QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
que l'homme serait infini , ce qui est absurde (par la première partie de cette Démonstr.). Il est donc impossible que Thomme n*éprouve d'autres changements que ceux dont il est la cause adéquate. C. Q. F. D.
CoROLL. tl suit de là que Tbomme est nécessairement toujours soumis aux passions, qu'il suit l'ordre commun de la nature , et y obéit et s'y accommode, autant que la nature des choses l'exige.
Propos. Y. La force et r accroissement de telle ou telle passioti et le degré où elle persévère dans l'existence ne se mesurent point par la puissance avec laquelle nous faisons effort pour persévénr ilam l'existence , mais par le rapport de la puissance de telle ou telle cause extérieure avec notre puissance propre.
DÉMO.NSTB. L'essence de telle ou telle passion ne se peut expliquer par notre essence seule {en vertu des Déf, t et //, part, 3); en d'autres termes [en vertu de la Propos, VII, part. 3), la luis-sance de cette passion ne se peut mesurer par la puissance avec laquelle nous faisons effort pour persévérer dans notre être ; mais [comme on le montre dans la Propos. XV f y part. 2) elle se doit nécessairement mesurer par le rapport de la puissance de telle ou telle cause extérieure avec notre puissance propre. C. Q. F. D.
Propos. VL La force d'une passion ou d'une affection peut surpasser les autres actions ou la puissance de Vhomme , de façon que cette affection s'attache obstinément à lui,
DÉMONSTR. La totce et l'accroissement des passions et le degré où elles persévèrent dans l'existence se mesurent par le rapport de la puissance des causes extérieures avec la nôtre [par la Propos, précèd.), et par conséquent [en vertu de la Propos, tlt^ part. 4) elles peuvent surpasser la puissance de l'homme, etc. C. Q. F. D.
Propos. VÏI. Une passion ne peut être empêchée ou détruite que par une passion contraire et plus forte.
DÉMONSTR. Une passion, en tant qu'elle se rapporte à l'àme, c'est une idée par laquelle l'âme afifirme la force d'existence plus grande ou plus petite de son corps [en vertu de la Déf. gén. des passions qui se trouve à la fin de la partie III). Lors donc que l'âme est agitée par quelque passion, le corps éprouve en môme temps une affection qui augmente ou diminue sa puissance d'agir. Or cette affoc'ion du ccrps revoit de sa cause [par la Propos. V, part. 4) la force de
persévérer dans son êlre, et cette force ne peut donc (par la Propos, VI y part. 2) être empêchée ou détruite que par une cause corporelle, qui fasse éprouver au corps une affection contraire à la première [par la Propos. V.part. 3), et plus forte [par VAx. /, part. 4) ; et par conséquent l'âme est aff'ectée [par la Propos. XII j part. 2) de l'idée d'une affection contraire à la première, et plus forte ; en d'autres termes (par la Déf. gén. des passions) elle éprouve une passion contraire à la première et plus forte, qui exclut par conséquent ou détruit la première ; d'où il résulte finalement qu'une passion ne peut être empêchée ou détruite que par une passion contraire et plus forte. C. Q. F. D.
CoROLL. Une passion , en tant qu'elle se rapporte à l'âme , ne peut être empêchée où détruite que par l'idée d'une affection du corps contraire à celle que nous éprouvons et plus forte. En effet, la passion que nous éprouvons ne peut être empêchée ou détruite que par une passion plus forte et contraire (en vertu de la Propos, précéd.) ; en d'autres termes (par la Déf. gén. des pass.) , ^ue par l'idée d'une affection du corps plus forte que celle que nous éprouvons et contraire.
Propos. VIII. La connaissance du bien ou du mal n'est rien autre chose que la passion de la joie ou de la tristesse, en tant que nous en avons conscience.
DÉHONSTR. Nous appolous bien ou mal ce qui est utile ou contraire à la conservation de notre être (par les Déf. I et II, part, i : en d'autres termes (par la Propos. VII, part. 3) , ce qui augmente ou diminue, empêche ou favorise notre puissance d'agir. Ainsi donc (par les Dé fin. de la joie et de la tristesse qu'on trouve dans k Schol. de la Propos. XI, part. 3) , en tant que nous pensons qu'une certaine chose nous cause de la joie ou de la tristesse , nous l'appelons bonne ou mauvaise; et copséquemment la connaissance du bien et du mal n'est rien autre chose que l'idée de la joie ou de la tristesse, laquelle suit nécessairement (par la Propos. XXII ^ part, i) de ces deux mêmes passions. Or cette idée est unie à la passion qu'elle représente de la même façon que Fâ.r.e est unie au corps (par la Propos. XXI, part. 2) ; en d'autres termes (comme on Va montré dans le Schol. de cette même Propos.)^ cette idée ne se distingue véritablement de celte passion , c'est-à-dire (par la Dé fin.