentiment de joie accompagné de l'idée de nous-mêmes, ce qui revient à dire {par le Schol. de la Propos. XIII, part. 3), pour qu'il nous aime à son tour. C. Q. F. D.
Propos. XXXIV. A mesure que nous imaginerons une' passion plus grande de Vobjet aimé à notre égard , nous nous glorifierons davantage.
Nous faisons effort, autant qu'il est en nous {par la Propos, précéd.), pour que l'objet aimé nous aime à son tour, ou autrement
(par U Schol. de la Propos. XIII, part, 3) pour que TobjeC aimé éprouve un sentiment de joio, uni à l*idée de nous-mêmes. P^v conséquent, à mesure que nous imaginons dans l'objet aimé une joie plus grande dont nous sommes la cause , cet effort est lavorisé avec plus d'énergie ; en d'autres termes (par la Propos. XI ^ pari. 3, 0l son SchoL)^ nous éprouvons plus de joie. Or, quand nou.4 nous réjouissons de la joie que nous avons causée à uu de noa semblables, nous nous regardons nous-mêmes avec une joie nouvelle {par la Propos. XXX, part» 3). Dobc, à mesure que nOus imaginerons une passion plus grande de l'objet aimé à notre égard, plus grande sera la joie que nous aurons à nous regarder nous-mêmes , oe qui revient à dire {par k Schûl. de la Propos* XXX, part. 3) que nous nous glorifierons davantage. C. Q. F. D.
Pbopob. }CXXV. Si nous venons à imaginer qUe Vobjet aimé se joint a un autre par un lien d'amitié égal à celui qui juêqu^alors nous Venehainait sans partage, ou plus fort encore, nous éprouverons de la haine pour Vobjet aimé et de Venvie pouf notre rivai,
DÉMOnniTB. A mesure que nous imaginons l'objet aloié comme animé pour nous d'une passion plus grande, nous nous gloriBons davantage (par la Propos, précéd.); ce qui revient à dira {par U SchoL de la Propos, XXX ^ part, 3) que nous en éprcMivons d'autant plus de joie; par conséquent {en vertu de la Pnhpos. XXVIII, part. 3) nous faisons effort, autant qu'il aai en nous, pour imaginer que le lien qui nous unit à l'objei aioiê e»! le plus étroit possible; et cet eflbrt ou cet appétit est alimenlé par l'idée qu'un autre éprouve pour cet objet le même désir {par la Pra^ pos. XXXI S part, 3). Or, on suppose ici que cet effort ou appétit est empêché par l'idée de l'objet aimé lui-même , en ce qu'elle eit jointe à l'image de celui qu'il nous donne pour rival. Donc» par cela seul {en vertu du SohoL de la Propos, XI, part. 3], nous éprouverons un sentiment de tristesse joint à l'idée de la choâe aimée comme cause d'une part, et de l'autre, à l'image de notre rival; en d'autres termes (par le SchoL de la Propos, XI 11^ p. 3 nous éprouverons de la haine pour l'objet aimé et en même temp» pour notre rival (par le Corail, de la Propos. XV, part. 3), lequel
1. Je retiTOie à l« Propos. XXXI, avec rëditlon de IStY et O/herer. rontr'* Paulttt qui Indique t Je n< mIi pôarqiiol, la Propot. Xt.