‹ Œuvres de SpinozaChapitre 90 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

force par laquelle il perse vère dans l'existence [par la Propos, TV, part, 3] et agit suivant le cours nécessaire de sa nature déterminée (voy, la Déf, de l'appétit dans le Schol. de la Propos, IX, part. 3). Or, l'essence de la raison n'est autre chose que notre âme, en tant qu*elle comprend clairement et distinctement [voyez-en la Déf, dans le Schol. Il de la Propos, XL, part, 2). Par conséquent (en vertu de la Propos, XL, part. 2) tout l'efTort de notre raison ne va qu'à un seul but, qui est de comprendre.

Maintenant, puisque l'effort de Tàme pour conserver son être ne va, en tant qu'elle exerce sa raison, qu'à comprendre (comme on vient de le démontrer) , cet effort pour comprendre est donc (par le Coroll, de la Propos. XXII, part, 4) le premier et l'unique fondement de la vertu, et conséquemment ce ne sera pas en vue de quelque autre fin que nous nous efforcerons de comprendre les choses {par la Propos. XXV, part, 4) ; mais, au contraire, l'àme, en tant qu'elle use de sa raison , ne pourra concevoir comn\e bon pour elle que ce qui lui sera un moyen de comprendre {par la Déf. I, part. i). C. Q. F. D.

Paopos. XXVII. Rien ne nous est connu comme certainement bon ou mauvais que ce qui nous conduit à comprendre véritable^ ment les choses, ou ce qui peut nous en éloigner.

t)KM0NstR. L'àme, en tant qu'elle use de la raison, ne désire rien autre chose que de comprendre , et ne considère comme utile pour elle que ce qui la conduit à ce but [par la Pf-opos. précéd.). Or Tûme {par les Propos. XLIei XLIII, part, 2, et le SchoL de ta Propos. XLltl) ne connaît les choses avec certitude qu'en tant qu'elle a des idées adéquates, c'est-à-dire qu'en tant qu'elle use de la raison {ce qui est la même chose pat le Sclèol. dé la Propos. XL) . Donc rien ne nous est connu comme certainement bon que ce qui nous conduit à comprendre véritablement les choses; et, au contraire, comme certainement mauvais, que ce qui peut nous en éloigner. C. Q. F. D.

Pfiopos. XXVIII. Le bien suprême de Vâme , c'est la connais'^ sance de Dieu; et la suprême vertu de Vâme, c'est de connaitre Dieu.

Dëmonstr. L'objet suprôme de notre intelligence , c'est Dieu ; en d'autres termes {par la Déf. VI, part. \), l'ôlre absolument iafmi et sans lequel {par la Propos. XV, part, 1) rien ne peut être

ni être conçu; et, par conséquent [en vertu des Propos, -YA'ÎY ri XXVII y part. 4), l'intérêt suprême de l'âme ou son suprême bien (par la Déf, I, part. 4), c'est la connaissance de Dieu. Or, l'âme [par les Propos. I et lll, part. 3) n'agit qu'en tant qu'elle comprend; et ce n'est aussi qu'à ce même titre qu'on peut dire d'une manière absolue que l'âme agit par vertu (en vertu de la Propos. XXIII , part. 4). Comprendre, voilà donc la vertu absolue de Tâme. Or, le suprême objet de notre intelligence, c'est Dieu (comme on Va déjà démontré) . Donc la suprême vertu de l'âme , c'est de comprendre ou.de connaître Dieu. C. Q. F. D.

Propos. XXIX. Toute chose particulière dont la nature est en^ tièrement différente de la nôtre ne peut ni favoriser ni empêcher notre puissance d'agir; et il est absolument impossible qu'une chose nous soit bonne ou mauvaise si elle n*a avec nous rien de commun.

DÉHONSTR. La puissance d'exister. et d'agir d'aucune chose particulière, et partant (en vertu du Coroll. de la Propos. X, part. ï, celle de l'homme, ne peut être déterminée que par une autre choise particulière (en vertu de la Propos, XXVIII , part. 1 ) dont la nature se comprenne par son rapport à ce même attribut auquel se rapporte la nature humaine (par la Propos. VI, part. 2). Par conséquent notre puissance d'agir, de quelque façon qu'on la conçoive , ne peut être déterminée , et partant favorisée ou empêchée que par la puissance d'une autre chose particulière qui ait avec nou» quelque point commun , et elle ne peut pas l'être par la puissance d'une chose dont la nature serait entièrement différente de la nôtre. Or, comme nous appelons bien ou mol ce qui est pour nous une cause de joie ou de tristesse (par la Propos. VIII, part, 4), c'est-àdire (par le Schol. de la Propos. XI, part. 3) ce qui augmente ou diminue, favorise ou empêche notre puissance d'agir, il s'ensuit qu'une chose dont la nature est entièrement différente de la nôtre ne peut nous être ni bonne ni mauvaise. C. Q. F. D.

Propos. XXX. Aucune chose ne peut nous être mauvaise par ce qu'elle a de commun avec noire nature; mais en tant quelle nous est mauvaise , elle est contraire à notre nature.

DÉuoNSTR. Nous appelons mal ce qui est pour nous une cause

de tristesse (jmr la Propos. VIII , part, ij , c'est-à-dire (f-ar la

, Délin. que vous trouverez au Schol. de la Pro;>a». A7, part, 3'

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