‹ Œuvres de SpinozaChapitre 93 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

plus utile à l'homme entre toutes choses que l'homme lui-même, etc. C. Q. F. D.

CoROLL. II. Plus chaque homme cherche ce qui lui est utile, plus les hommes sont réciproquement utiles les uns aux autres. Plus, en effet, chaque homme cherche ce qui lui est utile et s'efforce de se conserver, plus il a de vertu (par la Propos, XX, part, i), ou ce qui. est la même chose [par la Déf, Vlllypart. i), plus il a de puissance pour agir selon les lois de sa nature i c'està-dire {par la Propos. III, part. 3) suivant les lois de sa- raison. .(>r les hommes ont la plus grande conformité de nature quand ils vivent suivant la raison [par la Propos, précéd.). Donc [par le précéd. Coroll.) les hommes sont d'autant plus utiles les uns aux autres que chacun cherche davantage ce qui lui est utile.

ScHOL. Ce que nous venons de montrer, Texpérience le confirme par des témoignages si nombreux et si décisifs que c'est une parole répétée de tout le monde : L'homme est pour l'homme un Dieu. Il est rare pourtant que les hommes dirigent leur vie d'après la raison, et la plupart s'envient les uns les autres et se font du mal. Cependant ils peuvent à peine supporter la vie solitaire , et cette délinition de l'homme leur plait fort : L'homme est un animal sociable. La vérité est que la société a beaucoup plus d'avantages pour l'homme qu'elle n'entraîne d'inconvénients. Que les faiseurs de satires se moquent donc tant qu'il leur plaira des choses humaines ; que les théologiens les détestent à leur gré, que les mélancholiques vantent de leur mieux la vie grossière des champs, qu'ils méprisent les hommes et prennent les bêtes en admiration ; l'expérience dira toujours aux hommes que des secours mutuels leur donneront une facilité plus grande à se procurer les objets de leurs besoins, et que c'est seulement en réunissant leurs forces qu'ils éviteront les périls qui les menacent de toutes parts. Mais je m'abstiens d'insister ici, pour montrer qu'il est de beaucoup préférable et infiniment plus digne de notre intelligence de méditer sur les actions des hommes que sur celles des bêtes. Tout cela sera développé plus tard avec étendue.

Propos. XXXVI. Le bien suprême de ceux qui pratiquent la vertu leur est commun à tous, et ainsi tom eii peuvent également jouir.

DÉMONSTR. Agir par vertu, c'est agir 80us la conduite de- la rai« son (par la Propos. XXIV, part. 4); et tout l'effort des actions que la raison dirige ne va qu'à un seul objet qui est de comprendre [par la Propos. XXVI ^ part, i); et conséquemment (par la Propos. XXVIII, part. 4), le bien suprême de ceux qui pratiquent la vertu c'est de connaître Dieu, c'est-à-dire (par laPtopos. XL VII ^ part. 2, et. son Schol.) un bien qui est commun à tous les hommes, et que tous, en tant qu'ils ont même nature, peuvent également posséder.

Schol. On m'adressera peut-être cette question : Si le souverain bien de ceux qui suivent la vertu n'était pas commun à tous, ne s'ensuivrait-ii pas, comme plus haut (par la Propos. XXX IV, part. 4), que les hommes, en tant qu'ils vivent suivant la raison, c'est-à-dire (par la Propos. XXX V, part.^ 4), en tant qu'ils sont en conformité parfaite de nature, sont contraires les uns aux autres? Je réponds à cela que ce n'est point par accident, mais par la nature même de la raison, que le souverain bien des hommes leur est commun à tous. Le souverain bien, en effet, est de l'essence même de l'homme en tant que raisonnable ; et l'homme ne pourrait exister ni être conçu s'il n'avait pas la puissance de jouif de ce bien souverain , puisqu'il appartient à l'essence de l'âme humaine (par la Propos. XLVII, part. 1) d'avoir une connaissance adéquate de l'essence éternelle et infmie de Dieu.

Paopos. XXKVII. Le bien que désire pour lui-même tout homme qui pratique la vertu, il le désirera également pour les autres hommes, et avec d'autant plus de force quil aura une plus grande connaissance de Dieu.

DÉMONSTR. Les hommes , en tant qu'ils vivent sons la conduit* de la raison, sont très-utiles l'un à l'autre (par le Coroll. I de h Propos. XXXV, part. 4), et conséquemment (par la Propos. XIX, part, 4) la raison nous déterminera nécessairement à faire que les hommes vivent sous la conduite de la raison. Or le bien que désire pour lui-même celui qui vit suivant la raison, c'est-à-dire (par la Propos, XXIV, part. 4) celui qui pratique la vertu, c'est de comprendre (par la Propos. XX VL part. 4). Donc cp même bien quil désire pour lui-môme, il le désirera aussi pour les autres hommes. En outre, le désir, en tant qu'il se rapporte à l'àme,

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