‹ Œuvres de SpinozaChapitre 92 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

diose de semblable à l'objet de la baine de Paul {par la Propos. XVI, part, 3), ou bien parœ que Pierre possède seul un objet pour lequel Paul a aussi de l'amour [voyez la Propos, XXX If , part, 3, avec son SchoL), ou enfin pour d'autres causes (on en a marqw les principales dans le Schol. de la Propos. LK, part. 3). Il résultera de là {par la Déf. VII des passions) que Paul haïra Pierre, et partant (en vertu de la Propos. XL, part. 3, avec son Schol,), que Pierre sera aisément disposé à haïr Paul à son tour, de telle façon que tous deux feront effort {fmr la Propos. XXXIX, part. 3) pour se causer du mal l'un à l'autre, et seront ainsi contraires l'un à l'autre {par la Propos. XXX, part. 4). Or, la tristesse est toujours une affection passive {par la Propos, L!X, j}art. 3). Donc les hommes, en tant qu'ils sont livrés au conflit des affections passives, peuvent être contraires les uns aux autres.- C. Q. F. D.

SciioL. J'ai dit que Paul prenait Pierre en haine , parce qu'il se représentait Pierre comme possesseur de l'objet pour lequel lui, Paul , a de l'amour. Il semble , au premier abord , résulter de là que deux hommes, de cela seul qu'ils aiment le môme objet, c'està-dire qu'ils ont une certaine conformité de nature , sont l'un pour l'autre une source de mal; or, s'il en est ainsi, les Propos. XXX et XXXI, part. 4, sont fausses. Mais si on veut examiner la chose d'une manière impartiale , on verra qu'il y a parfait accord dans toutes les parties de notre doctrine ; car ces deux personnes dont nous avons parlé ne cherchent pas à se nuire réciproquement , en tant qu'elles ont une certaine conformité de nature , en tant qu'elles aiment un même objet, mais bien en tant qu'elles diffèrent l'une de l'autre. En effet , en tant qu'elles aiment toutes deux le même objet, l'amOur de chacune d'elles se trouve augmenté {par la Propos. XXXI, part. 3), et parlant, leur joie ( par la Déf. VI des Passions), Ainsi donc, il s'en faut bien qu'elles soient l'une à l'autre iine cause d'eniiui en tant qu'elles aiment le même objet et ont une certaine conformité de nature. La vraie cause de leur inimitié, comme je l'ai dit, c'est qu'on suppose entre elles une opposition de nature. On suppose en effet que Pierre a l'idée d'un objet aimé qu'il possède, et Paul, l'idée d'un objet aimé qu'il a perdu. D'où il suit que Paul est plein de tristesse et Pierre plein de joie ; or,

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SOUS ce point de vue, Pierre et Paul sont de nature contraire. Il me serait aisé de montrer de la même manière que toutes les autres causes de haine dépendent non point de la conformité , mais de l'opposition qui se rencontre dans la nature des hommes.

Propos. XXXV. Les hommes ne sont œnstammeiU et nécessairement en conformité dénature qu'en tant quils vivent selon les conseils de la raison.

DÉMONSTR. Les hommes, en tant qu'ils sont livrés au conflit des affections passives, peuvent être de nature différente (par la Propos. XXXIII, part. 4) el même contraire (par la Propos, précédente). Or, on ne peut dire des hommes quMls agissent qu'en tant qu'ils dirigent leur vie d'après la raison (par la Propos. III, part. 3) , et par conséquent tout ce qui résulte de la nature hujnaine , en tant qu'on la considère comme raisonnable , doit ( en vertu de la Déf. II, part. 3 ) , se concevoir par la nature humaine toute seule, comme par sa cause prochaine. Mais tout homme, par la loi de sa nature , désirant ce qui lui est bon , et s'efforçant d'écarter ce qu'il croit mauvais pour lui {par la Propos. XIX, part. 4), et d'un autre côté, tout ce que nous jugeons bon ou mauvais d'après la décision de la raison étant nécessairement bon ou mauvais (par la Propos. XLI, part. 3), ce n'est donc qu'en tant que les hommes règlent leur vie d'après la raison qu'ils accomplissent nécessairement les choses qui sont bonnes pour la nature humaine, et partant bonnes pour chaque homme en particulier, en d'autres termes (par le Coroll. de la Propos. XXXI, part. 4), les choses qui sont en conformité avec la nature de tous les hommes. Donc les hommes, en tant qu'ils vivent selon les lois de la raison, sont toujours et nécessairement en conformité de nature. C. Q. F. D.

Coroll. I. Rien dans la nature des choses n'est plus utile à l'homme que l'homme lui-même quand il vit selon la raison. Car ce qu'il y a de plus utile pour l'homme, c'est ce qui s'accorde le mieux avec sa nature (par le Coroll. de la Propos. XXXI ^ part. 4), c'est à savoir, l'homme (cela est évident de soi). Or, l'homme agit absolument selon les lois de sa nature quand il vit suivant la raison (par la Déf. Il, part. 3), et à cette condition seulement la nature de chaque homme s'accorde toujours nécessairement avec celle d'un autre homme (par la Propos, précéd.). Donc rien n'est

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