TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS
dommage. (Voy. le Coroîl. fl de la Propos. XL^ part. 3, avec son Soholie.)
XXXVln. La cruauté ou férocité est ce désir qui nous porle à faire du mal à celui que nous aimons et qui nous inspire de la pitié.
ExpLic. A la cruauté on oppose la clémmoey qui n^est point une affection passive de l'aine^ mais la puissance par laquelle ^homme modère sa haine et sa vengeance,
XXXIX. La crainte est un désir d'éviter par un moindre mal un mal plus grand que nous redoutons. (Voyez le Scholie de la Propos. XXXIX, part. 3.)
XL. L'audace est ce désir qui porte un homme à braver, pour accomplir une action, un danger redouté par ses égaux.
XLI. La pusillanimité consiste en ce que le désir d'un homme est surmonté en lui par la crainte d'un danger que ses égaux osent braver,
ExpUG. La pusillanimité n'est donc que la crainte d'un mal qui générùhment n'est pas redouté. C'est pourquoi je ne rapporte pas cette passion au désir. J'ai pourtant voulu VejDpliquer ici, parce qu'elle est opposée, en tant qu'on a égard au désir, à la passion de Vauikteê.
XLIL La consternation est la passion de celui chez qui le désit* d'éviter un mal est empêché pôr Tétonnement où le jette le mal qu'il redoute.
BxPLiG. La consternation est donc une espécs de pusillanimité, Mais eomme la tonsternation nait d*une double crainte, on peut la définir plus eotwenablement : cette crainte qui enchaine un hotnme stupéfait oii troublé à ee point quHl ne peut écarter le mal qui le menace. Je dis stupéfait, en tant que son désir d'éviter le mal est empêché par Vétonnement. Je dis troublé, en tant que ee même déHr est empêché en lui par la crainte d'un autre mal qui h tourmente au même degré; ce qui fait qu'il ne sait lequel des deux il doit éviter. (Voyei sur ce point le Schol. de la Propos. XXXIX et le Sebul. de la Propos. LU, part. 3. Voyez aussi sur la pusilia-^ nimité et l'audace le Schol. de la Propos. LI, part. 3.)
XLIIL La politesse ou modestie est le désir de faire ce qui phiit aux hommes et de ne pas faire ce qui leur déplaît. XLIV. L'ambition est un désir immodéré de gloire. Ëik>Lic. V ambition est un désir qui entretient et fortifie taules
les passims (par les Propos. XXVII et XXXI, part. 3) , et ce$t pour cela quil est difficile de dominer celte passion ; car^ en tant que Vhomme est sous V empire d'une passion quelconque, il est aussi sous r empire de celle-là, « C'est le privilège des plus nobles âmes, dit Cicéron, d'être les plus sensibles à la gloire. Les philosophes eux-mêmes, qui écrivent des traités sur le mépris de la gloire, ne manquent pas d*y mettre leur nom, » etc.
XLV. La luxure est un désir ou un amour immodéré de la table.
XLVI. L'ivrognerie est un désir, un' amour immodéré du plaisir
de boire.
XLVII. L'avarice est un désir, un amour immodéré des richesses.
XLVIII. Le libertinage est le désir, l'amour de l'union sexuelle.
ExPLic. Que ce désir soit modéré ou non, on a coutume de rappeler libertinage.
Ces cinq dernières passions n*ont pas de contraires (comme j'en ai averti dans le Schol. de la Propos. LVI, part. 3). Car la modestie est une espèce d^ ambition (voyez le Schol. de la Propos. XXIX, part. 3) , et fai déjà fait observer que la tempérance, la sobriété et la chasteté marquent la puissance de ïàn\e, et non une affection passive. Et bien qu*il puisse arriver qu'un homme avare , ambitieux ou timide s^abslietme de tout excès dans le boire, le manger et dans Vunion sexuelle^ V avarice^ Vambition et la crainte ne sont pas contraires pour cela à la luxure, à V ivrognerie, au libertinage*. Car Vavare désire le plus souvent se gorger de nourriture et de boisson, pourvu que ce soit aux dépens d'autrui *. L ambitieux, chaque fois qu'il espérera être sans témoin, ne gardera aucune mesure; et $*il vit avec des ivrognes et des voluptueux, par cela même qu'il est ambitieux il sera d'autant plus enclin à ces deux vices. Vhomme timide enfin fait souvent ce qu'il ne voudrait pas faire. Tout en jetant ses richesses à la mer pour éviter la mort, il n'en reste pas moins avare. Et de même le voluptueux n'en reste pas moins volaptueuœ, tout en éprouvant de la tristesse de ne pouvoir satisfaire son peneh*tnt.
1. L'ëd. de 167T, PatiIuE et Gfrœrcr s'accordent à donner eaititati, leçon qui m: parait évidemment contraire à la pensée de Spinoza. Je lis libidini au lieu de oa MiUali.
*2. Je lis avec Orrœrer : cibum elpolum alienum , et non pas ci6mmi et poimm alimwm ingur^Uare, qui est donné par l'édition de 1677 et parPauliis.