‹ Œuvres de SpinozaChapitre 66 sur 199 · TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS

sera la joie qu'il éprouvera, et celte. joie sera accompagnée de l'idée de lui-même. C. Q. F. D.

Propos. LIV. Vâme ne s* efforce d'imaginer que les choses qui affirment ou posent sa puissance d'agir,

DÉMONSTR. L'effort de l'âme ou sa puissance, c'est l'essence môme de l'âme [par la Propos, VII, part. 3). Or, l'essence de l'âme n'affirme que ce que l'âme est et ce qu'elle peut, et non pas ce qu'elle n'est pas et ce qu'elle ne peut (cela est de soi évident). Par conséquent , l'âme ne s'efforce d'imaginer que les choses qui affirment ou qui posent sa puissance d'action. C. Q. F. D.

Propos. LV. Lorsque Vâme se représente sa propre impuissance, elle est par là même attristée,

DÉMONSTR. L'essence de l'âme exprime seulement ce que l'âme est et ce qu'elle peut : en d'autres termes , il est de la nature de l'âme de se représenter seulement les choses qui affirment ou posent sa puissance d'action (par la Propos, précéd]. Lors donc que nous disons que l'âme, en s'apercevant soi-même, se représente son impuissance, nous ne disons rien autre chose sinon que l'âme, quand elle s'efforce de se représenter quelque chose qui pose sa puissance d'agir, sent cet effort empêché ; en d'autres termes [par le Scîtol. de la Propos. XI, part, 3) , elle est attristée. C. Q. F. D.

CoROLL. Si l'on se représente qu'on est l'objet du blâme d'autrui , cette tristesse en est de plus en plus accrue ; ce qui se démontre de la même façon que le CoroU. de la Progos. LUI, part. 3.

ScHOL. Cette tristesse, accompagnée de l'idée de liotre faiblesse , se nomme humilité ; et l'on appelle contentement de soi ou paix intérieure la joie qui provient pour nous de la contemplation de notre être. Or, comme cette joie se reproduit chaque fois que l'homme considère ses vertus, c'est-à-dire sa puissance d'agir, il arrive que chacun se plaît à raconter ses propres actions et à déployer les forces de son corps et de son âme, et c'est ce qui fait que les hommes sont souvent insupportables les uns pour les autres. De là vient aussi que l'envie est une passion naturelle aux hommes [voyez le Schol, de la Propos. XXIV et le Schol. de la Prop, XXXII, part. 3), et qu'ils sont disposés à se réjouir de la faiblesse de leurs égaux ou à s'affliger de leur force. Chaque fois, en effet, qu'un homme se représente ses propres actions, il éprouve

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