‹ Œuvres de SpinozaChapitre 91 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L^ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L^ESCLAVAGE

ce qui diminue ou empêche notre puissance d'agir. Si donc une chose nous était mauvaise par ce qu'elle a de commun avec nous, elle pourrait donc détruire ou empêcher cela même qui lui est commun avec nous, conséquence absurde (par la Prop. IV, part. 3). Aucune chose ne peut donc nous être mauvaise par ce qu'elle a de commun avec nous; mais, en tant qu'elle nous est mauvaise, c'est-* à-dire (comme on Va déjà montré) en tant qu'elle peut diminuer ou empêcher notre puissance d'agir, elle est contraire à notre nature (par la Propos, V, part. 3). C. Q. F. D.

Propos. XXXT. En tant qu'une chose a de la conformité avec notre nature, elle nous est néc^sairement bonne.

DÉMONSTR. En effet, en tant qu'une chose a de la conformité avec notre nature, elle ne peut nous être mauvaise (par la Propos, précéd.) . Elle nous sera donc ou bonne ou indifférente. Mais supposer qu'elle ne nous est ni bonne ni mauvaise, c'est supposer (par les Déf. Il et III, p. i) qu'il ne résuite rien de sa nature qui serve à la conservation de la nôtre, c'est-à-dire (par hypothèse) à la conservation de Ja sienne propre, conséquence absurde (par la Propos. VI, part. 3). Ainsi donc, en tant qu'une chose a de la conrormité avec notre nature, elle nous est nécessairement bonne. C. Q. F. D.

CoROLL. Il suit de là qu'à mesure qu'une chose a plus de conformité avec notre nature elle nous est d'autant plus utile , c'està-dire d'autant meilleure; et réciproquement, à mesure qu'une chose nous est plus utile , elle a plus de conformité avec notre nature. Car, en tant qu'elle n'a pas de conformité avec notre nature, elle en diffère nécessairement ou elle lui est contraire. Si elle en diffère, elle ne pourra nous être ni bonne, ni mauvaise (parla Propos. XXIX, part. 4). Si elle lui est contraire, elle sera donc contraire à ce qui a de la conformité avec notre nature, en d'autres termes (par la Propos, précéd.) , contraire à notre bien , ou mauvaise. Aucune chose ne peut donc nous être bonne qu'à condition d'avoir de la conformité avec notre nature; et, par conséquent, à mesure que cette conformité est plus grande, elle nous est d'autant plus utile, et réciproquement. C. Q. F. D.

Propos. XXXII. En tant que les hommes sont soumis aux paS' sions, on ne peut dire qu'il y ait entre eux conformité de tmture.

DÉMONSTR. C'est par la puissance qu'il y a entre deux êtres con- U. 17

formitô de nature (en vertu de la Propos, VII ^ part, 3), et non par rinipuissance et la négalioo, ni conséquemment (en vertu du SchoL de la Propos. III, part, 2) par la passion. Donc, entre les hommes qui sont soumis aux passions, il n*y a point conformité de nature.

ScHOL. La chose est évidente d'elle-même ; car celui qui dit que le blanc et le noir n*ont d'autre conformité que de n'être ni l'un ni l'autre le rouge, afiirme d'une manière absolue queie blanc et le noir n'ont aucune conformité. De même, si quelqu'un dit qu'une pierre et un homme conviennent en ce seul point que tous deux sont finis, impuissants; ou qu'aucun d'eux n'existe par la nécessité de sa nature; ou que tous deux sont indéfiniment surpassés par la puissance des causes extérieures; c'est absolument comme s'il disait que la pierre et l'homme n'ont aucune conformité ; car les êtres qui n'ont de conformité que d'une manière négative et par les propriétés qu'ils n'ont pas, n'ont vraiment aucune conformité.

Propos. XXXIII. Les l^mmes peuvent différer de nature, ai tant qu'ils sont livrés au conflit des affections passives; et, sous ce point de vue , un seul et même homme varie et diffère de soi-même. DÉHONSTR. La nature ou essence des passions ne peut s'expliquer par notre seule essence ou nature [par les Déf. let II, part. 3, : mais elle doit être déterminée par le rapport de la puissance , c'està-dire [en vertu de la Propos. VII, part. 3) de la nature des causes* extérieures, avec la nôtre. Et c'est ce qui fait qu'il y a pour chaque passion autant d'espèces différentes qu'on peut assigner d*oh|et9 différents capables de nous affecter {voyez la Propos. LVI, part, 3 . De là vient aussi que les hommes sont affectés très-diversement par un seul et même objet (voyez la Propos. Lly pari. 3), ei par suite qu'ils diffèrent de nature, et enfin qu'un seul et même homme, étant affecté (en vertu de cette même Propos. Ll, part, X diversement par le même objet, diffère de soi-même, etc. C. Q. F. D< Pitôpos. XXXlV. Les hommes -, en tant qu'ils Sont litres au cwt» flit des affections passives , peuvent être contraires Us mu aux autres,

DÀMONSTa. Un homme, Pierre, par exemple, peut être une cause de tristesse pour Paul, parce qu'il a en lui-même quelque

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