RE L'ÉLOGE DE DESCARTES
J E n'ai reçu qu'aujourd'hui , monsieur , le présent dont vous m'avez honore , et la lettre charmante dont vous l'accompagnée. La mort de notre résident , chez qui le paquet est resté long^ temps , a «retardé mon plaisir , et je me hâte de vous témoigner ma reconnaissance. Vous ne savez pas combien je vous suis redevable. Ce n'est point là un discours académique ; c'est un excellent ouvrage d'éloquence et de philosophie. Autrefois noiu
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donnions y pour sujet du prix , des testes faits pour le séminâîre de S. S ; aujourd'hui las sujets sont dignes de vous. Il est plaisant qu'à la suite d*un écrit si sublime , il se trouve une approl»-
tion de deux D : elle ne peut nuire pourtant â Totre oo-
vrage , il est admirable , malgré leur suffrage.
On ne lit plus Descartes ; mais on lira son éloge , qui est en même temps Id vôtre. Ab ! monsieur, que vous j montrez une belle âme , et un esprit éclairé ! Quei morceau que Tliistoire Je la persécution ^u nommé Yoet contre Descartes ! Vous avez employé et fortifié les crayons de Démostbëne , pour peindre un coquin absurde qui ose poursuivre un grand homme. Vous m^avex fait un vrai plaisir de ne pas oublier le petit conseiller de proTÎnce, qui méprisait le philosophe son frëre. Tout votre ouvrage m'enchante d'un bout à l'autre , et je vais le relire des que j'aurai dicté ma lettre, car l'état oii je suis me permet rarement d'écrire. Vous ayeE parfaitement séparé le génie de Descartes de ses chimères , et vous avez habilement montré combien l'auteur même des tourbillons était un homme supérieur.
On m'a dit que vous faites un poème épique sur le Csar Pierre. Vous êtes fait pour célébrer les grands hommes ; c'est a vous à peindre vos confrères. Je m'imagine qu'il y aura une philosophie sublime dans votre poëme. Le siècle est monté à ce ton-là, et vous n'y avez pas peu contribué.
Vous faîtes , dans votre éloge de Descartes , un éloge de \a solitude , qui m'a bien touché. Plat k Dieu que vous voulussiez partager la mienne , et y vivre avec moi comme uu frère que Téloquence , la poésie et la philosophie m'ont donné. J'ai dans ma masure un ami qui est , comme moi , votre admirateur , et avec
qui je voudrais passer le reste de ma vie ; c'est M. D , qu'un
malheureureux emploi de finance rappelle à Paris. Il vous dira quelle obligation je vous aurais , si vous daigniez venir tenir sa place. Il est vrai que dans l'été nous avoQS un peu de monde , et même des spectacles ; mais je n'en suis pas moins solitaire. Vous travailleriez avec le plus grand loisir : vous feriez renaître ces temps que nos petits-maitres regardent comme des fables , où les talens et la philosophie réunissaient des amis sous le même toit. J'ai bien peur que ma proposition ne soit aussi qu'une iàble ; mais enfin il ne tient qu'à vous d'en faire la vérité la plus consolante pour votre serviteur, pour voire admirateur , et , permettezmoi de le dire y pour votre ami.